Jean Racine

Jeunesse (1639 — 1662)
Jean Racine, naquit à la Ferté Milon (Aisne), où son père était procureur. Orphelin à 4 ans, il fut élevé par sa grand’mère fervente janséniste, qui le plaça successivement dans 3 établissements : le collège de Beauvais, les Petites Écoles de Port Royal et le collège d’Harcourt à Paris. A Port Royal sous le savant helléniste Lancelot, Racine s’initie à l’antiquité grecque. Là aussi s’accusent les deux hommes qui habitent en lui et triomphent tour à tour dans sa vie: l’homme de conscience parle dans ses premiers vers religieux; l’homme de plaisir, dans sa correspondance frivole avec un cousin. A Paris La Fontaine entraîne Racine dans sa vie dissipée; et bientôt tous deux forment avec Molière et Boileau un quatuor intime où la gaîté le dispute à l’esprit. Dans le cabaret littéraire du Mouton blanc on trouve au fond du verre mainte idée plaisante. Trop vite cependant une querelle de théâtre brouille Racine avec Molière; et Corneille, déjà vieux, ne voit en lui qu’un rival.

Carrière littéraire (1662 — 1677)
Dès 1660 Racine s’était fait connaître par une ode, La Nymphe de la Seine, composée pour le mariage de Louis XIV. Une seconde ode Sur la Convalescence du Roi l’introduit à la cour en 1662. En dépit des remontrances de Port Royal, Racine aborde alors le théâtre qui lui vaut 15 ans de brillants succès, 15 ans aussi de vie joyeuse et trop libre. Deux actrices célèbres, la tendre Du Parc et la spirituelle Champmeslé inspirent sa muse.

Andromaque le met à la vogue en 1667, l’Académie lui ouvre ses portes en 1673, le roi lui octroie pensions et charges de cour. Cependant le triomphe de Racine n’est jamais incontesté. Deux générations sont en présence, et chacune tient pour le poète dans lequel elle se reconnaît: celle de la Fronde pour le chevaleresque Corneille, celle de Louis XIV pour le galant Racine. La critique qui ne désarme pas, met la susceptibilité de Racine à de rudes épreuves, et il riposte par de regrettables saillies contre Corneille dans ses Préfaces. Bref, Phèdre échoue devant une puissante cabale en 1777; ce déboire sanglant réveille en Racine l’austère foi de son enfance. Saisi de remords, il renonce au théâtre à 38 ans dans la pleine maturité de son génie.

Vie retirée (1677 — 1699)
Racine se réconcilie avec Port Royal et met fin à sa vie légère par un honnête mariage. Il épouse Catherine de Romanet, femme de piété et de sens sinon d’esprit, qui lui donne 7 enfants et lui crée un charmant intérieur. Racine se voue à l’éducation de ses enfants auxquels il inspire de grands sentiments religieux et un extrême éloignement du théâtre. La faveur de Louis XIV et la sympathie de Madame de Maintenon le suivirent dans sa retraite. Il fut nommé gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et historiographe de France avec son ami Boileau (1677). Un incendie anéantit les manuscrits historiques des deux poètes. Douze ans sa muse resta muette; puis il composa, à la sollicitation de Madame de Maintenon, deux tragédies bibliques, destinées aux jeunes élèves de Saint Cyr. Esther (1689) fut extrêmement goûtée; Athalie (1692) fut méconnue jusque après la mort de son auteur; Boileau seul rendit justice au plus parfait chef d’oeuvre de son ami.

Un mémoire sur la misère du peuple et plus encore son attachement aux jansénistes alors persécutés attirèrent à Racine une disgrâce relative du roi, à laquelle il fut très sensible. Son mal de foie, déjà ancien, s’accrut et l’emporta à 60 ans. Sa fin porta le cachet d’une piété exemplaire.

Racine réunissait en sa personne tous les avantages extérieurs: taille bien prise, figure noble et belle, voix sympathique, urbanité de grand seigneur. Son caractère était complexe: autant son cœur était tendre, autant son esprit était mordant.

Ouvrages: fond
Racine réalise l’idéal de la tragédie classique française dans ses trois qualités maîtresses : peinture vive des caractères, simplicité de l’action, harmonie du vers. Il s’inspire de l’antiquité grecque qu’il pénètre d’un souffle monarchique et chrétien. Son cachet est la sensibilité. Son ressort est l’attendrissement excité par les grandes passions de l’âme. Si le cadre historique est commun à Corneille et à Racine, ils diffèrent sensiblement sur tout le reste. Au genre héroïque, Racine substitue le genre pathétique dont le double pivot est l’amour et la jalousie. Tandis que Corneille peint les hommes tels qu’ils devraient être, Racine les peint tels qu’ils sont sans pallier leurs défaillances coupables. Aussi sa morale est-elle moins austère que celle de Corneille. A Corneille les grands caractères d’hommes, à Racine l’analyse délicate du cœur de la femme.

