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Pierre Corneille est le père de la tragédie française authentique.

Né à Rouen en 1606, il fait de bonnes études. Passionné de théâtre, il va écrire pour la scène.

Son premier grand succès est Le Cid (1636) : une tragicomédie (une tragédie, avec une fin heureuse). D’autres pièces comme Horace et Cinna connaissent encore du succès. Mais lentement, le goût du public change, et Corneille est démodé. Il meurt en pauvreté en 1684.

Corneille présente les hommes tels qu’ils devraient être. Le spectateur doit admirer des hommes supérieurs, dont la volonté domine les passions. La gloire, le devoir, sont plus importants que les sentiments (l’amour). Corneille est donc optimiste : l’homme peut dominer ses passions.

Corneille a adapté une pièce espagnole : La jeunesse du Cid, de Guilhem de Castro (1621).

Rodrigue et Chimène

Le père de Rodrigue (Le Cid), Don Diègue, est nommé précepteur (=professeur privé) de l’enfant du roi. Cela déplaît profondément à Don Gomès, comte de Gormas, qui insulte Don Diègue, et le gifle. Or, Rodrigue aime Chimène, fille de Don Gomès, qui lui rend cet amour. Les deux familles étaient déjà d’accord pour le mariage.

Rodrigue a un moment d’hésitation : Faut-il laisser un affront impuni ? Faut-il punir le père de Chimène ? Mais aussi bien pour Rodrigue que pour Chimène, le devoir est plus fort que l’amour, et ils vont défendre l’honneur familial.

Rodrigue va provoquer le Comte en duel, et il le tue ! Puis il se présente devant Chimène, et, tout en lui déclarant qu’il l’aime toujours, il ne regrette rien, puisqu’il a fait son devoir. Celle-ci approuve le courage de Rodrigue, mais elle aussi fera son devoir, qui est de poursuivre le meurtrier de son père et de demander son châtiment. Elle demande la tête de Rodrigue au roi d’Espagne.

Mais fort à propos, les Maures attaquent Séville. Rodrigue les chassera et à cause de ses mérites patriotiques, le roi consent à un combat singulier entre Don Sanche, champion de Chimène, et Rodrigue. Don Sanche est vaincu. Le roi déclare l’honneur satisfait. Le temps apaisera les passions, et Rodrigue et Chimène finiront par se pardonner. Les dernières paroles du roi laissent entrevoir la possibilité d’un mariage entre Chimène et Rodrigue.

Le Cid (en arabe Sidi = seigneur) est un personnage historique du 11e siècle, qui guerroyait toute sa vie contre les Maures en Espagne. Il dut épouser, comme réparation judiciaire, la fille d’un homme qu’il avait tué.

ACTE II SCÈNE 2 – LE COMTE, DON RODRIGUE

DON RODRIGUE
À moi, comte, deux mots.

LE COMTE
Parle.

DON RODRIGUE
Ôte-moi d’un doute.
Connais-tu bien don Diègue?

LE COMTE
Oui.

DON RODRIGUE
Parlons bas; écoute.
Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu,
La vaillance et l’honneur de son temps? le sais-tu?

LE COMTE
Peut-être.

DON RODRIGUE
Cette ardeur que dans les yeux je porte,
Sais-tu que c’est son sang? le sais-tu?

LE COMTE
Que m’importe?

DON RODRIGUE
À quatre pas d’ici je te le fais savoir.

LE COMTE
Jeune présomptueux!

DON RODRIGUE
Parle sans t’émouvoir.
Je suis jeune, il est vrai; mais aux âmes bien nées
La valeur n’attend point le nombre des années.

LE COMTE
Te mesurer à moi! qui t’a rendu si vain,
Toi qu’on n’a jamais vu les armes à la main!

DON RODRIGUE
Mes pareils à deux fois ne se font point connaître,
Et pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître.

LE COMTE
Sais-tu bien qui je suis?

DON RODRIGUE
Oui; tout autre que moi
Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d’effroi.
Les palmes dont je vois ta tête si couverte
Semblent porter écrit le destin de ma perte.
J’attaque en téméraire un bras toujours vainqueur,
Mais j’aurai trop de force, ayant trop de coeur.
À qui venge son père il n’est rien impossible.
Ton bras est invaincu, mais non pas invicible.

LE COMTE
Ce grand coeur qui paraît aux discours que tu tiens
Par tes yeux, chaque jour, se découvrait aux miens;
Et croyant voir en toi l’honneur de la Castille,
Mon âme avec plaisir te destinait ma fille.
Je sais ta passion, et suis ravi de voir
Que tous ses mouvements cèdent à ton devoir;
Qu’ils n’ont point affaibli cette ardeur magnanime ;
Que ta haute vertu répond à mon estime;
Et que, voulant pour gendre un cavalier parfait,
Je ne me trompais point au choix que j’avais fait.
Mais je sens que pour toi ma pitié s’intéresse;
J’admire ton courage, et je plains ta jeunesse.
Ne cherche point à faire un coup d’essai fatal;
Dispense ma valeur d’un combat inégal;
Trop peu d’honneur pour moi suivrait cette victoire:
À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
On te croirait toujours abattu sans effort;
Et j’aurais seulement le regret de ta mort.

