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Nicolas Boileau (1636-1711)

La réforme de Malherbe, l’Académie française, la préciosité et la querelle des Anciens et des Modernes [1] ont suscité de nombreux ouvrages de critique. La critique littéraire au XVIIème siècle est basée sur des règles rigoureuses et souvent arbitraires.

Chez Nicolas BOILEAU (1636-1711) ce dogmatisme est basé sur la croyance en une beauté absolue; c’est la raison qui nous permet de connaître l’idéal esthétique.

Dans son Art poétique (1674) il expose son idéal d’esthétique classique :

1. culte de la nature humaine
2. culte de la raison
3. culte de l’antiquité
4. culte de la perfection : l’originalité de l’écrivain réside dans son style.

Extrait: L’Art poétique – La Tragédie

Que, dès les premiers vers, l’action préparée
Sans peine du sujet aplanisse l’entrée :
Je me ris d’un acteur qui, lent à s’exprimer,
De ce qu’il veut, d’abord, ne sait pas m’informer,
Et qui, débrouillant mal une pénible intrigue,
D’un divertissement me fait une fatigue.
J’aimerais mieux encore qu’il déclinât son nom,
Et dît : “Je suis Oreste, ou bien Agamemnon”,
Que d’aller, par un tas de confuses merveilles,
Sans rien dire à l’esprit étourdir les oreilles.
Le sujet n’est jamais assez tôt expliqué.

Que le lieu de la scène y soit fixé et marqué :
Un rimeur, sans péril, delà les Pyrénées,
Sur la scène en un jour rassemble des années.
Là, souvent, le héros d’un spectacle grossier,
Enfant au premier acte, est barbon au dernier.
Mais nous, que la raison à ses règles engage,
Nous voulons qu’avec art l’action se ménage :
Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli.

Jamais au spectateur n’offrez rien incroyable :
Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable;
Une merveille absurde est pour moi sans appas;
L’esprit n’est point ému de ce qu’il ne croit pas.
C’est qu’on ne doit point voir, qu’un récit nous l’expose :
Les yeux, en le voyant, saisiraient mieux la chose;
Mais il est des objets que l’art judicieux
Doit offrir à l’oreille et reculer des yeux.

Que le trouble, toujours croissant de scène en scène,
A son comble arrivé se débrouille sans peine :
L’esprit ne se sent point plus vivement frappé
Que, lorsqu’en un sujet d’intrigue enveloppé,
D’un secret tout à coup la vérité connue
Change tout, donne à tout une face imprévue.

[1] C’est une querelle littéraire qui a éclaté à la fin du XVIIème siècle (1687), à l’Académie française, et qui a divisé le monde littéraire en Anciens et Modernes : les Anciens ce sont les partisans de la supériorité absolue des modèles antiques; les Modernes défendent une inspiration plus libre et surtout plus actuelle. Citons quelques noms célèbres dans les deux camps : les Anciens : Boileau, La Fontaine, La Bruyère;
les Modernes : les Précieuses, Molière (l’Ecole des Femmes), Charles Perrault.
C’est Fénelon qui a pacifié les esprits dans sa Lettre à l’Académie où il loue les Modernes tout en admirant vivement les Anciens.

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Boileau

Nicolas Boileau, aussi appelé Boileau-Despréaux, naît à Paris le 1er novembre 1636. Il est le quinzième de seize enfants d’une famille bourgeoise dont le père est greffier de la grande chambre du Parlement de Paris et sa mère décédée. Issu d’une longue lignée de juristes, Boileau étudie le droit et devient avocat en 1656. Il s’intéresse également à la théologie. Une fois que son père meurt en 1657, il est à l’abri du besoin grâce à l’héritage de ce dernier et décide alors de se consacrer à la littérature.

Il commence par écrire des Satires de 1657 à 1665 qui sont en réalité une attaque aux gens de la société dans laquelle il vit. Il s’en prend surtout aux auteurs qu’il considère comme ses concurrents et acquière à la fois le succès et l’inimitié. Dans Le Chapelain décoiffé (1665), parodie du Cid, il s’attaque au poète Chapelain car celui-ci avait été nommé par Colbert, responsable du choix des auteurs pensionnés par le roi. En revanche il admire Molière, puis La Fontaine et Racine. Il se consacre ensuite à l’écriture des Epitres de 1669 à 1695 puis commence la rédaction de Le Lutrin(1674-1683) et L’Art poétique (1674).

Boileau s’oppose à Perrault qui affirme que le siècle du roi soleil est supérieur à celui d’Auguste dans le domaine de la littérature si bien qu défend les écrivains de l’Antiquité car il les considère comme d’excellents modèles.

