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La Fontaine
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Jean de la Fontaine (1621-1695), Les Fables

Déjà au moyen âge il y avait des recueils de fables traduites du latin. C’étaient les Ysopets d’après le fabuliste latin Esope. Les plus célèbres de ces recueils médiévaux sont celui de Marie de France et le Roman de Renart qui contient aussi des fables originales.
Au XVIème siècle on trouve quelques belles fables chez Marot.
Mais, les fables les plus connues datent du XVIIème siècle et sont de la main du plus grand fabuliste français : Jean de La Fontaine.

Notice biographique
Né en 1621 à Château-Thierry en Champagne où il succédera un jour à son père et grand-père comme maître des eaux et forêts.
A 20 ans, il commence à étudier la théologie mais la quitte assez vite pour le droit.
Pendant son séjour à Paris, il est l’ami et le protégé du surintendant Fouquet et de la Duchesse d’Orléans. En 1665, il publie ses Contes et Nouvelles qui lui apportent beaucoup de succès.
A 47 ans, il publie le premier recueil des Fables qui le rendront immortel.
Tout en écrivant des fables et en composant de nouveaux recueils il suit la mode en poésie et écrit des ballades, des odes et des oeuvres de circonstance pour se ménager les faveurs de ses protecteurs.
En 1684, il est admis comme académicien, une fonction qu’il exerce sérieusement.

Oeuvres
Contes et Nouvelles (1665)
Les Fables (1668, 1678, 1694)

L’art de La Fontaine
Les récits de La Fontaine sont toujours dramatiques, il ne raconte pas : il met en scène. Ses fables ont bien des traits en commun avec le théâtre classique par leur schéma habituel : une exposition, où le problème est posé, l’action qui est vraisemblable et s’enchaîne logiquement et le dénouement, bref, rapide, qui découle logiquement du jeu des caractères.
Les acteurs sont le plus souvent des animaux et le décor c’est la nature. Tout en décrivant les animaux, La Fontaine peint en réalité la société et les moeurs des hommes.

La Fontaine a une langue et un style très variés : il puise chez les conteurs du XVIème siècle, dans les dialectes provinciaux, dans le langage populaire ou même vulgaire, aussi bien que dans la langue noble et précieuse.

Les Fables sont écrites en vers variés et La Fontaine sait adapter la longueur du vers à son sujet.

Les Fables
La Fontaine a dit lui-même qu’il a voulu écrire “une ample comédie à cent actes divers et dont la scène est l’univers”.
Dans le premier recueil (1668), il puise surtout chez les Anciens et insiste sur ses intentions morales : “je me sers d’animaux pour instruire les hommes’” Il se sert surtout de la satire et du contraste.
Dans le deuxième recueil (1678-1679) interviennent plus souvent les êtres humains et la conclusion morale s’élargit vers les questions sociales ou politiques et il accorde plus de place à la satire de la société contemporaine.
Le dernier livre des Fables (1694) est plutôt tourné vers la connaissance de soi et le salut.

Le Corbeau et le Renard

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
“Et bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces Bois.”
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie :
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : “Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit au dépens de celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute.”
Le Corbeau honteux et confus
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

se rapporter à : avoir la conformité
le Phénix : personne unique dans son genre

Le Loup et le Chien

Un Loup n’avait que les os et la peau;
Tant les Chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers.
Mais il fallait livrer bataille;
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint qu’il admire.
“Il ne tiendra qu’à vous, beau Sire,
D’être aussi gras que moi, lui répartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? Rien d’assuré; point de franche lippée;
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin.”
Le Loup reprit : “Que me faudra-t-il faire ?
-Presque rien, dit le Chien; donner la chasse aux gens
Portant bâtons, et mendiants;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire;
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons;
Sans parler de maintes caresses.”
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant il vit le col du chien pelé :
“Qu’est-ce là ? lui dit-il. -Rien. -Quoi ? rien ? -Peu de chose.
-Mais encor ? -Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
-Attaché ? dit le Loup; vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? -Pas toujours, mais qu’importe ?
-Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.”
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

un cancre : au XVIIème siècle : un pauvre homme
un haire : un hère : un homme qui vit misérablement
une franche lippée : un bon repas qui ne coûte rien
les reliefs : les restes du repas

