Rabelais
Pantagruel (1532)
Tenté par le succès d’une histoire de géants tirée du folklore, Grands et inestimables Chroniques du grand et énorme géant Gargantua, parue en 1532 à Lyon, il a voulu composer suivant les mêmes méthodes un best-seller qui lui rapporterait quelque argent.
Rabelais raconte les aventures de Pantagruel, un géant comme son père Gargantua, doué d’une force et d’un appétit formidables.
Dans cette oeuvre bouffonne, il insère des détails tirés de la vie réelle, il exprime son opinion sur quelques grands problèmes du temps : la vie intellectuelle, la pédagogie, la religion, la justice, la guerre et la paix.
En 1533, la Sorbonne condamne le Pantagruel.

Extrait (Texte adapté)

Pantagruel, étudiant à Paris, réalisait de rapides progrès. Il reçoit de son père une lettre l’encourageant à redoubler ses efforts : il serait, en effet, impardonnable de négliger les moyens nouveaux qui permettent aux étudiants d’enrichir leur culture.

… Je t’admoneste qu’emploies ta jeunesse à bien profiter en études et en vertus. Tu es à Paris, tu as ton précepteur Epistémon, dont l’un par vives et vocales instructions, l’autre par louables exemples te peut endoctriner. J’entends et veux que tu apprennes les langues parfaitement. Premièrement, la grecque; secondement, la latine; et puis l’hebraïque pour les saintes lettres, et la chaldaïque et arabique pareillement; et que tu formes ton style, quant à la grecque, à l’imitation de Platon; quant à la latine, de Cicéron; qu’il n’y ait histoire que tu ne tiennes en mémoire présente, à quoi t’aidera la cosmographie de ceux qui en ont écrit. Des arts libéraux, géométrie, arithmétique et musique, je t’en donnai quelque goût quand tu étais encore petit, en l’âge de cinq à six ans; poursuis le reste, et d’astronomie, saches-en toutes les règles. Laisse-moi l’astrologie divinatrice et l’alchimie, comme abus et vanités. Du droit civil, je veux que tu saches par coeur les beaux textes et me les commentes avec philosophie. Et quant à la connaissance des faits de nature, je veux que tu t’y adonnes curieusement; qu’il n’y ait mer, rivière ni fontaine, dont tu ne connaisses les poissons; tous les oiseaux de l’air, tous les arbres, les arbustes, et arbrisseaux des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés au ventre des abîmes, les pierreries de tout Orient et Midi, rien ne te soit inconnu. Puis soigneusement étudie souvent les livres des médecins grecs, arabes, et latins, sans mépriser les thalmudistes et cabalistes, et par fréquentes dissections, acquiers-toi parfaite connaissance de l’autre monde, qui est l’homme. Et, par quelques heures du jour, commence à étudier les saintes lettres. Premièrement en grec le Nouveau Testament, et Epîtres des Apôtres et puis, en hébreu, le Vieux Testament. Somme, que je voie un abîme de science …
Mais parce que, selon le sage Salomon, Sagesse n’entre point en âme malveillante, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme, il te convient servir, aimer et craindre Dieu, et en lui mettre toutes tes pensées et tout ton espoir; et, par foi formée de charité, être à lui adjoint, en sorte que jamais n’en sois séparé par péché. Regarde comme suspects les abus du monde …
Mon fils, la paix et grâce de Notre-Seigneur soit avec toi, amen.
De Utopie, ce dix-septième jour du mois de mars,

Ton père,
GARGANTUA

Vocabulaire

pareillement : pour la même raison
la cosmographie : la géographie
curieusement : soigneusement
les talmudistes et cabalistes : médecins juifs, très estimés à cette époque

Exercice

1. Quel programme Gargantua propose-t-il à son fils ?
2. L’éducation de Pantagruel se limite-t-elle à des connaissances livresques ?


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Pantagruel 1537

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