C’est un groupe de sept jeunes poètes qui ont eu l’idée de renouveler la poésie française.  Joachim du Bellay est leur porte-parole et en 1549 il publie La Défense et Illustration de la langue française, manifeste de la nouvelle école, où il indique les moyens pour porter le français au niveau du grec et du latin et pour rénover la poésie.

La défense de la langue française

Le latin était resté la langue des savants, attirés par son universalité et rebutés par la difficulté d’exprimer leurs idées en français.  Il existait même une poésie néo-latine qui imitait les Romains.  Du Bellay a voulu convaincre ces gens à se servir du français qui n’est pas du tout impropre à exprimer les idées et les sentiments car on réussit à traduire les oeuvres classiques.  Tout ce qu’il faut faire c’est enrichir la langue à l’exemple des Grecs et des Romains.

L’illustration de la langue française

Du Bellay propose plusieurs moyens d’enrichir la langue.

1.Pour enrichir le vocabulaire, il propose :

* d’adopter de vieux mots qui se trouvent dans les anciens textes mais qui ne sont plus usuels (p.ex. annuyter = faire nuit; ajourner = faire jour)
* d’employer des termes dialectaux empruntés aux dialectes provinciaux, picard ou wallon, apparentés au français.
* de se servir de mots techniques empruntés au langage des métiers ce qui peut fournir de nouvelles images ou comparaisons.
* de former de nouveaux mots sur le modèle du grec et du latin.  Ceci est à la base des mots savants qu’on a conservés en français (p.ex. lyrique, périphrase, exceller …)

2. Enrichir le style

La Pléiade veut que la poésie adopte un style différent de celui du peuple.  Ainsi elle diffuse certains tours qui étaient déjà employés au Moyen Age (p.ex. infinitif substantivé : le chanter, le vivre …; l’adjectif adverbial : il vole léger).

Ils se servent aussi largement de figures stylistiques comme des périphrases (p.ex. Jupiter = le Dieu foudroyant), des épithètes significatives (p.ex. la flamme dévorante) et des métaphores [1] et comparaisons tirées du langage des métiers.  Ils s’inspirent très souvent de la mythologie grecque et latine.

La versification

Ecrire est un travail incessant qui doit être contrôlé et corrigé.  C’est aussi un métier qui suppose la connaissance des lois et de l’art des vers.

* La rime doit être riche [2].  Il faut rimer pour l’oreille et non pour les yeux.
* On a mis à l’honneur le vers alexandrin.
* On condamne les genres du Moyen Age et on approuve les genres antiques comme épigrammes, élégies [3], épîtres, satires et églogues [4] mais surtout l’ode [5] et le sonnet, la tragédie et la comédie.


[1] figure de style par laquelle on donne un nouveau sens à un mot à l’aide d’une comparaison sous-entendue.  P.ex. C’est un dragon < elle est terrible comme un dragon
[2] une rime riche : des rimes qui ont au moins une consonne identique avant la dernière voyelle accentuée p.ex. bannir – finir
[3] poème lyrique exprimant des sentiments mélancoliques ou une plainte douloureuse
[4] petit poème champêtre ou pastoral
[5] une ode : un long poème divisé en strophes, antistrophes et épodes correspondant aux évolutions du choeur qui le chantait.  Le poète grec PINDARE s’en servait pour louer les athlètes vainqueurs

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La Pléiade
Marot avait surtout brillé dans les genres secondaires; sa poésie simple et naturelle manquait de noblesse et d’ampleur. Pendant que ses disciples dissipaient en frivolités leurs quelques talents poétiques, un certain nombre d’étudiants, sous la direction du savant Jean Daurat, méprisant les oeuvres légères de leurs devanciers, entreprirent de réformer la poésie française en lui donnant la noblesse qui lui manquait et en y introduisant les grands genres cultivés par les Anciens. Ce hardi projet eut son manifeste dans l’Illustration de la langue française par Joachim du Bellay. Ronsard fut le chef de cette jeune école qui prit le nom de Pléiade en souvenir de la Pléiade d’Alexandrie. (On nomme Pléiade une constellation de sept étoiles, située dans l’hémisphère boréal; ce nom fut donné par allusion à sept poètes d’Alexandrie sous Ptolémée Philadelphe.)