Le Lièvre et la Tortue

Rien ne sert de courir; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
“Gageons, dit celle-ci, que vous n’atteindrez point
Si tôt que moi ce but. – Si tôt ? êtes-vous sage ?
Répartit l’Animal léger.
Ma Commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d’ellébore.
-Sage ou non, je parie encore.”
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux.
Savoir quoi, ce n’est pas l’affaire;
Ni de quel juge l’on convint.
Notre Lièvre n’avait que quatre pas à faire;
J’entends de ceux qu’il fait lorsque près d’être atteint
Il s’éloigne des Chiens, les renvoie aux Calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D’où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s’évertue;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire;
Tient la gageure à peu de gloire;
Croit qu’il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s’amuse à toute autre chose
Qu’à la gageure. A la fin quand il vit
Que l’autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait; mais les élans qu’il fit
Furent vains; la Tortue arriva la première.
“Hé bien, lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi l’emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?”


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Jean de la Fontaine (1621-1695), Les Fables

Jeunesse
Jean de La Fontaine naquit à Château Thierry en Champagne, où son père était maître des eaux et forêts. Il fut toute sa vie un grand enfant, naïf autant que bon, insouciant, ami du repos et du plaisir.Paris
Pour le fixer, son père lui transmit sa charge et le maria à Marie d’Héricart, jeune fille de 15 ans, qui ne manquait ni d’esprit ni de beauté. Jean vendit la charge et délaissa sa femme et son fils pour se rendre à Paris. Il s’y divertit, lut quelques classiques anciens et plusieurs vieux auteurs français, Villon, Marot, surtout Rabelais, écrivit quelques vers, et sans vergogne vécut à la charge de nobles bienfaiteurs. Il passa d’abord 6 ans chez le fameux surintendant des finances Fouquet tant à Paris qu’au somptueux château de Vaux, et eut le courage de défendre hautement son protecteur lors de sa disgrâce (Élégie aux Nymphes de Vaux). Ensuite Mme. de la Sablière hébergea le poète pendant plus de 20 ans; et quand elle mourut, il alla finir ses jours chez le conseiller Hervart. Boileau, Molière et Racine se lièrent avec La Fontaine, s’amusant des naïvetés et des distractions incroyables du bonhomme, et stimulant aimablement son incorrigible paresse. La licence de ses premiers Contes en vers (1664), en provoquant les censures de la police, lui avait aliéné Louis XIV et fermé l’accès de la cour. Il fut admis à grand’peine à l’Académie (1684).Activité littéraire et mort
Ce ne fut qu’à 47 ans que La Fontaine donna ses premières Fables et il mit plus de 20 ans à en compléter les 12 livres (1668 — 1690).OuvragesFond – La matière des Fables est empruntée à Ésope et aux fabliaux du moyen âge; mais La Fontaine en a fait des chefs-d’œuvre nouveaux, incomparables d’originalité, de fraîcheur et de vérité. Il a atteint la perfection dans le naturel. Tout ce qui se dit et se fait dans chacun de ces petits drames est pris sur nature et dénote une connaissance profonde, non seulement du monde animal, mais du cœur humain et de la société. La proportion entre les deux éléments de toute fable, le récit et la morale, est exacte.

Forme – Le style se distingue par la souplesse de la phrase et la justesse de l’expression. La versification est d’une variété prodigieuse qui se plie à toutes les situations. La Fontaine est le créateur du vers libre.

Les 12 livres des Fables parurent en trois recueils.

Le 1er recueil est dédié au Grand Dauphin. — La Cigale et la Fourmi ; châtiment de l’oisiveté. — Le Corbeau et le Renard; qui écoute la flatterie en est dupe. — Le Chêne et le Roseau : qui plie ne rompt pas. — Le Lion et le Moucheron : les petits ennemis sont à craindre.

Le 2e recueil est dédié à Mme de Montespan. — Les Animaux malades de la Peste: le plus faible a tort. — Le Coche et la Mouche; parodie des gens empressés. — Le Laitière et le Pot au lait ; vanité des châteaux en Espagne. — Le Savetier et le Financier; soucis que donnent les richesses. — Les deux Pigeons ; l’amitié.

