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Malherbe
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Malherbe (1555-1628)

François de Malherbe
François de Malherbe était fils d’un pauvre gentilhomme de Caen. Ses études commencées à Paris s’achevèrent à Heidelberg et à Bâle. S’étant brouillé avec son père, François quitta la Normandie et s’attacha au gouverneur de Provence, le duc d’Angoulème, auquel il servit d’écuyer et de secrétaire. Ses premiers vers passèrent inaperçus: ce n’est qu’à 45 ans qu’il se fit connaître par une Ode sur l’entrée de Marie de Médicis à Paris. En 1600 Henri IV attacha Malherbe à sa cour; dans la suite la reine et Richelieu ne le favorisèrent pas moins et lui accordèrent des pensions dont il fut toujours très friand. A la création de l’Hôtel de Rambouillet, il y prend d’emblée la première
place et y donne le ton. Bref, pendant 30 ans, il est l’arbitre quelque peu despote de la grammaire et de la versification françaises. Il meurt à 73 ans accablé de chagrin par la mort de son fils unique.

Second réformateur du Parnasse français, Malherbe se place entre Ronsard et Boileau; après Ronsard il imite les formes antiques; avant Boileau il base la poésie, non sur l’inspiration, mais sur la raison. Il est législateur avant tout; il établit les règles fixes de la versification et du style classiques. S’il rime lui-même, ce n’est que pour joindre l’exemple au précepte; il a le travail lent et difficile. Ce qu’il proscrit surtout, c’est l’hiatus, l’enjambement, les rimes incorrectes, les césures mobiles. — Ses Odes, Stances, Sonnets, etc. manquent de chaleur; mais la pensée est élevée; le sentiment, pur; la forme, harmonieuse et parfaitement châtiée.

Ode à Louis XIII. — Stances à du Perrier sur la mort de sa fille. — Paraphrase du Psaume CXLV.

Source: Schmidt –
François de Malherbe
François de Malherbe

Pendant les premières années du 17e siècle l’idéal classique s’élabore lentement. L’imitation des Anciens, assez intempérante pendant la Renaissance, va être réglée. On essaie de créer des règles. L’un des grands réformateurs de la langue et (des lois) de la littérature est Malherbe.

Il est vrai que sa poésie « réglée », à nos yeux, manque d’âme. Elle est impersonnelle, bourrée de lieux communs. Elle est oratoire, un carrefour des procédés d’éloquence. Elle obéit à des règles strictes, visant ainsi une expression précise et claire.

Le thème de ce poème est la fragilité de la vie. L’auteur console son ami, qui vient de perdre sa fille, avec des raisonnements: tout le monde doit mourir, la mort n’écoute pas, elle frappe le pauvre et le riche, le chrétien doit se résigner à la volonté divine.

La forme nous révèle une série d’éléments oratoires, comme l’interrogation oratoire, l’apostrophe (il s’adresse directement à son ami), l’exclamation.

Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille

Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,
Et les tristes discours
Que te met en l’esprit l’amitié paternelle
L’augmenteront toujours

Le malheur de ta fille au tombeau descendue
Par un commun trépas,
Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue
Ne se retrouve pas ?

Je sais de quels appas son enfance était pleine,
Et n’ai pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mépris.

Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin ;
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.

Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,
Elle aurait obtenu
D’avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,
Qu’en fût-il advenu?

Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste
Elle eût eu plus d’accueil ?
Ou qu’elle eût moins senti la poussière funeste
Et les vers du cercueil ?

Non, non, mon du Périer, aussitôt que la Parque
Ote l’âme du corps,
L’âge s’évanouit au deçà de la barque,
Et ne suit point les morts…

La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
On a beau la prier,
La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois ;
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
N’en défend point nos rois.

De murmurer contre elle, et perdre patience,
Il est mal à propos ;
Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science
Qui nous met en repos.


1. Malherbe est sec et froid. À un père affligé il donne des motifs de consolation décevants, ridicules même. On sent qu’il n’est pas ému par ce deuil, que la perte des êtres chers ne l’a jamais touché.
2. Il tombe dans le fatras mythologique. Pour prouver à du Perrier qu’il ne sert de rien de vieillir et qu’il faut se consoler, quels exemples lui donne-t-il?
3. Il a le culte de l’expression claire. Aucune des idées exprimées par Malherbe n’est enveloppée de la moindre obscurité.
4. Il est éloquent dans l’expression des idées générales parce qu’il sait rendre d’une manière concrète les idées abstraites. Par quel tableau concret exprime-t-il les idées suivantes: tout passe; la mort est implacable; nous mourons tous; les rois ne sont plus les rois après la mort?
5. Il a le souci de l’harmonie des vers et de la strophe.

Source: Calvet

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