Fénelon
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Autre représentant de l’éloquence religieuse mais en outre écrivain politique et pédagogique est François de la Mothe-Fénelon (1651-1715).

Prêtre à 24 ans, Fénelon aurait voulu se consacrer aux missions mais sa santé trop faible l’en empêche.

De 1685 à 1687 il dirige une maison pour jeunes protestantes converties et y écrit un Traité sur l’Education des Filles (1687).

Il devient ensuite précepteur du petit-fils de Louis XIV.  C’est dans cette fonction qu’il a rédigé des ouvrages pédagogiques adaptés à l’esprit de l’enfant : Fables, Dialogues des Morts (1692) et surtout Télémaque (1699).

A l’aide de ces ouvrages, l’auteur a voulu donner au jeune prince des connaissances mythologiques, historiques et littéraires qui constituent le bagage d’un homme cultivé.  Mais en outre ces livres contiennent une doctrine de morale politique et on y a vu une critique de la royauté despotique de Louis XIV, de son gouvernement, de son amour du luxe et de sa passion de la guerre.

Fénelon préparait son élève à régner autrement et annonce déjà les philosophes du XVIIIème siècle.

Télémaque (Extrait)
Dans ce texte, Fénelon définit son idéal politique.

Je lui demandai en quoi consistait l’autorité du roi, et il me répondit : “Il peut tout sur le peuple; mais les lois peuvent tout sur lui. Il a une puissance absolue pour faire le bien, et les mains liées dès qu’il veut faire le mal. Les lois lui confient les peuples comme le plus précieux de tous les dépôts, à condition qu’il sera le père de ses sujets. Elles veulent qu’un seul homme serve, par sa sagesse et par sa modération, à la félicité de tant d’hommes; et non pas que tant d’hommes servent, par leur misère et par leur servitude lâche, à flatter l’orgueil et la mollesse d’un seul homme. Le roi ne doit rien avoir au-dessus les autres, excepté ce qui est nécessaire ou pour le soulager dans ses pénibles fonctions, ou pour imprimer aux peuples le respect de celui qui doit soutenir les lois. D’ailleurs le roi doit être plus sobre, plus ennemi de la mollesse, plus exempt de faste et de hauteur, qu’aucune autre. Il ne doit point avoir plus de richesses et de plaisirs, mais plus de sagesse, de vertu et de gloire que le reste des hommes. Il doit être au dehors le défenseur de la patrie, en commandant les armées; et au dedans, le juge des peuples, pour les rendre bons, sages et heureux. Ce n’est point pour lui-même que les dieux l’ont fait roi : il ne l’est que pour être l’homme des peuples : c’est aux peuples qu’il doit tout son temps, tous ses soins, toute son affection : et il n’est digne de la royauté qu’autant qu’il s’oublie lui-même pour se sacrifier au bien public. Minos n’a voulu que ses enfants régnassent après lui qu’à condition qu’ils régneraient suivant ces maximes : il aimait encore plus son peuple que sa famille. C’est par une telle sagesse qu’il a rendu la Crète si puissante et si heureuse; c’est par cette modération qu’il a effacé la gloire de tous les conquérants qui veulent faire servir les peuples à leur grandeur, c’est-à-dire à leur vanité; enfin, c’est par sa justice qu’il a mérité d’être aux enfers le souverain juge des morts.”

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L’éloquence sacrée au 17e siècle
Jeunesse (1651 — 1689) .
François de Salignac de La Mothe Fénelon, le Cygne de Cambrai, naquit au château de Fénelon en Périgord et prit les Ordres à Paris. Jeune, élégant, spirituel, il songea à tout quitter pour les missions lointaines du Canada. Son archevêque toutefois le retint à Paris et l’attacha à l’établissement des Nouvelles Catholiques, où il déploya ses merveilleuses qualités de directeur spirituel.

Cour (1689 — 1699).
A 38 ans Fénelon fut nommé par Louis XIV précepteur du Petit Dauphin le duc de Bourgogne, dont il sut assouplir le caractère fougueux et développer les brillantes facultés. Sa réputation alla grandissant. Aimé de Bossuet, protégé par Mme de Maintenon, il se voit admis à l’Académie (1693) et monte deux ans après sur le siège archiépiscopal de Cambrai (1695).

Disgrâce et retraite (1699 — 1715)
Soudain la querelle du quiétisme éclate et met Fénelon aux prises avec Bossuet et Louis XIV lui-même. A la demande du roi, Rome condamne l’ouvrage quiétiste de Fénelon, Les Maximes des Saints. L’archevêque se soumet avec simplicité; mais sa faveur à la cour est brisée. Et l’apparition du Télémaque , publié avant l’heure par l’indiscrétion d’un secrétaire, achève de lui aliéner l’esprit du roi, qui voit dans cet ouvrage une critique de son gouvernement. Relégué dans son diocèse, Fénelon lui consacra les derniers 15 ans de sa vie avec un dévouement sans bornes et une inépuisable charité.

Son suprême chagrin fut la mort prématurée du duc de Bourgogne (1712), qu’il ne tarda guère à suivre dans la tombe.

Grand seigneur, évêque, écrivain, Fénelon exerça une séduction sans égale. Qui l’avait vu ne pouvait l’oublier et voulait le revoir.

Fond et forme.
Tout en appartenant au 17e siècle par le culte de l’antiquité classique et par la langue souple et harmonieuse, Fénelon prélude au 18e par l’active curiosité de son esprit, la largeur de ses vues et ses velléités d’opposition contre l’autocratie de la monarchie absolue. Ses ouvrages de piété respirent un aimable enthousiasme pour la religion et la vertu.

Oeuvre
Outre ses sermons peu nombreux, Fénelon a laissé divers traités de théologie et de philosophie. Sa correspondance, témoigne d’une sensibilité exquise. Sa Lettre au Roi (1694), restée inédite jusqu’en 1825, dénote une rare indépendance d’idées et de caractère.

Mais l’importance capitale revient à ses 4 ouvrages d’éducation qui, à l’exception du premier, ont été écrits pour le dauphin. — Le Traité de l’ Education des Filles (1687), rédigé pour la duchesse de Beauvillier qui avait 5 filles à élever, est fondé sur une psychologie aussi solide que délicate du cœur de la femme. — Les Fables en prose (1690) sont de gracieuses leçons de vertu. — Les Dialogues des Morts (1695) placent sur les lèvres de personnages historiques anciens et nouveaux de hautes données morales et politiques. — Le Télémaque (écrit en 1699, publié en 1717), roman didactique ou plutôt poème en prose, raconte les voyages et aventures du fils d’Ulysse, qui parcourt divers royaumes sous la conduite du sage Mentor (Minerve déguisée) et s’instruit ainsi des devoirs de la royauté. Ce chef d’œuvre ne parut au complet qu’après la mort de Fénelon, eut un succès prodigieux et fut traduit dans toutes les langues.


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Source: Schmidt


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