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Source: Schmidt

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  • La Fontaine

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  • Jean de La Fontaine

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    Jean de La Fontaine (1621-1695)

    La Fontaine, né à Château-Thierry, en Champagne, est le prince des fabulistes anciens et modernes. Ses fables, par la finesse des détails, la perfection de la langue, la justesse des expressions, sont des modèles achevés et inimitables. Ésope chez les Grecs, Phèdre chez les Latins, avaient composé des fables; mais elles sont froides et plates, si on les compare à celles de La Fontaine.

    La Fontaine fut l’ami de Racine, de Boileau, de Molière; il fait partie du cénacle glorieux qui, au milieu et à la fin du dix-septième siècle, a donné à la littérature française sa valeur prépondérante. C’est la véritable grandeur de ce que l’on a appelé le siècle de Louis XIV; car jamais, à aucune époque, n’ont vécu simultanément autant de littérateurs illustres, grands par la puissance des idées, comme par la beauté du style.

    d’après: Source

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  • La Fontaine

    La Fontaine (1621-1695)

    Jean de La Fontaine, né en 1621 à Château-Thierry, mort en 1695, mérite une place à part au milieu des grands écrivains du siècle de Louis XIV. Il sut atteindre à la gloire, en composant, sans prétention aucune, d’adorables petits poèmes, auxquels il donna le nom modeste de Fables. On les fait apprendre par cœur aux enfants. S’ils voulaient prendre la peine, quand ils sont devenus grands, de relire leur La Fontaine, ils s’apercevraient que chacune de ces fables est un petit drame admirablement composé, plein de grâce et de vérité.

    Chaque personnage que l’auteur y introduit parle le langage qui convient à son caractère: le loup, le chien, le mouton, le cheval, le lion, le singe, ne disent pas un mot qui ne soit conforme aux instincts qu’ils ont reçus de la nature.

    Mais, tout en faisant causer les animaux, La Fontaine ne laisse pas échapper une occasion de donner aux hommes des conseils ou des leçons. Il se moque à sa façon de leurs travers. Qu’est-ce que le renard, sinon le courtisan adroit? Comment ne pas reconnaître dans le corbeau qui laisse tomber son fromage le vaniteux dupé par un flatteur sans scrupule? La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf n’est-elle point le portrait exact de l’orgueilleux?

    Il ne faut donc pas regarder les Fables comme de petites compositions puériles, propres seulement à exercer la mémoire des enfants. Elles sont le fruit d’un art exquis, et quiconque les étudiera avec soin y trouvera de nouvelles beautés à chaque nouvelle lecture. Le bon La Fontaine ne se doutait guère en les composant qu’il pût leur devoir un jour l’immortalité. Il était distrait au point de ne pas reconnaître son fils, en le rencontrant dans la rue. Toujours perdu dans ses méditations, il aimait à faire de longues courses dans la campagne, passant des heures entières à écouter le chant des oiseaux, ou à étudier les mœurs de quelque animal.

    Ce doux rêveur ne prenait aucun souci de ses propres affaires. Il fallait que ses amis s’occupassent de subvenir à ses besoins, car il avait dissipé par négligence et incurie toute sa petite fortune. Devenu pauvre, il fut recueilli par une excellente femme, Mme de la Sablière, qui pendant vingt ans le garda sous son toit. Quand il eut perdu sa bienfaitrice, La Fontaine se trouva fort en peine de gagner sa vie. Heureusement un de ses amis lui offrit l’hospitalité, et mit les derniers jours de l’aimable poète à l’abri de la misère.

    G. Duruy

    Mots expliqués

    * petit drame: Action ou récit avec plusieurs personnages et des aventures, des événements qui intéressent, qui touchent.

    * compositions puériles: Sans intérêt, sans utilité, bonnes seulement pour les, petits enfants.

    * leur doit l’immortalité: Son nom est conservé et célèbre même longtemps après sa mort.

    * incurie: Manque de soin.

    Questions et Analyse des idées

    1. Où et quand est né La Fontaine? — 2. Parlez de son caractère. — 3. Parlez de ses écrits. — 4. Pourquoi ses fables ne sont-elles pas de simples compositions puériles? — 5. Comment fait-il parler les animaux? — 6. Comment termina-t-il sa vie? — 7. Montrez, par certains exemples, que ses fables peuvent s’appliquer aux hommes. — 8. Quelles sont les différentes parties de cette biographie de La Fontaine?

