Jean Racine 03


Racine
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Notice biographique
Né dans une famille très attachée au jansénisme de Port-Royal, il est éduqué par sa grand-mère à la mort de ses parents. A 6 ans il est confié à l’école de Port-Royal qui deviendra sa vraie famille.
Il lit les tragiques grecs et commente de nombreuses pages d’auteurs grecs et latins.
A 19 ans, il quitte Port-Royal et va à Paris où il mène une vie dissipée et fréquente les cafés littéraires. Il y rencontre Boileau, La Fontaine et Molière. Il se brouille avec Port-Royal.
C’est Molière qui joue dans ses premières tragédies La Thébaïde et Alexandre. Quelques jours plus tard, Racine reproche à Molière de ne pas avoir bien interprété ses pièces et les deux auteurs se brouillent.
Pendant 10 ans, Racine va accumuler les chefs-d’oeuvre et réaliser son rêve de gloire. Il est anobli, académicien, protégé même du roi.
Mais il compte aussi de nombreux ennemis et renonce, à l’âge de 38 ans, au théâtre après l’échec de Phèdre. Il se réconcilie ouvertement avec Port-Royal, devient père de famille – il a 7 enfants – et devient historiographe du roi.
Il revient encore au théâtre avec deux tragédies religieuses, Esther et Athalie, mais n’est pas tenté de commencer une nouvelle carrière et se retire dans sa famille.
Conformément à son voeu, il sera, après sa mort, enterré à Port-Royal.

Oeuvres
La Thébaïde (1664)
Alexandre (1665)
Andromaque (1667)
Britannicus (1669)
Bérénice (1670)
Phèdre (1677)
Esther (1689)
Athalie (1691)

L’art racinien
La règle des trois unités trouve son expression la plus parfaite dans les pièces de Racine : le jour se lève à la première scène et le dénouement survient avant la tombée de la nuit. L’action tient avec vraisemblance dans ce bref délai de temps.
Le sujet de presque toutes ses pièces est emprunté à l’Antiquité gréco-latine. Toutefois, Racine n’est pas esclave des textes qu’il consulte et il se permet certains écarts quand cela convient dans le déroulement de l’action. Mais il se préoccupe avant tout de respecter le caractère d’un personnage et les moeurs d’un peuple.
La tragédie racinienne est caractérisée par une action simple – chargée de peu de matière -, peu de personnages qui ne permettent pas de confusions. Tout y est concentré sur une crise passionnelle : le drame se déroule dans les coeurs et c’est du conflit des passions que résulte le dénouement rapide et violent.
Si violent que soit le conflit, la dignité est toujours respectée : un style soutenu, des gestes nobles, pas de hurlements.

Andromaque (1667)
Le succès d’Andromaque a été énorme dès sa première représentation à la cour mais a en même déchaîné de vives critiques de la part des poètes rivaux et des partisans de Corneille.
De 1680 à 1967, cette tragédie a été jouée 1350 fois à la Comédie-Française.
Les Grecs ont pris Troie et Hector, le mari d’Andromaque, est mort sur le champ de bataille. Ils ont un fils, Astyanax. Andromaque est devenue, à la chute de Troie, la captive du roi Pyrrhus. Ce dernier s’est épris d’Andromaque et veut l’épouser quoiqu’il soit fiancé à Hermione. Intervient encore Oreste, ambassadeur des Grecs et amoureux d’Hermione, qui a comme mission de tuer Astyanax. Si Andromaque refuse d’épouser Pyrrhus, son fils périra (acte 1).
Dans l’acte 4, Andromaque a, après de longues hésitations (acte 3), consenti à épouser Pyrrhus mais … une fois le roi tenu par son serment de protéger Astyanax, elle se tuera avant la fin de la cérémonie.
Hermione se venge de Pyrrhus en confiant à Oreste de tuer Pyrrhus : quand il le fait (acte 5), elle se poignarde elle-même sur le corps de Pyrrhus et Oreste est frappé de folie.

Personnages : Céphise (C) – Andromaque (A)

C:
On n’attend plus que vous. Vous frémissez, Madame!
Hé bien ! allons donc voir expirer votre fils.
A :
Ah ! de quel souvenir viens-tu frapper mon âme !
Quoi ? Céphise, j’irai voir expirer encor
Ce fils, ma seule joie, et l’image d’Hector :
Ce fils, que de sa flamme il m’a laissé pour gage !
Hélas ! je m’en souviens, le jour que son courage
Lui fit chercher Achille, ou plutôt le trépas,
Il demanda son fils, et le prit dans ses bras :
“Chère épouse, dit-il en essuyant les larmes,
j’ignore quel succès le sort garde à mes armes;
je te laisse mon fils pour gage de ma foi :
S’il me perd, je prétends qu’il me retrouve en toi.
Si d’un heureux hymen la mémoire t’est chère,
Montre au fils à quel point tu chérissais le père.”
Et je puis voir répandre un sang si précieux ?
Et je laisse avec lui périr tous ses aïeux ?
Roi barbare, faut-il que mon crime l’entraîne ?
Si je te hais, est-il coupable de ma haine ?
T’a-t-il de tous les siens reproché le trépas ?
S’est-il plaint à tes yeux des maux qu’il ne sent pas ?
Mais cependant, mon fils, tu meurs, si je n’arrête
Le fer que le cruel tient levé sur la tête,
Je l’en puis détourner, et je t’y vais offrir ?
Non, tu ne mourras point : je ne le puis souffrir.

