Le Tiers Livre (1546)

Dans ce livre, qui se présente comme la suite logique au Pantagruel, Rabelais renonce à la satire religieuse.
Ses héros ont perdu leur taille de géants et c’est Panurge, un ami de Pantagruel, qui est mis au premier plan.
Pantagruel est devenu un philosophe qui garde sa sérénité devant les événements et qui considère avec indulgence les phobies humaines.
Néanmoins, la Sorbonne condamne le livre dès sa publication et Rabelais doit se réfugier à Metz.

Le Quart Livre (1552)

En 1550, Rabelais obtient le privilège pour réimprimer ses ouvrages. Exploitant l’intérêt du public lettré pour les voyages de Jacques Cartier vers le Canada, il décrit les aventures de Panurge en route vers l’oracle de la Dive Bouteille.
Lorsqu’en 1551-1552, la lutte entre le Pape Jules II et le roi Henri II reprend, Rabelais saisit l’occasion de s’associer à la campagne gallicane et ses héros visitent tour à tour les Papefigues (protestants) et les Papimanes (catholiques). Ses satires visent les ambitions du pape. Mais, hélas pour Rabelais, le livre ne paraît qu’en 1552, au moment où le pape et le roi se réconciliaient : cette fois-ci c’est le Parlement qui condamne l’ouvrage.

Extrait

Cet extrait nous présente Panurge, l’ami de Pantagruel.
Celui-ci voudrait acheter un mouton au marchand Dindenault, qui n’a pas l’intention de vendre le plus beau mouton du troupeau. Enfin, le marchand cède devant l’insistance de Panurge.

Panurge et le marchand de moutons

… “Benoît monsieur, dit Panurge, vous vous échauffez en votre harnois à ce que je vois et connais. Bien tenez, voyez là votre argent.”

Panurge, ayant payé le marchand, chosit de tout le troupeau un beau et grand mouton, et l’emportait criant et bêlant, voyants tous les autres et ensemblement bêlants et regardants quelle part on menait leur compagnon.

Cependant le marchand disait à ses moutonniers : “O qu’il a bien su choisir, le chaland ! Il s’y entend ! Vraiment, le bon vraiment, je le réservais pour le seigneur de Cancale, comme bien connaissant son naturel, car, de sa nature, il est tout joyeux et ébaudi quand il tient une épaule de mouton en main, bien séante et avenante, comme une raquette gauchère, et, avec un couteau bien tranchant, Dieu sait comment il s’en escrime !”

Soudain, je ne sais comment (le cas fut subit, je n’eus loisir le considérer), Panurge, sans autre chose dire, jette en pleine mer son mouton criant et bêlant. Tous les autres moutons, criants et bêlants en pareille intonation, commencèrent soi jeter et sauter en mer après, à la file. La foule était à qui premier y sauterait après leur compagnon.

Possible n’était les en garder, comme vous savez être du mouton le naturel, toujours suivre le premier, quelque part qu’il aille. Aussi le dit Aristoteles, lib. 9 de Histo. animal., être le plus sot et inepte animant du monde.

Le marchand, tout effrayé de ce que devant ses yeux périr voyait et noyer ses moutons, s’efforçait les empêcher et retenir de tous son pouvoir, mais c’était en vain. Tous à la file sautaient dedans la mer et périssaient. Finalement il en prit un grand et fort par la toison sur le tillac de la nef, cuidant ainsi le retenir et sauver le reste aussi conséquemment. Le mouton fut si puissant qu’il emporta en mer avec soi le marchand, et fut noyé, en pareille forme que les moutons de Polyphémus, le borgne cyclope, emportèrent hors la caverne Ulysse et ses compagnons. Autant en firent les autres bergers et moutonniers, les prenants uns par les cornes, autres par les jambes, autres par la toison, lesquels tous firent pareillement en mer portés et noyés misérablement. …

Vocabulaire

gauchère : tenue de la main gauche
la foule : l’empressement
animant : animal
le tillac : le pont
cuidant : croyant

Le Cinquième Livre (1564)

Ce livre ne paraît qu’une dizaine d’années après la mort de l’auteur et les érudits ne peuvent pas se mettre d’accord s’il est encore vraiment de la main de Rabelais.
Il complète les livres précédents et conduit Pantagruel et Panurge jusqu’à l’oracle de la Dive Bouteille.

L’art de Rabelais

Tout d’abord, on peut dire que Rabelais peint la réalité de façon qu’elle se dresse vivante devant notre imagination.
A cette réalité se mélange aussi une fantaisie énorme et le symbolisme qui cache des idées sérieuses sous la plaisanterie. Beaucoup de ses personnages sont symboliques et incarnent des défauts ou des vertus : l’esprit de la Renaissance (Pantagruel, Gargantua), la ruse et la perversité (Panurge).
Rabelais est aussi un des maîtres du rire qui se sert de tous les degrés du comique : des farces les plus lourdes, de la grossièreté, des jeux de mots, de la caricature. Il y a toutes les formes et tous les tons : pour le grand public mais aussi pour les étudiants et pour les érudits cultivés.
Mais l’art rabelaisien c’est surtout son langage : il a un vocabulaire extrêmement riche qui fait appel à tout le lexique français de l’époque mais qui emprunte aussi à tous les langages techniques : l’agriculture, la médecine, le droit, la liturgie, la gastronomie, etc.
Et, si besoin en est, il ne dédaigne pas les argots, les dialectes, les langues étrangères, vivantes ou mortes.
Aussi il crée de nouveaux mots et déforme des termes existants.


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