    Texte | Image

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  • Jean de La Fontaine

    Jean de La Fontaine

  • La Fontaine

    Jean de La Fontaine (1621-1695)

    La Fontaine, né à Château-Thierry en 1621, était assez incertain de la voie qu’il devait suivre, lorsque, à vingt-deux ans, la lecture, faite en sa présence, d’une ode de Malherbe, lui apprit qu’il était poète. Ses premiers essais l’annoncèrent, en effet, comme tel; mais, resserrée dans la province où il habitait, sa réputation fut assez lente à se répandre: il touchait à sa quarantième année lorsqu’il vint à Paris, où il rencontra un protecteur dans le surintendant Fouquet. La reconnaissance qu’il voua à ce ministre déchu, les beaux vers par lesquels il plaignit et s’efforça d’adoucir son malheur, éloignèrent de La Fontaine l’esprit de Louis XIV, qui ne lui accorda jamais aucune faveur. Il trouva, du reste, à défaut de l’appui du prince, des amitiés dévouées, qui, en écartant de sa personne les besoins et les embarras vulgaires de la vie, lui permirent de se livrer tout entier à son goût pour les vers. Le surnom de Bonhomme, que lui a conservé la postérité, atteste quels étaient la simplicité de son caractère et son détachement des affaires et des intérêts mondains. Il ne commença qu’en 1668 à faire paraître ses inimitables Fables. On a dit qu’un merveilleux instinct les lui dictait; mais il ne faut pas croire qu’il atteignit sans beaucoup de travail la perfection où il s’est élevé. De là ces distractions et ces rêveries, ou plutôt ces méditations profondes, dont se sont amusés les contemporains de La Fontaine. On a prétendu encore que ceux-ci n’avaient pas compris tout ce qu’il y a de rare et d’exquis dans ses talents. Néanmoins, une circonstance particulière qui semble indiquer le contraire, c’est qu’il fut reçu membre de l’Académie française avant Boileau (1684). Ce qui est certain, c’est qu’on s’accorde à admirer présentement en lui, pour la pensée et pour la langue, le plus original et le plus parfait des modèles.

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  • Jean de La Fontaine
  • Le Laboureur et ses Enfants

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  • L’Âne portant des reliques

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    L’Âne portant des reliques

    Un Baudet, chargé de Reliques,
    S’imagina qu’on l’adorait.
    Dans ce penser il se carrait,
    Recevant comme siens l’Encens et les Cantiques.
    Quelqu’un vit l’erreur, et lui dit :
    Maître Baudet, ôtez-vous de l’esprit
    Une vanité si folle.
    Ce n’est pas vous, c’est l’Idole
    À qui cet honneur se rend,
    Et que la gloire en est due.

    D’un Magistrat ignorant
    C’est la Robe qu’on salue.

    Jean de La Fontaine

    L’expression âne chargé de reliques caractérise dès lors ceux qui croient adressés à leur mérite personnel les hommages rendus à leur seule dignité.

    Source 1 | Source 2

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  • L’Oiseleur, l’Autour et l’Alouette

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    L’Oiseleur, l’Autour et l’Alouette

    Les injustices des pervers
    Servent souvent d’excuse aux nôtres.
    Telle est la loi de l’univers:
    Si tu veux qu’on t’épargne, épargne aussi les autres.

    Un manant au miroir prenait des oisillons.
    Le fantôme brillant attire une alouette:
    Aussitôt un autour, planant sur les sillons,
    Descend des airs, fond et se jette
    Sur celle qui chantait, quoique près du tombeau.
    Elle avait évité la perfide machine,
    Lorsque, se rencontrant, sous la main de l’oiseau,
    Elle sent son ongle maline.
    Pendant qu’à la plumer l’autour est occupé,
    Lui-même sous les rets demeure enveloppé:
    Oiseleur, laisse-moi, dit-il en son langage;
    Je ne t’ai jamais fait de mal.
    L’oiseleur repartit: Ce petit animal
    T’en avait-il fait davantage?

