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Notice biographique: Alain-René LE SAGE (1668-1747)

Le Sage a poursuivi une double carrière : auteur dramatique et romancier.

Pour pouvoir nourrir sa femme et ses enfants, il a dû écrire beaucoup.  Ainsi il a, entre 1712 et 1735, écrit une centaine de pièces de théâtre.

La plupart de ses pièces n’ont pas survécu : seulement un roman et une comédie l’ont rendu célèbre.

Oeuvres

Turcaret (1709) (comédie)
Gil Blas
(1715-1735) (roman)

Turcaret (1709)

Turcaret est une pièce importante dans l’histoire du théâtre : c’est une comédie de moeurs pleine d’un réalisme satirique.

Le sujet se situe dans le monde des financiers, un monde corrompu qui donne seulement le luxe aux grands financiers et laisse le peuple dans la misère.

Acte I : Turcaret courtise une jeune veuve, la Baronne, qui à son tour a un faible pour le Chevalier, un petit-maître qui ne fait que lui emprunter de l’argent.

Acte II : La servante Marine, congédiée par la Baronne, révèle à Turcaret le double jeu de celle-ci.  Il se met en colère mais finit par s’excuser chez la Baronne.

L’acte III nous découvre un autre aspect de Turcaret : escroc sans sentiments humains.

Dans l’acte IV la Baronne découvre que Turcaret est marié et elle veut rompre avec lui.

Enfin, l’acte V, conduit à l’arrestation de Turcaret par des créanciers; la Baronne voit clair dans le jeu du Chevalier.

Le seul vainqueur de la pièce est Frontin, le valet du Chevalier.

Extrait

L’extrait est situé dans le troisième acte : la Baronne a l’intention de plumer Turcaret et se sert dans ce but de Frontin, valet du Chevalier.

Le comique réside dans l’emploi des mots à double entente que Turcaret ne comprend pas, même pas s’il les emploie lui-même.

Personnages :

Turcaret (T)
La Baronne (B)
Frontin (F)

B
Monsieur, voilà le garçon que je veux vous donner.
T
Il paraît un peu innocent.
B
Que vous vous connaissez bien en physionomie!
T
J’ai le coup d’oeil infaillible… (à Frontin) Approche, mon ami : dis-moi un peu, as-tu déjà quelques principes ?
F
Qu’appelez-vous des principes ?
T
Des principes de commis; c’est-à-dire, si tu sais comment on peut empêcher les fraudes ou les favoriser ?
F Pas encore, monsieur; mais je sens que j’apprendrai cela fort facilement.
T
Tu sais, du moins, l’arithmétique ? Tu sais faire des comptes à parties simples ?
F
Oh ! oui, monsieur; je sais même faire des parties doubles.  J’écris aussi de deux écritures, tantôt de l’une et tantôt de l’autre.
T
De la ronde, n’est-ce pas ?
F
De la ronde, de l’oblique.
T
Comment, de l’oblique ?
F
Hé ! oui, d’une écriture que vous connaissez… là… d’une certaine écriture qui n’est pas légitime.
T
(à la Baronne) Il veut dire de la bâtarde.
F
Justement : c’est ce mot-là, que je cherchais.
T
(à la Baronne) Quelle ingénuité !… Ce garçon-là, madame, est bien niais.
B
Il se déniaisera dans vos bureaux.
T
Oh ! qu’oui, madame, oh ! qu’oui.  D’ailleurs un bel esprit n’est pas nécessaire pour faire son chemin.  Hors moi et deux ou trois autres, il n’y a parmi nous que des génies assez communs.  Il suffit d’un certain usage, d’une routine que l’on ne manque guère d’attraper.  Nous voyons tant de gens ! Nous nous étudions à prendre ce que le monde a de meilleur; voilà toute notre science.
B
Ce n’est pas la plus inutile de toutes.
T
(à Frontin) Oh çà ! mon ami, tu es à moi, et tes gages courent dès ce moment.
F
Je vous regarde donc, monsieur, comme mon nouveau maître… Mais en qualité d’ancien laquais de M. le Chevalier, il faut que je m’acquitte d’une commission dont il m’a chargé: il vous donne, et à madame sa cousine, à souper ici ce soir.
T
Très volontiers.
F
Je vais ordonner chez Fite toutes sortes de ragoûts, avec vingt-quatre bouteilles de vin de Champagne; et pour égayer le repas, vous aurez des voix et des instruments.
B
De la musique, Frontin ?
F
Oui, madame; à telles enseignes que j’ai ordre de commander cent bouteilles de Suresnes pour abreuver la symphonie.
B
Cent bouteilles !
F
Ce n’est pas trop, madame.  Il y aura huit concertants, quatre Italiens de Paris, trois chanteurs, et deux gros chantres.
T
Il y a, ma foi, raison, ce n’est pas trop.  Ce repas sera fort joli.
F
Oh diable ! quand M. le Chevalier donne des soupers comme cela, il
n’épargne rien, monsieur.
T
J’en suis persuadé.
F
Il semble qu’il ait à sa disposition la bourse d’un partisan.
B
(à Turcaret) Il veut dire qu’il fait les choses fort magnifiquement.
T
Qu’il est ingénu ! (à Frontin) Eh bien ! nous verrons cela tantôt.  (à la Baronne) Eh, pour surcroît de réjouissance, j’amènerai ici M. Gloutonneau, le poète; aussi bien, je ne saurais manger, si je n’ai quelque bel esprit à ma table.
B
Vous me ferez plaisir.  Cet auteur apparemment est fort brillant dans la conversation ?
T
Il ne dit pas quatre paroles dans un repas; mais il mange et pense beaucoup.  Peste ! c’est un homme bien agréable… Oh çà ! Je cours chez Dautel, vous acheter…
B
Prenez garde à ce que vous ferez, je vous en prie : ne vous jetez point dans une dépense…
T
(l’interrompant à son tour) Eh ! fi ! madame, fi ! vous vous arrêtez à des minuties.  Sans adieu, ma reine.
B
J’attends votre retour impatiemment.

