La Bruyère
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Jean de la Bruyère (1645-1696)

Né dans une famille de petite bourgeoisie à Paris, il a étudié le droit mais il n’a jamais plaidé.
En 1684, il devient, grâce à Bossuet, précepteur du duc de Bourbon. Cette fonction lui donne l’occasion d’observer de près la vie des grands seigneurs. Il écrit ses Caractères, parus en 1688, oeuvre qui fait penser aux Essais de Montaigne où on trouve des maximes et des portraits qui étaient dans le goût du temps. Les Caractères lui valent autant d’ennemis que d’admirateurs. Les personnages qui se sentent ou se croient visés par ces portraits satiriques sont furieux.
L’auteur lui-même a fait neuf éditions des Caractères en augmentant toujours les portraits.

L’intérêt de son livre réside dans son observation pénétrante et dans la description et l’expression des caractères.
L’objet est l’étude de l’homme et la critique des abus du temps : les abus de la justice, des puissants et des financiers, des impôts et même ceux du pouvoir royal.
Quelles que soient les idées exprimées par La Bruyère, elles sont rehaussées par un style extrêmement personnel, varié et travaillé.

Extrait
Les maximes se rapportent à l’éducation des enfants. La Bruyère en parle en connaissance de cause puisqu’il a été précepteur : son élève est odieux et ne peut lui donner aucune satisfaction.

L’unique soin des enfants est de trouver l’endroit faible de leurs maîtres, comme de tous ceux à qui ils sont soumis : dès qu’ils ont pu les entamer, ils gagnent le dessus et prennent sur eux un ascendant qu’ils ne perdent plus. Ce qui nous fait déchoir une première fois de cette supériorité à leur égard est toujours ce qui nous empêche de la recouvrer.

La paresse, l’indolence et l’oisiveté, vices si naturels aux enfants, disparaissent dans leurs jeux, où ils sont vifs, appliqués, exacts, amoureux des règles et de la symétrie, où ils ne se pardonnent nulle faute les uns aux autres, et recommencent eux-mêmes plusieurs fois une seule chose qu’ils ont manquée : présages certains qu’ils pourront un jour négliger leurs devoirs, mais qu’ils n’oublieront rien pour leurs plaisirs.

Qui doute que les enfants ne conçoivent, qu’ils ne jugent, qu’ils ne raisonnent conséquemment ? Si c’est seulement sur de petites choses, c’est qu’ils sont enfants et sans longue expérience; et, si c’était en mauvais termes, c’est moins leur faute que celle de leurs parents ou de leurs maîtres.

C’est perdre toute confiance dans l’esprit des enfants et leur devenir inutile que de les punir de fautes qu’ils n’ont point faites, ou même sévèrement de celles qui sont légères; ils savent précisément et mieux que personne ce qu’ils méritent, et ils ne méritent guère que ce qu’ils craignent; ils connaissent si c’est à tort ou à raison qu’on les châtie, et ne se gâtent pas moins par des peines mal ordonnées que par l’impunité.

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La Bruyère
Jean de La Bruyère, né à Paris, était trésorier à Caen lorsque Bossuet le fit appeler à Chantilly pour enseigner l’histoire au jeune duc Louis de Bourbon, petit fils du Grand Condé. Il resta attaché à la maison de ce prince jusqu’à la fin de sa vie à titre d’homme de lettres avec 3000 francs de pension. A la cour de Chantilly, rivale de celle de Versailles, l’affluence des visiteurs de marque offrit ample matière à son talent d’observation. Ses notes, recueillies au jour le jour, formèrent peu à peu le livre des Caractères. Le succès fut éclatant et ouvrit à l’auteur les portes de l’Académie (1693). Par contre, les allusions personnelles malignes qu’on crut y découvrir à chaque page, lui attirèrent bien des inimitiés. De son vivant 12 clefs de son livre virent le jour. La Bruyère mourut à Paris d’une attaque d’apoplexie.L’unique ouvrage de La Bruyère sont les Caractères dont il avait puisé l’inspiration dans les Caractères du philosophe grec Théophraste (4e s. av J.C.). Il traduisit ce dernier ouvrage et plaça le sien à la suite sous le titre Caractères ou Mœurs de ce Siècle (1688). Cet opuscule présente en seize chapitres une galerie de portraits moraux, pris sur nature dans tous les rangs de la société. Moraliste éminent, La Bruyère peint, dans les mœurs de son époque, celles de l’humanité en général; et il le fait, avec sel sans doute, mais avec une équité chrétienne et délicate. Le style original, vigoureux et précis prête un charme piquant à cet ouvrage.

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Source: Schmidt


Boileau - La Bruyère

Bildnis des Jean de la Bruyere