Joachim_du_Bellay

Joachim du Bellay
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Notice biographique
Né au château de la Turmelière, non loin de Liré, en Anjou. Orphelin, il a connu une enfance rêveuse et mélancolique en étroit contact avec la nature. Il a étudié le droit à la Faculté de Poitiers, où il a rédigé ses premières poésies latines et françaises.
Il devient l’ami de RONSARD qu’il a suivi à Paris. Là, au Collège de Coqueret, il s’est voué à l’étude des anciens et de l’italien.
En 1553, il suit son parent, le cardinal Jean Du Bellay, diplomate, à Rome.
Ainsi il a pu réaliser son rêve d’humaniste et contempler les vestiges de la majesté romaine.

Bientôt il est déçu dans ses ambitions de diplomate – il avait cru que le voyage en Italie lui ouvrait une brillante carrière diplomatique – et par les moeurs romaines – hypocrisie, plaisirs faibles. De plus, il souffre du mal du pays. Il est heureux de pouvoir rentrer en France en 1557, où il tente de devenir poète courtisan. Devenu sourd, il meurt assez malheureux pendant qu’il écrivait encore des vers.

Oeuvres
Défense et Illustration de la langue française (1549)
L’Olive (1549)
Le Quatrième Livre de l’Enéide (1552)
Les Antiquités de Rome (1558)
Les Regrets (1558)
Divers Jeux rustiques (1558)
Le Poète courtisan (1559)
Discours au Roi sur la Poésie (1559)

L’Olive (Extrait)

En même temps que la Défense et Illustration (1549), Du Bellay a publié L’Olive, un recueil de 50 sonnets dans la première, et de 115 sonnets dans la seconde édition de 1550.
Dans ce recueil Du Bellay chante une dame idéale en s’inspirant de l’Italien Pétrarque (1304-1374) et des poètes de son école.
Cette oeuvre repose sur une nouvelle conception de l’amour et de la beauté. A l’idée d’un amour purement physique s’est substituée celle d’un amour platonique, chaste et pur.
Le sonnet que nous allons lire traite le thème de la Belle Matineuse.
Le soleil se lève, mais son éclat disparaît par la beauté de la femme aimée.


Déjà la nuit en son parc amassait
Un grand troupeau d’étoiles vagabondes,
Et pour entrer aux cavernes profondes
Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait;

Déjà le ciel aux Indes rougissait,
Et l’aube encor de ses tresses tant blondes
Faisant grêler mille perlettes rondes,
De ses trésors les prés enrichissait :

Quand d’Occident, comme une étoile vive,
Je vis sortir dessus ta verte rive,
O fleuve mien ! une nymphe en riant.

Alors, voyant cette nouvelle Aurore,
Le jour honteux d’un double teint colore
Et l’Angevin et l’Indique Orient.


Vocabulaire
5. aux Indes : à l’Orient
7. grêler : tomber comme grêle
9. vive : vivante
11. o fleuve mien : apostrophe à la Loire
14. l’Angevin : le lever du soleil sur l’Anjou

Exercice
1. De quelle image l’auteur se sert-il dans la première strophe ?
2. Expliquez les deux derniers vers.

Les Regrets (Extrait)
La plupart de ces sonnets ont été rédigés pendant le séjour en Italie.
Du Bellay renonce à l’imitation des Grecs et de Pétrarque et écrit une poésie personnelle et sincère.
Dans le sonnet « Heureux qui comme Ulysse » Du Bellay exprime sa propre nostalgie.

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Joachim du Bellay (1522-1560) étudie avec son ami Ronsard les lettres grecques et latines. Quand Ronsard fonde la Pléiade, c’est du Bellay qui publie le manifeste Défense et Illustration de la langue française (1549). La gloire du poète repose sur les Regrets (1558). Il remplissait à Rome des fonctions diplomatiques : le jeune humaniste était enthousiaste. Mais bientôt il tombe en proie à la tristesse : ses ambitions de promotion ne se réalisent pas, la vie politique le dégoûte. Et surtout il souffrait de plus en plus de la nostalgie de son pays natal : l’Anjou. Il nous confie ses peines en des vers d’une douce mélancolie.




Heureux qui comme Ulysse (Les Regrets)

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la doulceur angevine.

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1 Ulysse: roi d’Ithaque ; l’un des principaux héros grecs qui participa au siège (« belegering ») de Troie. Après la prise de la ville, il s’embarqua (« inschepen ») pour la Grèce, mais ne put y mettre pied à terre que dix ans plus tard. Le récit de ce périple (« omvaart ») fabuleux constitue l’Odyssée d’Homère. Ulysse est le symbole du grand voyageur, mais ses voyages étaient difficiles et dangereux (et donc non pas, comme du Bellay l’affirme, « un beau voyage »).

2 la toison: Le poète parle ici de la Toison d’Or (« het gulden vlies » — on parlerait mieux de « de gulden vacht »), qui était la peau d’un bélier (« ram ») mythique. Cet animal pouvait voler et sa laine avait la couleur de l’or. Il emporta dans l’air deux enfants, Phrixos et Hellé, que leur méchante belle-mère voulait tuer. Au cours du voyage au-dessus de la mer, Hellé tomba dans l’eau (ce qui donna le nom de Hellespont à cet endroit), mais Phrixos fut sauvé. Phrixos sacrifia le bélier et il donna la toison précieuse au roi Aétès dans le Caucase. Celui-ci la fit garder par un dragon. Plus tard, Jason, chef des argonautes, conquit la Toison d’Or après un combat avec le dragon et la ramena en Grèce.Au 15e siècle, le duc de Bourgogne, Philippe III le Bon, adopta la toison d’or comme symbole d’un groupe de chevaliers. C’était un très grand honneur de pouvoir porter ce symbole autour du cou.