Ronsard (1524-1585) Pierre de Ronsard naquit près de Vendôme. La surdité qui lui survint vers l’âge de dix-huit ans, fut cause de sa gloire. Obligé de renoncer à la cour et aux affaires diplomatiques, il se tourna tout entier vers les lettres. Pendant sept ans, il étudia avec une ardeur incroyable de nuit et de jour, et refit ainsi son éducation. Épris des chefs-d’oeuvre de l’Antiquité et compagnon de Joachim du Bellay, il n’eut pas de plus grande ambition que de régénérer la poésie française en la retrempant aux sources antiques.

Ronsard, à la tête de la Pléiade, mena vigoureusement et victorieusement la campagne. Son nom devint célèbre et fit autorité. Il pouvait dire à tous les poètes de son temps: « Vous êtes mes sujets et je suis votre roi. »

Le satirique Boileau n’a pas laissé passer sans mot dire cet auteur dont « la muse en français parlait grec et latin ». Ronsard a échoué dans l’épopée (Ronsard avait entrepris de composer la Franciade; il s’arrêta au quatrième chant; le sujet de ce poème est l’établissement du royaume des Francs, par Francus, fils d’Hector) mais il a fait passer dans la langue, souvent avec un rare bonheur, les différents rhytmes des Anciens.

Autour de Ronsard viennent se grouper les poètes de la Pléiade: Joachim du Bellay, plus naturel, plus élégant, plus correct que la plupart de ses contemporains.

Antoine de Baïf, plutôt érudit que poète, connu par son pédantisme et son affectation ridicule.

Rémy Belleau a composé des Bergeries, qui n’ont guère été louées que par Ronsard.

Étienne Jodelle donna quelques tragédies: Cléopâtre captive (Cléopâtre, 67-30 av. J.-C., reine d’Égypte; vaincue par Octave à Actium, su tua par la piqûre d’un aspic), Didon (Didon, VIIIe s. av. J.-C., princesse de Tyr, fut forcée de quitter sa patrie à cause des cruautés de son frère, Pygmalion, qui avait fait périr Sichée, son époux, pour s’emparer de ses trésors. Elle s’enfuit en Afrique où elle fonda Carthage.), pièces médiocres mais fort admirées de son temps; elles ouvrirent la voie au théâtre classique.

Jean Daurat ou Dorat. Ses poésies grecques, latines et françaises ne lui valent pas la gloire d’avoir initié Ronsard et ses compagnons à la connaissance de l’Antiquité.

Amadis Jamyn et Pontus de Tyard ne sont guère cités que pour le nombre.


Source: Précis 02. Texte adapté.

Autres poètes du XVIe siècle
Du Bartas (1544-1590) composa des poèmes bibliques dans le but de protester contre le paganisme de la Pléiade. Le plus admiré est celui de la Semaine ou Création du monde. Quelques vers nobles et pittoresques ne rachètent pas les défauts de son style affecté et bizarre.

Agrippa d’Aubigné (1552-1630), zélé calviniste, a écrit en prose et en vers. Ses œuvres en prose sont des Mémoires une Histoire universelle, pleine de détails piquants. Son chef-d’œuvre a pour titre: Les Tragiques, poème en sept livres, inspiré par sa « haine partisane », comme il le dit lui-même. Il exalte les protestants et maudit les catholiques; Sainte-Beuve a surnommé d’Aubigné « le Juvénal du XVIe siècle. » Juvénal (42-123), poète latin, célèbre par l’énergie de ses satires.

Vauquelin de la Fresnaye (1535-1607), auteur de satires, d’épîtres, d’idylles, composa un Art poétique, qui est son meilleur ouvrage.

Desportes (1546- 1606), poète gracieux, élégant, spirituel, mais parfois affecté. Sur la fin de sa vie, pour réparer le scandale de ses vers, il se mit à traduire les Psaumes de David.

Bertaut (1552-1611), évêque de Séez, composa d’abord des poésies légères, puis se livra à des sujets plus sérieux: le panégyrique de saint Louis, des paraphrases de psaumes, etc. Régnier appelle Bertaut « un poète trop sage »; en effet il manque d’élan et d’imagination.

Régnier (1573-1613), neveu de Desportes, est bien supérieur par son style à tous ses devanciers. Il est le véritable créateur de la satire régulière en France. Boileau dit de lui:
« De ces maîtres savants (les Anciens), disciple ingénieux,
Régnier, seul parmi nous, formé sur leurs modèles,
Dans son vieux style encore a des grâces nouvelles. »


Source: Précis 02. Texte adapté.

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