DON RODRIGUE
D’une indigne pitié ton audace est suivie:
Qui m’ose ôter l’honneur craint de m’ôter la vie!

LE COMTE
Retire-toi d’ici.

DON RODRIGUE
Marchons sans discourir.

LE COMTE
Es-tu si las de vivre?

DON RODRIGUE
As-tu peur de mourir?

LE COMTE
Viens, fais ton devoir, et le fils dégénère
Qui survit un moment à l’honneur de son père.


1. Dans cette scène, les répliques se heurtent comme des épées; ce sont à peine des paroles; la scène est toute en action et nous sommes étonnés de ne pas voir les deux adversaires dégainer sous nos yeux, tant le mouvement est vif et précipité.
2. Chacun des deux personnages concentre sa pensée en formules héroïques qui sont devenues des proverbes. En recueillant dans l’oeuvre de Corneille les maximes qu’il met ainsi dans la bouche de ses héros, on pourrait faire une sorte de code de l’honneur.

Source: Calvet


QUESTIONS.

1. Pourquoi Corneille était-il mauvais avocat ?
2. Quelle est la caractéristique des personnages « cornéliens » ?
3. Pour quelles raisons la vieillesse de Corneille fut-elle triste?
4. Expliquez les deux premiers vers.
5. Quelle est la réaction de Don Gormas ?
6. Montrez que Rodrigue est sûr de son fait. Où trouve-t-il cette certitude ?
7. Quels sentiments le comte, Don Gormas, commence-t-il à entretenir pour Rodrigue ? Quel conseil lui donne-t-il ? Pourquoi ? Ne veut-il pas humilier Rodrigue ?
8. Expliquez pourquoi Rodrigue est déchiré entre l’amour et l’honneur (= l’élément tragique de cette rencontre).

Pierre Corneille, Le Cid

Tragédie, 1636.

Source: Le Cid, tragédie espagnole de Guilhem de Castro (16e s.). — Lieu: Séville. — Temps: 11e siècle.

Acte I. Le soufflet. — Don Gomès, père de Chimène, frappe au visage don Diègue père de Rodrigue le Cid, et celui-ci, trop affaibli par l’âge, remet à son fils le soin de sa vengeance. Rodrigue, qui aime Chimène, vole au combat après une lutte intense entre l’amour et le devoir.

Acte II, Le duel. — Don Gomès tombe sous le fer de Rodrigue. Chimène et don Diègue accourent près du roi Fernand de Castille: l’une pour accuser Rodrigue quoiqu’elle l’aime, l’autre pour le défendre.

Acte III. L’entrevue. — Couvert du sang de don Gomès, Rodrigue se présente devant Chimène et lui tend son épée, afin qu’elle-même le frappe et venge son père. Chimène s’y refuse; par devoir elle poursuivra Rodrigue en justice, quitte à mourir avec lui s’il est condamné à mort. Don Diègue, pour sauver son fils, l’envoie combattre les Maures qui menacent Séville.

Acte IV. La victoire. — Rodrigue, qui durant la nuit a repoussé les Maures, rend compte au roi de son triomphe. Chimène réclame le combat judiciaire; et le roi y consent à la condition que ce duel termine les débats et que la main de Chimène soit le prix du vainqueur. Don Sanche sera le champion de Chimène.

Acte V. Le combat singulier. — Rodrigue défait don Sanche sans le tuer, et envoie par lui son épée sanglante à Chimène. A cette vue, Chimène croit Rodrigue tué, et sa douleur trahit son amour. Le roi la détrompe: Rodrigue est vivant et sera son époux. Cependant on laissera à l’orpheline une année pour pleurer son père, tandis que le Cid ira combattre les Maures.

Action: double vengeance poursuivie par Rodrigue et Chimène l’un contre l’autre; Rodrigue venge son père en tuant le père de Chimène en duel; Chimène venge le sien en poursuivant Rodrigue en justice. — Nœud: le soufflet donné. — Denouement : le roi absout Rodrigue et laisse entrevoir l’union de Rodrigue et de Chimène.

Personnages: au lier plan, Rodrigue et Chimène; au 2e plan, don Diègue et don Gomès. — Rodrigue et Chimène: identité d’héroïsme aussi tendre que fort; tous deux aiment, et tous deux sacrifient leur amour à l’honneur et au devoir filial. — Don Diègue et don Gomès: contraste entre la fierté digne et conciliante du vieillard et l’orgueil fougueux et outrecuidant de l’homme mûr.


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Source: Schmidt