2 conquit: quelle forme de quel verbe ?
3 l’usage: l’expérience ; « de ervaring »
3 la raison: l’intelligence
4 entre: parmi
4 les parents; les membres de la même famille, « de verwanten »
4 l’âge: la vie
6 la cheminée: de schoorsteen
7 le clos: le jardin fermé de murs ; « omheind bouwland of erf »
8 une province: (ici) un royaume
9 les aïeux: les ancêtres, « de voorvaderen »
10 le front: (ici) le fronton (« het gevelveld ») ; la façade
11 audacieux: (ici) impressionnant
11 le marbre: het marmer
11 l’ardoise: de leisteen
12 le Loir: (du Bellay écrit le Loire pour avoir un nombre correct de syllabes): rivière, à ne pas confondre avec la Loire, le fleuve.
12 gaulois: « gallisch » ; de la Gaule ; français
13 Liré: village natal de du Bellay
13 le mont Palatin: une des sept collines de Rome, où la partie la plus ancienne de la ville fut construite ; à l’époque des empereurs, le mont Palatin devint un ensemble de palais magnifiques.
14 marin: de la mer
14 angevin: de l’Anjou (région de l’Ouest, située vers le Centre de la France ; la capitale en est Angers), la région natale de du Bellay.

QUESTIONS.

1. Pour quelles raisons diverses les poèmes de du Bellay expriment-ils la tristesse ?
2. Du Bellay est-il un humaniste « pur »?

ANALYSE.

1. Détaillez les parties dans lesquelles ce poème est subdivisé.
2. Quels sentiments le poète éprouve-t-il en évoquant les souve­nirs de l’Antiquité ? Comparez les vers 1-2 et 9-14.
3. Lequel des deux poèmes (celui de Ronsard et celui de du Bellay) est le plus typique de la Renaissance ?
4. Quels éléments contribuent à créer une atmosphère de tendre émotion au second quatrain?
5. Expliquez la formule vague, mais très suggestive « et beaucoup davantage ». (8)
6. Comparez, dans les tercets, les adjectifs épithètes appliqués à Liré, et ceux appliqués à Rome. Que constatez-vous ?
7. Est-ce le voyage même que du Bellay envie à Jason et à Ulysse ?
8. Quel est le thème de ce sonnet ?


Ce sonnet justement célèbre peut donner une idée complète de du Bellay poète personnel dans les Regrets. On y trouve:
1. Sa mélancolie. Ce sonnet est une plainte: le tour des phrases (heureux… oh…) est celui d’une lamentation; le mouvement est traînant et lassé (longs enjambements); les mots ont des sonorités mélancoliques (fumer la cheminée, la douceur angevine).
2. Son amour de la Patrie qui lui rend l’exil si dur. Chaque fois qu’il parle de son pays ou des objets qui le représentent pour lui, le poète accompagne ces objets d’une épithète tendre, d’un mot pieux et intime (mon petit village, ma pauvre maison, etc.).
3. La profondeur de la poésie. Ce sonnet traduit le grand rêve de l’homme qui est fait d’un double désir: partir jeune pour la belle et romanesque aventure, pour l’inconnu, revenir, quand on est lassé, dans la maison accueillante pour y vivre de ses souvenirs et pour y mourir. Du Bellay a fait ce rêve; et la réalité qu’il a rencontrée est décevante: le voyage qu’il a tenté n’est pas beau et le retour se fait attendre. De là sa lassitude et son désespoir.

Source: Calvet.



Joachim du Bellay nait en 1522 en Anjou.

Héritier d’une famille célèbre par ses hommes de guerre et ses diplomates, maladif et orphelin, il se tourne vers l’état ecclesiastique plutôt que la carrière militaire, comptant sur l’appui d’un cousin évêque et va étudier le droit à Poitiers, vers 1545.

Il apprend plus le latin que le grec, rencontre Muret, Salmon Macrin et Peletier du Mans, rédige ses premières poésies latines et françaises, et suit Ronsard au collège de Coqueret en 1547. Il étudie les anciens, apprend l’italien, publie déjà énormément (Défense et illustration, L’Olive, , un recueil de Vers Lyriques, un recueil de poésie pour la princesse Marguerite…

Il devient poète courtisan en 1549, mais tombe malade. Durant deux ans, il reste au lit, à lire et à composer. A la souffrance physique s’ajoute la surdité. Il n’a même pas trente ans.

De 1553 à 1557, il se rend à Rome auprés de son cousin cardinal. Douloureuse expérience qui révèlera son génie. Il y fréquente des humanistes, écrit en italien et en français, souffre du mal du pays et doit s’occuper de l’intendance du cardinal, fortement endetté.

En 1557, il retrouve Paris et son ami Morel. En 1558, il publie ses chef-d’oeuvre conçus en Italie, dont les célèbres Regrets.

Il retrouve la cour où il s’impose aussi grâce à des sonnets satiriques s’en prenant à d’autres poètes courtisans. En 1559, il doit faire face à des problèmes financiers et s’attirer les grâces du nouveau roi (François II).

Repris par sa surdité, vieilli avant l’âge, il meurt d’apoplexie, dans la nuit du 1 janvier 1560, en écrivant des vers.

Son oeuvre majeure, Les Regrets, ensemble de 191 sonnets, est une oeuvre personnelle. La sincérité savante de ses confidences, en plus de la maitrise de son art, en fait le plus moderne des poètes de la Pleïade.

Source : « XVIe Siècle », collection littéraire Lagarde et Michard
Biographie rédigée par Fredleborgne et publiée sous Licence Art Libre (LAL 1.3)
http://www.inlibroveritas.net/auteur17.html

Joachim du Bellay - Nouveau venu, qui cherches Rome en Rome...