    La Fontaine, Fables – Livre VI

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  • Le coche et la mouche

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    Jean de La Fontaine

  • Le singe et le dauphin

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  • Le Chêne et le Roseau

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    Le Chêne et le Roseau

    Le chêne un jour dit au roseau:
    Vous avez bien sujet d’accuser la nature;
    Un roitelet pour vous est un pesant fardeau:
    Le moindre vent qui d’aventure
    Fait rider la face de l’eau,
    Vous oblige à baisser la tête;
    Cependant que mon front, au Caucase pareil,
    Non content d’arrêter les rayons du soleil,
    Brave l’effort de la tempête.
    Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.
    Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
    Dont je couvre le voisinage,
    Vous n’auriez pas tant à souffrir,
    Je vous défendrais de l’orage:
    Mais vous naissez le plus souvent
    Sur les humides bords des royaumes du vent.
    La nature envers vous me semble bien injuste.
    Votre compassion, lui répondit l’arbuste,
    Part d’un bon naturel; mais quittez ce souci:
    Les vents me sont moins qu’à vous redoutables;
    Je plie et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
    Contre leurs coups épouvantables
    Résisté sans courber le dos;
    Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
    Du bout de l’horizon accourt avec furie
    Le plus terrible des enfants
    Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
    L’arbre tient bon; le roseau plie.
    Le vent redouble ses efforts,
    Et fait si bien qu’il déracine
    Celui de qui la tête au ciel était voisine,
    Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

    La Fontaine, Fables – Livre I

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  • L’Écolier, le Pédant, et le Maître d’un jardin

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    L’Écolier, le Pédant, et le Maître d’un jardin

    Certain enfant qui sentait son collège,
    Doublement sot et doublement fripon
    Par le jeune âge et par le privilège
    Qu’ont les pédants de gâter la raison,
    Chez un voisin dérobait, ce dit-on,
    Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne,
    Des plus beaux dons que nous offre Pomone
    Avait la fleur, les autres le rebut.
    Chaque saison apportait son tribut;
    Car au printemps il jouissait encore
    Des plus beaux dons que nous présente Flore.
    Un jour dans son jardin il vit notre écolier,
    Qui, grimpant sans égard sur un arbre fruitier,
    Gâtait jusqu’aux boutons, douce et frêle espérance,
    Avant-coureurs des biens que promet l’abondance:
    Même il ébranchait l’arbre; et fit tant à la fin
    Que le possesseur du jardin
    Envoya faire plainte au maître de la classe.
    Celui-ci vint suivi d’un cortège d’enfants:
    Voilà le verger plein de gens
    Pires que le premier. Le pédant, de sa grâce,
    Accrut le mal en amenant
    Cette jeunesse mal instruite:
    Le tout, à ce qu’il dit, pour faire un châtiment
    Qui pût servir d’exemple, et dont toute sa suite
    Se souvint à jamais comme d’une leçon.
    Là-dessus il cita Virgile et Cicéron,
    Avec force traits de science.
    Son discours dura tant que la maudite engeance
    Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin.

    Je hais les pièces d’éloquence
    Hors de leur place, et qui n’ont point de fin;
    Et ne sais bête au monde pire
    Que l’écolier, si ce n’est le pédant.
    Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire,
    Ne me plairait aucunement.

    La Fontaine, Fables – Livre IX

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  • Le loup devenu berger

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    Jean de La Fontaine

  • Le corbeau et le renard

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    Jean de La Fontaine

  • Le Lion amoureux

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    Le Lion amoureux

    À Mademoiselle de Sévigné1

    Sévigné, de qui les attraits
    Servent aux Grâces de modèle,
    Et qui naquîtes toute belle,
    À votre indifférence près,
    Pourriez-vous être favorable
    Aux jeux innocents d’une fable,
    Et voir, sans vous épouvanter,
    Un lion qu’Amour sut dompter ?

    Amour est un étrange maître !
    Heureux qui peut ne le connaître
    Que par récit, lui ni ses coups !
    Quand on en parle devant vous,
    Si la vérité vous offense,
    La fable au moins se peut souffrir :
    Celle-ci prend bien l’assurance

    De venir à vos pieds s’offrir,
    Par zèle et par reconnaissance.

