moliere-1622-1673

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Molière
Vie

1° Jeunesse (1622 — 1646).
Jean Baptiste Poquelin, dit Molière, naquit et grandit à Paris au quartier des Halles, mouvant théâtre de scènes populaires. Il perdit sa mère dès sa 6e année. Son père qui était tapissier et valet de chambre du roi, lui fit apprendre son état tandis que son grand père aimait à le mener au spectacle, pour lequel l’enfant conçut un goût précoce et qui lui inspira le désir de compléter son instruction. À 14 ans Jean entra au collège des jésuites; puis il fréquenta les cours du professeur matérialiste Gassendi et fit son droit à Orléans. Son père lui acheta la survivance de sa charge de cour.

2° La Province (1646 — 1658).
Cependant, à peine majeur (1643), Jean prit le nom de Molière pour ne pas traîner son nom de famille sur les planches, et forma avec la famille amie des Béjart une troupe de comédiens dite l’Illustre Théâtre, dont il allait être pendant 30 ans le directeur, l’acteur principal et l’auteur dramatique. S’étant endettée à Paris, la troupe courut 12 ans la province (1646 — 1658). Ses stations principales furent Nantes, Limoges, Bordeaux, Toulouse, Narbonne, Lyon où Molière donna L’Etourdi (1653), MontpeIlier, Béziers où parut Le Dépit amoureux (1656), Nîmes, Dijon, Avignon, Rouen, etc. Durant cette période nomade, Molière écrit peu, mais observe beaucoup et amasse quantité de matériaux pour l’avenir.

3° Paris (1658 — 1673). À 36 ans Molière revint à Paris pour y passer ses derniers 15 ans qui furent le temps de sa gloire. Sa troupe, patronnée d’abord par le duc d’Orléans, prit le nom de Troupe de Monsieur et s’installa au théâtre du Petit Bourbon (1658), qui vit éclore avec Les Précieuses Ridicules le premier grand succès de Molière. Mais le Petit Bourbon ayant été démoli pour faire place à la colonnade du Louvre, la troupe de Molière passa au théâtre du Palais Royal en 1661, et acquit, avec la protection spéciale de Louis XIV, le titre de Troupe du Roi (1665). (En 1680, sept ans après la mort de Molière, sa troupe en ayant absorbé deux autres, constitua au même Palais Royal la Comédie française ou Maison de Molière qui est encore aujourd’hui le grand théâtre classique de Paris (dit aussi Théâtre Français). Dès lors Molière devint le fournisseur des spectacles de la Cour, dut sur commande improviser plus d’une pièce à la hâte, et fut souvent appelé à jouer devant Louis XIV aux fêtes de Versailles, de Chantilly, etc. Ses chefs d’œuvre, parfois vivement combattus pour leur prétendue moralité douteuse, s’échelonnent d’année en année.

Molière fut comblé de faveurs par Louis XIV, honoré des suffrages des plus grands seigneurs (le duc d’Orléans, le prince de Condé, le cardinal de Retz), lié d’amitié avec les plus célèbres littérateurs et artistes (Boileau, La Fontaine, le compositeur Lulli, le peintre Mignard, etc.), il jouissait de 30000 livres de rente: sa maison de Paris était montée avec luxe, sa villa d’Auteuil réunissait une société d’élite. Cependant il ne fut pas heureux. Les contradictions de ses adversaires, les fatigues de sa profession, et plus encore les chagrins domestiques empoisonnèrent sa vie. À 40 ans il avait épousé une jeune actrice de 17 ans Armande Béjart, dont la conduite légère l’abreuva d’amertume et abrégea ses jours. Dès 1667 sa santé déclina sensiblement. Le mardi gras 1673 il jouait le principal rôle dans sa dernière pièce, Le Malade Imaginaire quand une convulsion l’arrêta. On le transporte chez lui, un vaisseau se rompt et il expire à 52 ans, sans que le prêtre, appelé en hâte, ait eu le temps d’accourir. Etant donnée l’excommunication qui pèse en France sur la profession d’acteur, Louis XIV eut grand’peine à obtenir pour Molière la sépulture ecclésiastique; encore ne fut-elle donnée que de nuit et sans pompe. Sa qualité d’acteur avait aussi mis obstacle à son admission à l’Académie.

Molière n’était ni gras ni maigre; il avait la taille plutôt grande que petite, le port noble, la physionomie extrêmement mobile. En scène il était comédien des pieds à la tête; tout parlait en lui et provoquait l’hilarité. En société il était distrait, taciturne, quasi triste. Il avait l’observation fine et saisissait au vol le côté caractéristique et plaisant des gens et des choses. Son caractère était doux, bienveillant, généreux.