Vocabulaire
*Céphise : la confidente d’Andromaque
*son coeur est frappé par le souvenir de la mort d’Hector
*de sa flamme : de son amour
*Achille : : celui qui a tué Hector mais qui est lui-même mortellement blessé au talon, le seul endroit où il était vulnérable
*je prétends : je désire
*hymen: le mariage
*le trépas : la mort

Exercice
1. Quelle est la situation d’Andromaque au début de la scène ?
2. Quel ton anime les vers 16-24 ?
3. Précisez les arguments énoncés par Andromaque.

Athalie (1691)
Comme Esther, la pièce a été composée à la demande de Madame de Maintenon, pour les demoiselles de Saint-Cyr qui la jouaient en 1691 devant le roi. Racine lui-même n’a jamais vu une représentation officielle de cette pièce. La première représentation à la cour n’a eu lieu qu’un 1702 et la première représentation publique à la Comédie-Française se fait attendre jusqu’en 1716.

Athalie est la reine des Hébreux du royaume de Juda mais elle adore Baal, un dieu phénicien. A la mort de son fils, elle a fait massacrer tous ses petits-enfants pour prendre elle-même le pouvoir. Un seul, Joas, a échappé à ce massacre et a été élevé par le prêtre Joad et sa femme Josabet. Ils lui ont donné le nom d’Eliacin. Joad croit que le moment est venu pour révéler ce secret et déclarer Joas roi de Juda (acte 1).
Athalie en est prévenue dans un songe et elle veut faire la connaissance de Joas (acte 2) et elle demande qu’il lui soit livré (acte 3).
Joas est proclamé roi pendant qu’Athalie et son armée assiègent le temple (acte 4).
Athalie est faite captive et mise à mort (acte 5).

Extrait (Personnage : Athalie)

C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit,
Ma mère Jézabel devant moi s’est montrée,
Comme au jour de sa mort pompeusement parée.
Ses malheurs n’avaient point abattu sa fierté;
Même elle avait encor cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d’orner son visage,
Pour réparer des ans l’irréparable outrage.
“Tremble, m’a-t-elle dit, fille digne de moi;
Le cruel Dieu des Juifs l’emporte aussi sur toi.
Je te plains de tomber dans ses mains redoutables,
Ma fille.” En achevant ces maux épouvantables,
Son ombre vers mon lit a paru se baisser;
Et moi je lui tendais les mains pour l’embrasser;
Mais je n’ai plus trouvé qu’un horrible mélange
D’os et de chair meurtris et traînés dans la fange,
Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux. (…)
Dans ce désordre, à mes yeux se présente
Un jeune enfant couvert d’une robe éclatante,
Tels qu’on voit des Hébreux les prêtres revêtus.
Sa vue a ranimé mes esprits abattus;
Mais lorsque revenant de mon trouble funeste,
J’admirais sa douceur, son air noble et modeste,
J’ai senti tout à coup un homicide acier
Que le traître en mon sein a plongé tout entier.
De tant d’objets divers le bizarre assemblage
Peut-être du hasard vous paraît un ouvrage;
Moi-même quelque temps, honteuse de ma peur,
Je l’ai pris pour l’effet d’une sombre vapeur.
Mais de ce souvenir mon âme possédée
A deux fois en dormant revu la même idée :
Deux fois mes tristes yeux se sont vu retracer
Ce même enfant toujours tout prêt à me percer.
Lasse enfin des horreurs dont j’étais poursuivie,
J’allais prier Baal de veiller sur ma vie,
Et chercher du repos au pied de ses autels.
Que ne peut la frayeur sur l’esprit des mortels ?
Dans le temple des Juifs un instinct m’a poussée.
Et d’apaiser leur Dieu j’ai conçu la pensée :
J’ai cru que les présents calmeraient son courroux,
Que ce Dieu, quel qu’il soit, en deviendrait plus doux.
Pontife de Baal; excusez ma faiblesse.
J’entre : le peuple fuit, le sacrifice cesse,
Le grand-prêtre vers moi s’avance avec fureur.
Pendant qu’il me parlait, ô surprise ! ô terreur !
J’ai vu ce même enfant dont j’étais menacée,
Tel qu’un songe effrayant, l’a peint à ma pensée.
Je l’ai vu : son même air, son même habit de lin,
Sa démarche, ses yeux, et tous ses traits enfin.
C’est lui-même. Il marchait à côté du grand-prêtre;
Mais bientôt à ma vue on l’a fait disparaître
Voilà quel trouble ici m’oblige à m’arrêter,
Et sur quoi j’ai voulu tous deux vous consulter
Que présage Nathan, ce prodigue incroyable ?

Vocabulaire
pompeusement : somptueusement
parée : embellie d’ornements
emprunté : qui n’est pas naturel
outrage : dommage causé par les ans
son ombre : son fantôme
la fange : la boue
abattus : découragés
son courroux : sa colère

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