Ouvrages: forme.
Les drames de Racine se distinguent par la simplicité du plan; il les ébauchait en prose afin de leur ménager un enchaînement plus exact. Son style est la perfection même; rien n’égale la pureté toute grecque et l’harmonie de ses alexandrins.

Ouvrages: énumération
La carrière littéraire de Racine comprend une douzaine de pièces et se divise en trois périodes.

1 — Dans sa période d’essai (1664 — 1666) il donne 2 tragédies, l’une héroïque à la Corneille, La Thébaïde (1664), l’autre romanesque Alexandre (1665).

II — Dans sa période de gloire (1667 — 1677) il donne sept tragédies et une comédie.
1667 – Andromaque , tragédie; 1672 – Bajazet, tragédie; Les Plaideurs, comédie; 1673 – Mithridate, tragédie; 1669 – Britannicus, tragédie; 1674 – Iphigénie, tragédie; 1670 – Bérénice, tragédie; 1677 – Phèdre, tragédie.

III — Dans sa période biblique (1689 — 1692) il donne deux tragédies sacrées avec choeurs à la grecque : Esther (1689); Athalie (1692).

Analyse

Phèdre a pour cadre la légende grecque de Thésée, roi d’Athènes (14® s. av. J. C). — Sujet historique : mort violente du chaste Hippolyte, causée par les intrigues de Phèdre sa belle-mère qui s’est follement éprise de lui et en a été repoussée. — Sujet moral: ravages d’une passion illicite prétendue irrésistible.

Athalie a pour cadre un épisode de l’histoire de Judée (9e s. av. J. C). — Sujet historique: chute et mort d’Athalie, reine usurpatrice de Juda, et avènement de son petit fils Joas, légitime héritier du trône. — Sujet moral: ambition démesurée d’Athalie.

Andromaque a pour cadre un épilogue de la guerre de Troie (12e s. av. J. C.) — Sujet historique : terrible alternative d’Andromaque, veuve d’Hector et captive de Pyrrhus, fils d’Achille et roi d’Epire; pour sauver son fils Astyanax elle doit épouser le fils de celui qui a tué son époux. — Sujet moral: conflit poignant de l’amour conjugal et maternel dans le cœur d’Andromaque. — Trois amours contrariés sont habilement menés de front : Pyrrhus, sa fiancée délaissée Hermione et le grec Oreste aiment là où ils ne sont pas aimés.

Britannicus a pour cadre la Rome des Césars et ses intrigues de palais (1ier s.). — Sujet historique: mort tragique de Britannicus, demi-frère de Néron, ou plutôt la disgrâce de l’impératrice mère Agrippine, consommée par cette mort. — Sujet moral: ambition déçue d’Agrippine et éveil de la cruauté dans le jeune Néron.

Iphigénie en Aulide a pour cadre un incident de la guerre de Troie (13e s. av. J. C). — Sujet historique: sacrifice d’Iphigénie, empêché par la substitution de sa rivale Eriphile. — Sujet moral: héroïsme de la soumission filiale dans Iphigénie.

Esther a pour cadre un épilogue de la captivité des juifs à Babylone (5e s. av. J. C). — Sujet historique: les juifs restés en Perse sont sauvés de la proscription par Esther, femme juive du roi Assuérus. — Sujet moral: dévouement héroïque d’Esther à son peuple.

Les Plaideurs sont une excellente parodie des gens de robe: juges, avocats, plaideurs maniaques, etc.

Bérénice a pour cadre un incident du règne de Titus après la destruction de Jérusalem (1ier s.). — Sujet historique: l’union projetée de l’empereur romain Titus et de la reine de Jérusalem Bérénice est rompue malgré lui et malgré elle par la raison d’état. — Sujet moral: séparation douloureuse de deux amants et leur tristesse résignée.

Bajazet a pour cadre une intrigue de sérail à Constantinople (17e s.). — Sujet historique: la mort tragique de Bajazet, frère du sultan Amurat IV, est tenue en suspens, puis précipitée par l’amour rival de l’ambitieuse sultane Roxane et de la noble princesse Atalide. — Sujet moral: l’ambition et la jalousie violentes de Roxane.

Mithridate a pour cadre la lutte suprême du fameux roi du Pont contre Rome (1ier s. av. J. C). — Sujet historique : la mort de Mithridate qui lègue à son fils Xipharès, avec son ressentiment contre Rome, sa propre fiancée la belle et pure Monime. — Sujet moral: haine gigantesque de Mithridate contre Rome, pureté et droiture exquises de Monime en face du triple amour de Mithridate et de ses deux fils Pharnace et Xipharès.

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Source: Schmidt
Jean Racine

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Jean Racine (La Ferté-Milon, 22 décembre 1639 – Paris, 21 avril 1699)



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