Ouvrages

Fond. Si Shakespeare est le plus grand tragique, Molière est le comique par excellence de la France et du monde. Chez lui nulle teinte latine ou grecque; il est archi-français. Son cachet est le naturel inimitable et la verve gauloise dont il est le type achevé. Son ressort est la gaîté mêlée de réflexion, telle que la provoque l’exposé vivant des travers humains. Molière s’attaque aux faibles de son époque dans ses comédies de mœurs, aux faibles toujours renaissants de l’humanité dans ses comédies de caractère. Même ses farces les plus désopilantes sont semées de traits d’observation qui dénotent le contemplateur de la vie.

On reproche à Molière d’avoir négligé le but moral de la comédie qui est de corriger le vice par le corrosif du ridicule. De fait, la seule préoccupation de Molière est, non la moralité, mais la vérité des tableaux qu’il évoque. Son idéal du reste ne va pas au delà d’une honnête aisance et d’un mariage bien assorti. L’amour passionné, les aspirations élevées, le sacrifice de soi sont absents de son œuvre. Son terrain préférée est la bonne bourgeoisie.

Forme. La touche de Molière est large. Ce qu’il cherche d’abord c’est un caractère type; l’intrigue vient ensuite et le préoccupe moins. De là l’excellence de ses expositions et la faiblesse de ses conclusions. Sa versification est simple, quelquefois peu régulière: sa rime facile coule de source. Sa prose est hardie, imagée, inépuisable en tours ingénieux, qui vont de la plaisanterie fine au rire bouffon. Elle est le modèle du vrai style comique, où chaque personnage parle son langage à lui et non celui de l’auteur.

La carrière littéraire de Molière comprend une trentaine de comédies, farces et ballets qui datent de ses 15 années de gloire à Paris (1658 — 1673) et dont les douze plus remarquables sont:
1658 Les Précieuses Ridicules, comédie de mœurs en prose (1 acte).
1661 L’École des Maris, comédie de mœurs en vers (3 actes).
1662 L’École des Femmes, comédie de mœurs en vers.
1664 Le Tartuffe, comédie de caractère en vers.
1665 Don Juan, comédie d’intrigue en prose.
1666 Le Misanthrope, comédie de caractère en vers.
Le Médecin malgré lui, farce en prose (3 actes).
1668 L’Avare, comédie de caractère en prose.
George Dandin, farce en prose (3 actes).
1670 Le Bourgeois Gentilhomme, comédie ballet en prose; musique de Lulli.
1672 Les Femmes savantes, comédie de mœurs en vers.
1673 Le Malade imaginaire, comédie ballet en prose (3 actes); musique de Lulli.

Les deux chefs d’œuvre de Molière sont Le Tartuffe et Le Misanthrope ; ses autres comédies de premier ordre sont L’Avare et Les Femmes savantes. Ses comédies de second ordre sont L’Ecole des Maris, L’Ecole des Femmes, Don Juan et Les Précieuses Ridicules. Ses deux meilleures comédies ballets sont Le Bourgeois Gentilhomme et Le Malade imaginaire, ses deux meilleures farces sont Le Médecin malgré lui et George Dandin.

Le Tartuffe. — L’intrigue : une honnête famille bourgeoise est menacée de ruine par les menées insidieuses de Tartuffe, vieux dévot hypocrite. — Sujet moral: satire de l’hypocrisie religieuse qui cache la cupidité et la corruption sous les dehors de la piété. — Le parlement et le haut clergé s’insurgèrent contre la pièce; après cinq ans de luttes (1664 — 1669), Louis XIV en autorisa cependant la représentation.

Le Misanthrope. — Intrigue: séduction exercée par Célimène coquette artificieuse sur Alceste, homme droit mais âpre. Le salon de Célimène offre le tableau achevé de la société française galante et bel esprit au début du règne de Louis XIV. — Sujet moral: en premier lieu, satire de la misanthropie ou plutôt de l’intolérance sociale dans Alceste, lequel, en disant son fait à chacun, s’aliène tout le monde; en second lieu, satire des péchés de salon, politesse banale, basses flatteries, rivalités secrètes, médisances acerbes, vanité puérile, etc. — Comique exquis pour
les connaisseurs, mais trop fin pour la foule.

L’Avare. — Intrigue : Harpagon révolte contre lui ses deux enfants en contrecarrant par cupidité leurs projets de mariage; ce n’est qu’à force d’astuce que son fils Cléante et sa fille Elise contractent l’union de leur choix. — Sujet moral: satire de l’avarice dans l’opulence, desserrant tous les liens de famille. — Tableau tenu bien sombre pour une comédie.

