Le Malade Imaginaire: Extrait

Personnages :
Toinette, déguisée en médecin (T)
Argan (A)

T: Monsieur, je vous demande pardon de tout mon coeur.
A: (Bas à son frère Béralde.) Cela est admirable.
T: Vous ne trouverez pas mauvais, s’il vous plaît; la curiosité que j’ai eue de voir un illustre malade comme vous êtes; et votre réputation, qui s’étend partout, peut excuser la liberté que j’ai prise.
A: Monsieur, je suis votre serviteur.
T: Je vois, monsieur, que vous me regardez fixement. Quel âge croyez-vous bien que j’aie ?
A: Je crois tout au plus vous pouvez avoir vingt-six ou vingt-sept ans.
T: Ha, ha, ha, ha ! J’en ai quatre-vingt-dix.
A: Quatre-vingt-dix !
T: Oui. Vous voyez un effet des secrets de mon art, de me conserver ainsi frais et vigoureux.
A: Par ma foi, voilà un beau jeune vieillard pour quatre-vingt-dix ans.
T: Je suis médecin passager qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d’illustres matières à ma capacité, pour trouver des malades dignes de m’occuper, capables d’exercer les grands et beaux secrets que j’ai trouvés dans la médecine. Je dédaigne de m’amuser à ce menu fatras de maladies ordinaires, à ces bagatelles de rhumatismes et de fluxions, à ces fiévrotes, à ces vapeurs et à ces migraines. Je veux des malades d’importance, de bonnes fièvres continues avec des transports au cerveau, de bonnes fièvres pourprées, de bonnes pestes, de bonnes hydropisies formées, de bonnes pleurésies avec des inflammations de poitrine : c’est là que je me plais; c’est là que je triomphe; et je voudrais, monsieur, que vous eussiez toutes les maladies que je viens de dire, que vous fussiez abandonné de tous les médecins, désespéré, à l’agonie; pour vous montrer l’excellence de mes remèdes, et l’envie que j’aurai de vous rendre service.
A: Je vous suis obligé, monsieur, des bontés que vous avez pour moi.
T: Donnez-moi votre pouls. Allons donc, que l’on batte comme il faut. Ahi, je vous ferai bien aller comme vous devez. Hoi ! ce pouls-là fait l’impertinent. Je vois bien que vous ne me connaissez pas encore. Qui est votre médecin ?
A: M. Purgon.
T: Cet homme-là n’est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins. De quoi dit-il que vous êtes malade ?
A: Il a dit que c’est du foie, et d’autres disent que c’est de la rate.
T: Ce sont tous des ignorants; c’est du poumon que vous êtes malade.
A: Du poumon ?
T: Oui. Que sentez-vous ?
A: Je sens de temps en temps des douleurs de tête.
T: Justement, le poumon.

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Le Malade imaginaire.

Comédie-ballet, 1673.

Lieu: maison d’Argan.

Acte I. Manies d’Argan. — Argan, le malade imaginaire, est livré corps et âme à la Faculté, à laquelle il demande la guérison de toutes les maladies qu’il n’a pas; et les médecins le tuent à force de médicaments au secret plaisir de Béline sa seconde femme, qui convoite son héritage et cherche à se le faire assurer par testament. Quant à Angélique, fille de sa première femme, Argan ne veut la marier qu’à Thomas Diafoirus, fils de médecin et médecin lui-même, quoiqu’elle soit attachée à un honnête jeune homme nommé Cléante. La servante Toinette seule ose lutter contre toutes ces manies. — Ballet de polichinelle.

Acte II Les deux prétendants. — Cléante, déguisé en maître de musique, s’introduit chez Argan et réussit, au moyen d’une aimable ruse, à s’assurer des bons sentiments d’Angélique à son endroit. Maître Diafoirus père amène son fils. Angélique refuse ce pédant grotesque au grand déplaisir d’Argan, qui menace d’enfermer sa fille dans un couvent. — Ballet d’Egyptiens travestis en Mores.

Acte III. Argan détrompé. — Béralde frère d’Argan se lie avec Toinette pour tirer Angélique d’affaire. Il réussit à brouiller Argan avec son médecin ordinaire Maître Purgon, qui le terrorise par les plus sinistres pronostics.
Déguisée en médecin, Toinette rudoie son maître de la belle façon. Puis, quittant le masque, elle le détermine à contrefaire le mort pour mettre à l’épreuve la sincérité de sa femme et de sa fille. La joie impudente de Béline la perd dans l’esprit de son mari, tandis que la douleur profonde d’Angélique touche le cœur de son père. Il lui permet d’épouser Cléante à la condition que celui-ci se fera médecin. Béralde conseille à son frère d’en faire autant lui-même. Et sa réception dans la faculté donne lieu à un ballet original de médecins et d’apothicaires.

Action: Argan se débattant entre les menées des médecins et de Béline qui l’exploitent, et les efforts réunis de son frère et de sa servante pour lui ouvrir les yeux. — Nœud: Argan contrarie l’inclination d’Angélique pour Cléante. — Dénouement : Argan est détrompe jusqu’à un certain point, et Angélique épouse Cléante.

Personnages: au 1ier plan, Argan et Toinette; au 2e plan, Béline, Béralde, Cléante et Angélique, les trois médecins. — Argan: maniaque grotesque qui ne connaît plus d’autre soin au monde que sa santé. — Toinette: fille de sens, de ressource et de langue bien déliée. — Béline, intrigante intéressée. — Béralde, homme suave et raisonnable. — Cléante et Angélique, amoureux plus énergiques que d’habitude. — Les trois médecins: Purgon, présomptueux et arrogant; — Diafoirus père, outrecuidant: — Diafoirus fils, pédant archi-sot.

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Source: Schmidt






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