Pierre Corneille (1606 — 1684) – Vie et oeuvre

Vie

Jeunesse (1606-1629). Pierre Corneille naquit à Rouen, où son père était maître des eaux et forêts.
Il puisa au sein d’une famille chrétienne et au collège des Jésuites des principes religieux solides, auxquels il demeura constamment fidèle. Il fit son droit et passa avocat à 24 ans; mais un léger bégaîment l’empêchant de plaider, il entra dans l’administration au même titre que son père et y resta 22 ans (1628-1650).

Carrière littéraire (1629-1674). Les comédies du jeune Corneille ayant eu quelque succès, Richelieu l’enrôla dans la Société des cinq Auteurs, chargés de seconder le puissant ministre dans la confection de ses tragédies.
Mais cette collaboration dura peu; bientôt Corneille fut congédié pour s’être montré trop indépendant. Sa célébrité date de la tragédie du Cid (1636), qui excita un enthousiasme indescriptible et fut promptement traduit dans toutes les langues. L’Académie Française seule dut l’incriminer sur les menées jalouses de Scudéri et de Richelieu. Dès lors Corneille règne en maître incontesté sur le théâtre français durant 16 ans (1636-1652). A 34 ans il épouse Marie de Lampérière qui le rend très heureux et lui donne 6 enfants. En 1647 il est reçu à l’Académie qui, à l’instigation de Richelieu, lui avait d’abord tenu rigueur. L’insuccès de Pertharite (1652) détermine Corneille à se retirer du théâtre; et s’il y revient 6 ans plus tard c’est pour écrire des pièces peu dignes de lui. Pendant sa retraite il avait mis en vers L’Imitation de Jésus- Christ.

Vieillesse (1674-1684). Dès 1662 il avait quitté Rouen pour s’installer à Paris avec son frère Thomas, de 20 ans plus jeune que lui et poète dramatique de second ordre. Thomas avait épousé la sœur de Marie de Lampérière, et les deux ménages vivaient ensemble dans la plus touchante union. A partir de 1667 les succès croissants de Racine excitèrent les susceptibilités de Corneille. Peu à peu l’isolement se fit autour de lui; la mort de deux de ses fils, des procès coûteux et par suite des embarras pécuniaires achevèrent de l’accabler. Sa pension fut irrégulièrement payée, puis supprimée; Boileau lui obtint de Louis XIV un secours tardif deux jours avant sa mort. Consolé par la religion, Corneille expira à Paris dans sa 79e année.


Oeuvre

Fond. Corneille est le créateur du drame français, tragédie et comédie, qu’il assujettit aux règles de l’art, de la raison, de la décence et du bon goût. Son cachet est la grandeur d’âme; son ressort est l’admiration excitée par l’héroïsme de la vertu; il se plaît aux héros surhumains et aux situations extraordinaires qui mettent en relief leur énergie un peu farouche. A ses yeux l’histoire est le cadre obligé de la tragédie; un grand caractère, le pivot; l’amour, l’accessoire. Toujours la passion cède à l’honneur, à la raison, au devoir.

Forme. Sa langue, semée de traits sublimes, a la vigueur ferme et sobre du latin; son alexandrin est d’une structure simple et solide.

La carrière littéraire de Corneille comprend une trentaine de pièces et se divise en trois périodes.

I — Dans sa période d’essai (1629-1636) il donne 7 comédies peu remarquables, Mélite (1629), et une tragédie déjà meilleure, Médée (1635).

II — Dans sa période de gloire (1636-1652) il donne 10 tragédies, 2 comédies et un opéra.
1636 Le Cid, tragédie.
1640 Horace, tragédie.
1641 Cinna, tragédie.
1642 Polyeucte, tragédie.
1644 La mort de Pompée, tragédie héroïque; Rodogune, tragédie
1645 Théodore, tragédie.
1647 Héraclius, tragédie.
1650 Andromède, opéra; Don Sanche, comédie
1651 Nicomède, tragédie.
1652 Pertharite, tragédie

III — Dans sa période de déclin (1658-1674) il donne 9 tragédies de moindre valeur et un opéra : Œdipe (1659), Agésilas (1666), Attila (1667), Tite et Bérénice (1670), etc.