    Du temps que les bêtes parlaient,
    Les lions entre autres voulaient
    Être admis dans notre alliance.
    Pourquoi non ? puisque leur engeance
    Valait la nôtre en ce temps-là,
    Ayant courage, intelligence,
    Et belle hure outre cela.
    Voici comment il en alla :

    Un lion de haut parentage,
    En passant par un certain pré,
    Rencontra bergère à son gré :
    Il la demande en mariage.
    Le père aurait fort souhaité
    Quelque gendre un peu moins terrible.
    La donner lui semblait bien dur :
    La refuser n’était pas sûr ;
    Même un refus eût fait, possible,
    Qu’on eût vu quelque beau matin
    Un mariage clandestin :
    Car, outre qu’en toute manière
    La belle était pour les gens fiers,
    Fille se coiffe volontiers
    D’amoureux à longue crinière.
    Le père donc ouvertement
    N’osant renvoyer notre amant,
    Lui dit : Ma fille est délicate ;
    Vos griffes la pourront blesser
    Quand vous voudrez la caresser.
    Permettez donc qu’à chaque patte
    On vous les rogne ; et pour les dents,

    Qu’on vous les lime en même temps :
    Vos baisers en seront moins rudes,
    Et pour vous plus délicieux ;
    Car ma fille y répondra mieux,
    Étant sans ces inquiétudes.
    Le lion consent à cela,
    Tant son âme était aveuglée !
    Sans dents ni griffes le voilà,
    Comme place démantelée.
    On lâcha sur lui quelques chiens :
    Il fit fort peu de résistance.

    Amour ! Amour ! quand tu nous tiens,
    On peut bien dire : Adieu prudence !

    La Fontaine, Fables – Livre IV

    1. Fille de la célèbre madame de Sévigné. Elle épousa en 1669 M. de Grignan.

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    La Fontaine

  • Le loup, la mère et l’enfant

    Le loup, la mère et l’enfant

    Ce loup me remet en mémoire
    Un de ses compagnons qui fut encor mieux pris:
    Il y périt. Voici l’histoire:

    Un villageois avait à l’écart son logis.
    Messer loup attendait chape chute à la porte;
    Il avait vu sortir gibier de toute sorte,
    Veaux de lait, agneaux et brebis,
    Régiment de dindons, enfin bonne provende.
    Le larron commençait pourtant à s’ennuyer.
    Il entend un enfant crier:
    La mère aussitôt le gourmande,
    Le menace, s’il ne se tait,
    De le donner au loup. L’animal se tient prêt,
    Remerciant les dieux d’une telle aventure,
    Quand la mère, apaisant sa chère géniture,
    Lui dit: Ne criez point; s’il vient, nous le tuerons.
    Qu’est ceci! s’écria le mangeur de moutons:
    Dire d’un, puis d’un autre! Est-ce ainsi que l’on traite
    Les gens faits comme moi? me prend-on pour un sot?
    Que, quelque jour, ce beau marmot
    Vienne au bois cueillir la noisette…
    Comme il disait ces mots, on sort de la maison:
    Un chien de cour l’arrête; épieux et fourches-fières
    L’ajustent de toutes manières.
    Que veniez-vous chercher en ce lieu? lui dit-on.
    Aussitôt il conta l’affaire.
    Merci de moi! lui dit la mère;
    Tu mangeras mon fils! L’ai-je fait à dessein
    Qu’il assouvisse un jour ta faim?
    On assomma la pauvre bête.
    Un manant lui coupa le pied droit et la tête:
    Le seigneur du village à sa porte les mit;
    Et ce dicton picard alentour fut écrit:

    « Biaux chires leups, n’écoutez mie
    Mère tenchent chen fieux qui crie. »