En 1677 il est nommé historiographe en même temps que Racine. Sur l’insistance de ce dernier, il finit par intégrer l’Académie française en 1684. Quand Racine meurt, il se fait de plus en plus rare à la Cour et se retire à Auteuil.

Il écrit sa dernière Epitre «sur l’amour de Dieu» (1698) en s’attaquant aux jésuites.

Il meurt le 13 mars 1711 à Paris des suites d’une hydropisie de poitrine en léguant ses biens aux pauvres.

« De tous les animaux qui s’élèvent dans l’air, qui marchent sur la terre, ou nagent dans la mer, De Paris au Pérou, du Japon jusqu’à Rome, Le plus sot animal, c’est l’homme » Boileau

Biographie rédigée par Corinne Vomscheid et publiée sous Licence de documentation libre (GFDL 1.2)http://www.inlibroveritas.net/auteur91.html

Boileau

Vie

Jeunesse (1636 — 1660). Nicolas Boileau-Despréaux naquit à Paris d’une famille noble mais appauvrie. Son enfance fut triste et souffreteuse. Son père, greffier au parlement, lui fit faire des études de droit et de théologie; mais dès que la mort de ce dernier l’eut rendu indépendant, il se voua entièrement aux belles lettres.

Carrière littéraire (1660 — 1680). Nourri des classiques anciens, surtout d’Horace et de Juvénal, doué d’un sens droit et d’un goût délicat, Boileau à 24 ans s’érigea résolument en dictateur littéraire; et s’il se fit des ennemis par sa rude franchise, il en fut dédommage par des succès mérités. Ses premières satires circulèrent d’abord en manuscrit et lui ouvrirent les salons à la mode. Les 9 premières furent imprimées en 1660; les Epîtres, L’Art poétique et Le Lutrin suivirent d’assez près, en sorte que la carrière littéraire proprement dite de Boileau se borne à 14 ans (1660— 1674). En 1672 Louis XIV, devenu attentif, voulut connaître le poète, lui octroya charges et pensions, l’attacha à la cour et fit de lui son bras droit en matières littéraires. Comme de juste, Boileau se montra reconnaissant sans toutefois abdiquer ni son indépendance d’esprit ni son franc parler. En 1677 Boileau fut nommé historiographe de France avec son ami Racine, qu’il entoura constamment d’une affection de frère aîné.

Retraite et vieillesse ( 1680— 1711). Dès sa 44e année Boileau, toujours souffrant, se retira peu à peu de la cour et se confina dans sa villa d’Auteuil, qu’il devait à la munificence du roi et où affluèrent durant 30 ans toutes les célébrités de l’époque. En 1684 par la protection de Louis XIV, il est admis à l’Académie malgré les répugnances des principaux membres qu’il avait critiqués sans ménagement. Ses derniers 15 ans furent attristés par la mort de ses amis, surtout de Racine (1699) et par des infirmités croissantes. A la pierre vinrent se joindre l’hydropisie, la surdité et une cécité presque complète. Néanmoins soutenu par ses sentiments religieux, il conserva jusqu’au bout patience et belle humeur.

Ouvrages

Fond et forme.
Boileau est le législateur du Parnasse français. Reprenant et complétant l’œuvre de Ronsard et de Malherbe, il a discipliné la littérature française en lui assignant pour lois premières la vertu, la raison et le bon goût. Il a formé le goût public en lui faisant discerner le vrai d’avec le faux, l’excellent d’avec le médiocre. Par contre, il érige en système le formalisme conventionnel et entrave par trop de prescriptions de détail le libre vol du génie. Lui-même est poète par la perfection de la forme plutôt que par l’inspiration poétique. Son langage est toujours châtié; et sa versification, irréprochable; mais la chaleur de l’imagination et du sentiment lui font défaut.

L’Art poétique (1674) est un code littéraire en quatre chants. Le 1ier chant pose les préceptes généraux et esquisse à grands traits la littérature française des siècles précédents. Le 2e est consacré à la poésie lyrique; le 3e, à l’épopée et au drame, pour lequel il exige les trois unités. Le 4e se termine par un pompeux éloge de Louis XIV.

Le Lutrin (1674) est une épopée badine en six chants, qui raconte, en vers très achevés, une querelle de sacristie survenue entre le prélat trésorier et un chantre de la Sainte Chapelle au sujet d’un lutrin ou pupitre de chant. La paix est rétablie grâce à l’arbitrage du président de Lamoignon. Boileau avait fait le pari qu’on peut écrire des vers parfaits sur le plus insignifiant sujet.

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Source: Schmidt