L’Hôtel de Rambouillet (1610)

Catherine (anagramme Arthénice) de Vivonne marquise de Rambouillet (1588-1665) et sa fille, la belle Julie d’Angennes future duchesse de Montausier, toutes deux femmes d’une vertu éprouvée et d’une haute distinction d’esprit, inaugurent dans leur somptueux hôtel, non loin du Louvre, un cercle d’élite, qui réunit tous les littérateurs du temps. Dans le splendide salon dit Chambre Bleue, la maîtresse de maison reçoit, assise sur un lit de parade; les habitués ou alcovistes se rangent en cercle dans l’alcove et la ruelle, c’est à dire autour du lit, et l’on discourt à perte de vue sur les belles lettres et le beau langage. Les femmes admises à ces réunions s’honorent du titre de Précieuses, titre qui suppose une vertu irréprochable et le goût des choses de l’esprit. La vogue de l’Hôtel de Rambouillet va de 1625 à 1650, où la mort de Voiture et le départ de la belle Julie, qui se marie loin de Paris, la font baisser.

L’Hôtel de Rambouillet fait la guerre au ton gascon de la cour de Henri IV, rapproche nobles et hommes de lettres, et crée l’art de la conversation. Il débarrasse la langue française de quantité de termes bas et grossiers et la dote de plusieurs expressions heureuses. Mais insensiblement on dépasse le but. A Paris et en province des cercles analogues se forment et donnent bientôt dans l’affectation prétentieuse. A force de raffiner, on en vient à créer un jargon inintelligible, dont Molière fait justice dans les Précieuses ridicules. Le miroir devient le conseiller des grâces; un verre d’eau, un bain intérieur ; les dents, l’ ameublement de la bouche, etc.

Les principaux membres de l’Hôtel de Rambouillet sont:
– l’arbitre en chef Malherbe et son successeur le grammairien Vaugelas ;
– 5 rimeurs médiocres: Chapelain, Ménage, Cotin, Benserade, qui excitent la verve de Boileau et de Molière; Scudéri, le rival passionné de Corneille;
– 1 poète pastoral assez agréable: Mme Déshoulières ;
– 3 épistoliers: le pompeux Balzac (1594-1654) qui fatigue l’esprit par ses hyperboles, tout en charmant l’oreille par le choix harmonieux des mots;
– le facétieux Voiture (1598-1648), vrai type du bel esprit de l’époque, idole des Précieuses et roi de la poésie galante, qui dans ses Lettres substitue à l’emphase de Balzac la grâce enjouée, vide de pensées et surchargée de pointes ou jeux de mots;
– la tendre et spirituelle Mme de Sévigné.
– 3 romanciers: Honoré d’Urfé (1568-1625) qui introduit en France le roman pastoral à 10 volumes, faux et langoureux, L’Astrée (1610), amour platonique de Céladon et d’Astrée, Carte du Tendre; — Mlle de Scudéri (1607-1701) qui inaugure le roman héroïque à lo volumes, non moins faux et diffus; Le grand Cyrus et Clélie la romaine esquissent, dans un cadre antique dérisoire, le tableau de la société précieuse du 17e siècle, et sont de vrais manuels de galanterie bienséante et raffinée; — Mme de La Fayette qui crée le vrai roman d’intrigue à 300 pages.

Source: Schmidt

Madeleine de Scudéry (1607-1701)

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