En somme la véritable période de génie de Corneille se borne à 7 ans (1636-1643). C’est alors qu’il écrit son chef d’œuvre par excellence Le Cid, et ses autres tragédies de premier ordre Horace, Cinna, Polyeucte. Par Le Menteur il inaugure, 15 ans avant Molière, la comédie de caractère. Ses tragédies de second ordre sont Pompée, Rodogune, Héraclius, Nicomède.

Les principales pièces

Le Cid a pour cadre les luttes de l’Espagne contre les Maures (11e s.). — Sujet historique: l’union de Rodrigue le Cid et de Chimène est entravée par la querelle de leurs pères. — Sujet moral: héroïsme de l’honneur et du devoir filial dans Rodrigue et Chimène.

Horace a pour cadre la rivalité entre Rome et Albe (7e s. av. J. Chr. — Sujet historique: victoire du jeune Horace sur les Curiaces et son acquittement devant le roi après son fratricide. — Sujet moral: héroïsme de l’amour patriotique dans le jeune et le vieil Horace.

Cinna a pour cadre les dernières révoltes du républicanisme romain contre l’empire naissant (1ier s. av. J. C). — Sujet historique: la clémence de l’empereur Auguste qui pardonne aux conspirateurs ingrats Cinna, Maxime et Emilie. — Sujet moral: héroïsme de la clémence dans Auguste.

Polyeucte a pour cadre la lutte du paganisme aux abois contre le christianisme envahissant (3e s.). — Sujet historique: martyre de saint Polyeucte noble arménien. — Sujet moral : héroïsme de la foi chrétienne dans Polyeucte et de la fidélité conjugale dans sa jeune femme Pauline encore païenne.

Le Menteur est la satire spirituelle du mensonge et des vanteries dans la personne d’un jeune étudiant frais débarqué de Poitiers à Paris.

Pompée a pour cadre les guerres civiles entre les premiers triumvirs romains (1ier s. av. J. C). — Sujet historique: Pompée, lâchement assassiné par Ptolémée roi d’Egypte, est noblement vengé par son rival César sur les instances de sa veuve Cornélie. — Sujet moral: héroïsme de la générosité; assaut de noblesse d’âme entre César et Cornélie, le patricien et la patricienne de Rome. — Il est assez étrange que le héros titulaire Pompée ne paraisse pas sur la scène.

Rodogune a pour cadre un épisode de l’histoire de Syrie (2e s. av. J. C). — Sujet historique: rivalité à mort entre la haineuse Cléopâtre reine de Syrie et la fière Rodogune, sœur du roi des Parthes, rivalité dans laquelle sont entraînés malgré eux Séleucus et Antiochus, les deux fils de Cléopâtre. — Sujet moral: héroïsme de l’amour fraternel entre Séleucus et Antiochus.

Heraclius a pour cadre les usurpations du Bas Empire (7e s.). — Sujet historique: substitution étrange et compliquée entre les fils des deux empereurs grecs Maurice et Phocas. — Sujet moral: héroïsme de l’amitié entre les deux jeunes princes substitués Héraclius et Martian. — Non sans raison, Boileau nomme cette pièce un locogriphe en 5 actes; elle inaugure chez Corneille les tragédies d’intrigue ou plutôt de situation et non plus de caractère.

Nicomède a pour cadre les conquêtes de Rome et sa conduite envers les peuples vaincus (2e s. av. J. C). — Sujet historique: Nicomède, fils aîné du roi de Bithynie, déjoue tous les complots tramés contre lui par son faible père, sa belle-mère Arsinoé et l’astucieux envoyé de Rome. — Sujet moral: héroïsme de la droiture inflexible dans Nicomède.


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Source: Schmidt





Pierre Corneille

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Pierre Corneille (1606-1684)

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Pierre CORNEILLE

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Liebig S191 - Classic French Authors "Corneille"

6. Pierre Corneille (1606-1684)

CORNEILLE, Pierre. Polyeucte_Hatier (Paris), 1940. (Classiques pour Tous; 15)

Image from page 11 of "Théatre choisi" (1881)

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