Les Femmes Savantes. — Intrigue: une famille de haute bourgeoisie est désunie par la manie du bel esprit et du grand savoir; sans un stratagème de son oncle, la fille cadette deviendrait la proie de Trissotin, pédant homme de lettres et vil coureur de dot. — Sujet moral: satire du pédantisme lettré des femmes si fort à la mode dans la seconde moitié du 17^ siècle; et encore critique mordante de deux poètes contemporains, l’abbé Cotin (Trissotin) et Ménage ( Vadius). — Idées de Molière sur l’éducation des femmes: il les veut instruites à condition qu’elles demeurent modestes et ne se soustraient à aucun devoir de maison, de famille et de société.

Dans Les Précieuses Ridicules Molière avait déjà discrédité 14 ans auparavant le jargon prétentieux et les manières affectées des femmes bel esprit.

L’Ecole des Maris. — Intrigue: contraste de deux frères, tuteurs de deux jeunes orphelines qu’ils désirent épouser. Ariste, sexagénaire indulgent et sensé, gagne le cœur de Léonor. Sganarelle, moins âgé, fait le soupçonneux et le jaloux; et par un artifice trop risqué Isabelle lui échappe pour épouser le jeune Valère. — Sujet moral: satire des prétendants ombrageux.

L’Ecole des Femmes. — Intrigue : Arnolphe, homme déjà mûr, se fait élever une petite paysanne ignorante pour en faire sa femme. Agnès, instruite par l’amour naissant, trompe sa vigilance inquiète et trouve le bonheur dans une union mieux assortie avec un jeune homme de son âge. — Sujet moral: satire des vieillards amoureux d’une jeune fille, et encore du préjugé que l’ignorance fait la vertu des femmes. Si cette pièce fut le succès le plus retentissant de Molière, sa morale fort leste souleva de vives récriminations. Pour la défendre, Molière écrivit, sur l’avis de Louis XIV, deux courtes comédies d’un acte : La Critique de l’Ecole des Femmes (1663) où il tourne en ridicule ses détracteurs; et L’Impromptu de Versailles (1663) où dans le cadre d’une répétition de théâtre, il s’introduit lui-même avec sa troupe et expose spirituellement ses idées sur l’art dramatique et théâtral.

Don Juan ou le Festin de Pierre. — Intrigue: un jeune libertin de Sicile brave toutes les lois divines et humaines jusqu’à ce qu’un coup de foudre l’étende mort aux pieds de la statue du commandeur qu’il avait mis à mort. La note gaie est donnée par Sganarelle, domestique de don Juan. — Sujet moral: satire du libertinage élégant des grands seigneurs français du 17e siècle. — Sous la plume de Molière, la légende espagnole, tout imprégnée de foi vive et d’horreur du péché, devient une comédie romanesque qui passe du sérieux au grotesque, du champêtre au merveilleux. Le héros, transféré de Séville en Sicile, est le type, non plus du pécheur impénitent qui fait trembler, mais du roué de 1665 qui fait tourner toutes les têtes par sa perversité brave, galante et spirituelle.

Le Bourgeois Gentilhomme. — Intrigue : efforts ridicules de monsieur Jourdain pour singer la noblesse et frayer avec elle. Cléonte n’obtient la main de sa fille qu’en se déguisant en fils du Grand Turc. — Sujet moral: en premier lieu, satire désopilante du bourgeois enrichi qui joue au gentilhomme ; en second lieu, critique spirituelle des grands seigneurs appauvris et parasites.

Molière avait traité le même sujet deux ans auparavant dans la farce de George Dandin, paysan qui se rend malheureux en épousant une jeune fille de qualité.

Le Malade imaginaire. — Intrigue: Argan, qui se croit malade sans l’être, se livre corps et âme à la Faculté laquelle, de connivence avec sa seconde femme Bélinde, le tue à force de médicaments. Sans les ruses enjouées de la brave servante Toinette, sa fille dévouée Angélique se verrait frustrée de son héritage et de son bonheur par les menées de sa belle mère. — Sujet moral: satire des malades imaginaires et plus encore du charlatanisme des médecins.

Plusieurs fois déjà Molière s’était vivement attaqué à la Faculté qui, par des saignées intempestives, avait jadis voué son maître Gassendi à une fin prématurée. Dans Le Médecin maigre lui un fagotier s’improvise docteur et guérit une jeune fille réputée muette en lui aidant à faire un mariage selon son cœur.

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Source: Schmidt

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