    Jean de La Fontaine

    Source

    La Fontaine

  • La Fontaine – Fables

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    La Fontaine

  • Les grenouilles qui demandent un roi

    Jean de La Fontaine

  • L’ours et l’amateur de jardins

    Jean de La Fontaine

  • Le loup, la chèvre et le chevreau

    Le loup, la chèvre et le chevreau

    La bique, allant remplir sa traînante mamelle,
    Et paître l’herbe nouvelle,
    Ferma sa porte au loquet,
    Non sans dire à son biquet:
    Gardez-vous, sur votre vie,
    D’ouvrir que l’on ne vous die,
    Pour enseigne et mot du guet:
    Foin du loup et de sa race!
    Comme elle disait ces mots,
    Le loup, de fortune, passe;
    Il les recueille à propos,
    Et les garde en sa mémoire.
    La bique, comme on peut croire,
    N’avait pas vu le glouton.
    Dès qu’il la voit partie, il contrefait son ton,
    Et d’une voix papelarde,
    Il demande qu’on ouvre, en disant: Foin du loup!
    Et croyant entrer tout d’un coup.
    Le biquet soupçonneux par la fente regarde:
    Montrez-moi patte blanche, ou je n’ouvrirai point,
    S’écria-t-il d’abord. Patte blanche est un point
    Chez les loups, comme on sait, rarement en usage.
    Celui-ci, fort surpris d’entendre ce langage,
    Comme il était venu s’en retourna chez soi.
    Où serait le biquet s’il eût ajouté foi
    Au mot du guet que, de fortune,
    Notre loup avait entendu?

    Deux sûretés valent mieux qu’une;
    Et le trop en cela ne fut jamais perdu.

    Jean de La Fontaine

    Source

    La Fontaine

  • Le geai paré des plumes du paon

    Le geai paré des plumes du paon

    Un paon muait: un geai prit son plumage;
    Puis après se l’accommoda;
    Puis parmi d’autres paons tout fier se pavana,
    Croyant être un beau personnage.
    Quelqu’un le reconnut: il se vit bafoué,
    Berné, sifflé, moqué, joué,
    Et par messieurs les paons plumé d’étrange sorte;
    Même vers ses pareils s’étant réfugié,
    Il fut par eux mis à la porte,
    Il est assez de geais à deux pieds comme lui,
    Qui se parent souvent des dépouilles d’autrui,
    Et que l’on nomme plagiaires.
    Je m’en tais, et ne veux leur causer nul ennui:
    Ce ne sont pas là mes affaires.

    Jean de La Fontaine

    Source

    La Fontaine

  • Parole de Socrate

    Parole de Socrate

    Socrate un jour faisant bâtir,
    Chacun censurait son ouvrage:
    L’un trouvait les dedans, pour ne lui point mentir,
    Indignes d’un tel personnage;
    L’autre blâmait la face et tous étaient d’avis
    Que les appartements en étaient trop petits.
    Quelle maison pour lui! l’on y tournait à peine.
    Plût au ciel que de vrais amis,
    Telle qu’elle est, dit-il, elle pût être pleine!
    Le bon Socrate avait raison
    De trouver pour ceux-là trop grande sa maison.
    Chacun se dit ami; mais fou qui s’y repose:
    Rien n’est plus commun que ce nom,
    Rien n’est plus rare que la chose.

    Jean de La Fontaine

    Source

    La Fontaine

  • Le renard, le singe et les animaux

    Jean de La Fontaine

  • Le rat de ville et le rat des champs

    Jean de La Fontaine

  • L’enfant et le maître d’école

    Jean de La Fontaine

  • Le pot de terre et le pot de fer

    Jean de La Fontaine

  • Réhabilitation de la fourmi

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    Réhabilitation de la fourmi

    Le ciel obscurci, la bise venue,
    La cigale, ayant chanté tout l’été,
    Alla demander quelque charité
    Chez une fourmi qu’elle avait connue.

    « J’ai grand faim, dit-elle, et me voilà nue…, »
    La fourmi n’est pas ce qu’on a conté,
    Et quoique vivant de paille menue,
    Elle a dans le cœur beaucoup de bonté.

    « Mangez, lui dit-elle, ouvrez mon armoire.
    Je m’ennuie un peu sous la terre noire,
    Dans ces trous obscurs où je vis sans feu. »

    « Mangez et chantez, aimable personne!
    Vos chants me feront revoir le ciel bleu,
    Et me rendront plus que je ne vous donne! »

    Joseph Autran (1813-1877), Sonnets capricieux (1873)

    Source

    La Fontaine

  • Le fabuliste expliqué – Le corbeau et le renard

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    Le fabuliste expliqué – Le corbeau et le renard

    Un corbeau était fièrement perché sur un arbre, en tenant dans son bec un fromage qu’il avait enlevé.

