Blaise_Pascal_Versailles

Blaise PascalNotice biographique
Dès son enfance, Pascal a montré un vif intérêt pour la science et les mathématiques.
A 12 ans, il aurait découvert tout seul les premières propositions d’Euclide [1] et à 18 ans, il a bricolé la première machine à calculer mécanique.
En 1646, il s’est converti au jansénisme [2] et se retire à Port-Royal, un couvent janséniste, où il défend les Jansénistes contre les Jésuites en écrivant les Provinciales.
Il meurt en 1662 avant d’avoir achevé une apologie de la religion chrétienne, dont les fragments ont été publiés sous le titre des Pensées.

Oeuvres
Les Provinciales (1656-1657)
Les Pensées (1669-1670)
De nombreux ouvrages scientifiques

Les Pensées
Pascal a sondé l’âme humaine et montré la faiblesse du jugement humain.
Il a aussi dit que la raison est insuffisante pour se conduire dans la vie : Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point.

[1] mathématicien grec du IIIème siècle av. J.-C.
[2] philosophie basée sur les idées de Jansénius et la doctrine de la prédestination. La doctrine est condamnée par le pape.

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Port-Royal
Dans la Ferme des Granges, dépendance de l’abbaye cistercienne de Port Royal des Champs, vint s’établir au commencement du 17e siècle, une réunion d’hommes pieux et savants, qui désiraient mener une vie de travail et de prière et qui ouvrirent les Petites Ecoles pour l’instruction des jeunes gens. Un rigorisme religieux, le Jansénisme s’y glissa et résista obstinément à l’autorité civile et religieuse. L’abbaye fut dissoute; on
en rasa jusqu’aux bâtiments (1710). En attendant, les habitants, dits Solitaires de Port Royal, dont le nombre s’éleva parfois jusqu’à 200, comptèrent dans leurs rangs des hommes de valeur: les deux frères Arnauld, Lancelot, Nicole, etc. et leurs ouvrages de controverse religieuse, de morale et d’éducation se distinguèrent par une solide érudition et un style sobre et clair.Port Royal exerce de l’influence sur Racine et sur Boileau; mais le plus beau fleuron de sa couronne est Pascal, sous la plume duquel la prose française revêt une pureté élégante qui n’a guère été surpassée.
Source: Schmidt

Pascal(1623-1662) naît à Clermont en 1623 dans une famille de magistrats. À cause de son intelligence anormale, il est envoyé à Paris, où il écrit à ses 16 ans un « Traité des sections coniques » (kegeldoorsneden) et où il invente à ses 19 ans une machine à calculer! Il y mène une vie mondaine de grand joueur, ce qui nuit à sa santé déjà faible.

Dans la nuit du 23 au 24 novembre 1654, Pascal a une vision mystique à Port-Royal, et il devient janséniste convaincu.


Le Jansénisme

L’évêque flamand Corneel Jansen (Cornelius Jansenius) avait développé une doctrine nouvelle: une interprétation sévère du catholicisme, proche du protestantisme. Les deux points fondamentaux en étaient:
la grâce divine : dont l’homme a besoin; l’homme ne peut pas être sauvé seul;
la prédestination : Dieu a de tous temps décidé qui sera sauvé et qui sera maudit.

L’abbé de Saint-Cyran avait introduit cette doctrine dans l’abbaye de Port-Royal, une abbaye pour religieuses 30 km. au sud de Paris. Les jésuites font condamner le jansénisme à Rome. Louis XIV va persécuter le jansénisme. L’abbaye sera détruite.

Autour de l’abbaye habitaient les Messieurs qui vont organiser les « petites écoles », surtout connues pour leurs recherches en matière de grammaire et de linguistique.


Pascal devient un « Monsieur ». Pour défendre le jansénisme contre les jésuites, Pascal écrit en ’56 et ’57 les Lettres à un Provincial. Le destinataire en est un provincial imaginaire, c.-à-d. un supérieur des Jésuites. Peu à peu Pascal perd ses forces. Il meurt en août 1662. D’après des notes presque illisibles, écrites sur des feuilles découpées, on édite posthumement Les Pensées.

Blaise Pascal (1623-1662)

Les deux infinis

Que l’homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu’il éloigne sa vue des objets bas qui l’environnent. Qu’il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l’univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit et qu’il s’étonne de ce que ce vaste tour lui-même n’est qu’une pointe très délicate à l’égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent.

Mais si notre vue s’arrête là, que l’imagination passe outre ; elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir. Tout ce monde visible n’est qu’un trait imperceptible dans l’ample sein de la nature. Nulle idée n’en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n’enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C’est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin, c’est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée.

Que l’homme, étant revenu à soi, considère ce qu’il est au prix de ce qui est; qu’il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature ; et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j’entends l’univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même son juste prix.
Qu’est-ce qu’un homme dans l’infini ?

Mais pour lui présenter un autre prodige aussi étonnant, qu’il recherche dans ce qu’il connaît les choses les plus délicates. Qu’un ciron lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ses jambes, du sang dans ses veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ses humeurs, des vapeurs dans ces gouttes ; que, divisant encore ces dernières choses, il épuise ses forces en ces conceptions, et que le dernier objet où il peut arriver soit maintenant celui de notre discours ; il pensera peut-être que c’est là l’extrême petitesse de la nature.

Je veux lui faire voir là dedans un abîme nouveau. Je lui veux peindre non seulement l’univers visible, mais l’immensité qu’on peut concevoir de la nature, dans l’enceinte de ce raccourci d’atome. Qu’il y voie une infinité d’univers, dont chacun a son firmament, ses planètes, sa terre, en la même proportion que le monde visible; dans cette terre, des animaux, et enfin des cirons, dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donné ; et trouvant encore dans les autres la même chose sans fin et sans repos, qu’il se perde dans ses merveilles, aussi étonnantes dans leur petitesse que les autres par leur étendue; car qui n’admirera que notre corps, qui tantôt n’était pas perceptible dans l’univers, imperceptible lui-même dans le sein du tout, soit à présent un colosse, un monde, ou plutôt un tout, à l’égard du néant où l’on ne peut arriver ?

Qui se considérera de la sorte s’effraiera de soi-même, et, se considérant soutenu dans la masse que la nature lui a donnée, entre ces deux abîmes de l’infini et du néant, il tremblera dans la vue de ces merveilles ; et je crois que, sa curiosité se changeant en admiration, il sera plus disposé à les contempler en silence qu’à les rechercher avec présomption.

Car enfin qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d’où il est tiré, et l’infini où il est englouti.

Que fera-t-il donc, sinon d’apercevoir quelque apparence du milieu des choses, dans un désespoir éternel de connaître ni leur principe ni leur fin ? Toutes choses sont sorties du néant et portées jusqu’à l’infini. Qui suivra ces étonnantes démarches ? L’auteur de ces merveilles les comprend. Tout autre ne le peut faire.

Pascal, Les Pensées


Pascal étudie l’homme et il voit en lui un être contradictoire fait de misère et de grandeur. Un élément de sa misère, c’est sa disproportion; il est incapable de comprendre les extrêmes, l’infini de grandeur et l’infini de petitesse.
Le ton de ce morceau est lyrique. Pascal, en effet, ne se contente pas de disserter et de prouver, il frémit devant les abîmes qu’il découvre, et ce sont les sentiments de son âme passionnée qu’il traduit.

Source: Calvet

Blaise Pascal