    Un renard, autre fripon, attiré par l’odeur et l’appétit, lui parla, je crois, de la sorte:

    Ah! monseigneur corbeau, j’ai l’honneur de vous offrir toutes mes félicitations. Quel bonheur de vous rencontrer! Quel plaisir de vous voir! Est-il au monde une plus jolie créature? En vérité, si la beauté de votre voix égale l’éclat de vos plumes, vous êtes le plus rare des oiseaux qui habitent ces contrées.

    Tout joyeux d’un pareil compliment, notre corbeau veut faire l’habile chanteur. Il ouvre le bec jusqu’aux oreilles. Adieu le fromage!

    Le renard attendait ce coup de fortune; et se jetant sur ce riche butin, lui dit: Mon cher maître, sachez qu’il en coûte toujours d’écouter un flatteur. Vous me payez avec un fromage! Vous le voyez, j’enseigne à bon marché.

    Le corbeau, triste et affligé de cette mauvaise plaisanterie, reconnut sa sottise; mais il était trop tard.

    Moralité

    La flatterie est une manière adroite de nous prendre par la vanité. La vanité! cette funeste admiration de nous-mêmes. Soyez donc modestes, ou vous vous repentiriez, comme le corbeau, si vous montriez trop d’ardeur à être flattés.

    La Fontaine

  • Le fabuliste expliqué – La cigale et la fourmi

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    Le fabuliste expliqué – La cigale et la fourmi

    La cigale ayant passé le temps de la moisson à chanter, n’avait amassé aucune provision pour l’hiver qui faisait sentir ses rigueurs.

    Elle manquait de tout. Poursuivie par la faim, elle alla chez sa voisine, la fourmi, lui exposer sa misère, en la priant de lui prêter de quoi vivre jusqu’au retour de la belle saison. Je vous rendrai avant la moisson nouvelle; comptez sur ma parole, je vous rendrai ce que vous m’aurez prêté avec quelque chose en sus pour votre peine.

    La fourmi n’aime pas à prêter; car la seule chose qu’on lui reproche, c’est de n’aimer que soi. Aussi se contente-t-elle de demander à son importune voisine à quoi elle s’occupait quand tout le monde faisait moisson. Ah! il ne faut pas que cela vous fâche, lui répond la cigale: je chantais jour et nuit; je me plaisais à charmer les oreilles des passants.

    Ah! ah! vous vous amusiez continuellement à des chansons au lieu de récolter! C’est, on ne peut mieux. Hé bien, ma chère, je vous déclare aujourd’hui que je ne donne ni ne prête rien.

    Moralité

    Employez bien le temps de votre jeunesse; ne comptez pas sur les autres quand vous serez vieux.

    La Fontaine

  • La cigale et la fourmi

    Jean de La Fontaine

  • Le gland et la citrouille

    Jean de La Fontaine

  • Le Savetier et le Financier

    Jean de La Fontaine

  • Le Renard et le Bouc

    Jean de La Fontaine

  • La Mort et le Bûcheron

    Image | Texte

    Jean de La Fontaine

  • Le Vieillard et les trois Jeunes Hommes

    Jean de La Fontaine

  • Le loup et le chien

    Jean de La Fontaine

  • Le loup et l’agneau

    Jean de La Fontaine

  • Le petit poisson et le pêcheur

    Jean de La Fontaine

  • Le lièvre et la tortue

    Jean de La Fontaine

  • Le loup et la cigogne

    Jean de La Fontaine

  • Le lièvre et la perdrix

    Jean de La Fontaine

  • L’astrologue qui se laisse tomber dans un puits

    Jean de La Fontaine

  • Le lion et le moucheron

    Jean de La Fontaine

  • Le lion et le rat

    Jean de La Fontaine

  • Le geai paré des plumes du paon

    Jean de La Fontaine

  • Le laboureur et ses enfants

    Jean de La Fontaine

  • Le cochet, le chat et le souriceau

    Jean de La Fontaine

  • L’âne chargé d’éponges et l’âne chargé de sel

    Jean de La Fontaine

  • La tortue et les deux canards

    Jean de La Fontaine

  • Le chêne et le roseau

    Jean de La Fontaine

  • La poule aux œufs d’or

    Jean de La Fontaine

  • La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf

    Jean de La Fontaine

  • Le coq et la perle

    Jean de La Fontaine

  • Le corbeau et le renard

    Jean de La Fontaine

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Jean de La Fontaine 02
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