Vocabulaire

innocent : niais
l’oblique : les faux
la bâtarde : écriture qui tient de la ronde (écriture à caractères ronds et verticaux) et de l’anglaise (écriture cursive)
sa cousine : la Baronne fait passer le Chevalier pour son cousin
Fite : un traiteur célèbre
Champagne : le champagne mousseux était à ce moment une nouveauté
Suresnes : vin léger
chantres : chanteurs à la voix aiguë très appréciés alors
un partisan : un financier : par l’intermédiaire de la Baronne, l’argent de Turcaret sert aux dépenses du Chevalier
Dautel : un bijoutier


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  • Gil Blas

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    Le Sage

  • Le roman au 18e siècle – Débuts du roman nouveau

    La Renaissance avait beaucoup développé le roman en prose; mais l’aventure y tenait toujours la première place. Plus tard on s’avisa de concentrer l’intérêt moins sur les événements que sur les sentiments; le roman d’analyse, préparé au XVIIe siècle, est la plus grande création littéraire du XVIIIe; le siècle suivant n’a eu qu’à le perfectionner. La France, l’Angleterre, et plus tard par moments l’Allemagne, jouent les premiers rôles dans cette transformation; les autres nations les imitent ou ne donnent rien qui compte. Ce fruit de l’âge classique en exprime bien le goût d’analyse morale, Déjà Madame de La Fayette (1634-1693) avait dans La Princesse de Clèves (1678) peint là lutte des sentiments et le triomphe douloureux de la vertu avec un style sobre et fin, d’une force remarquable dans sa discrétion voulue; ce court chef-d’œuvre est un des joyaux de la littérature classique.

    Dans un tout autre genre, le roman picaresque, déjà flétri en Espagne, donna en France sa fleur suprême et la plus éclatante dans l’Histoire de Gil Blas de Santillane (1715-1735) de Le Sage (1668-1747). Nourri des romans picaresques, il mit l’action en Espagne; mais ce sont des moeurs en partie françaises qu’il peint, c’est un esprit tout français qui l’anime dans le dessin des caractères. La richesse et la vérité de l’observation morale, la finesse spirituelle du ton assurèrent à Gil Blas un succès universel, immense, et qui ne s’est jamais démenti.

    En Angleterre, Daniel Defoe (I66I?-1731), familier avec la société la plus mêlée de Londres, n’étant gêné par aucun scrupule littéraire ou moral, mit dans ses dix romans (Roxana, Moll Flanders, etc., 1719-1725) une audace réaliste, une précision du détail toutes nouvelles. Ces romans, récemment remis à leur rang, furent en leur temps peu connus sur le continent; mais Robinson Crusoe (1719) a captivé l’imagination de tous les enfants et vit dans la mémoire de tous les hommes. C’est l’épopée puritaine de l’homme que sa raison élève, sans autre guide que la Bible, de la vie brutale et inconsciente à une vie éclairée par la foi; c’est l’épopée moderne de l’homme qui, jeté seul dans la nature sauvage, la dompte à force d’énergie. Ce second aspect causa son succès immédiat dans le monde entier; Rousseau, en faisant de Robinson la seule lecture de son Émile, en sanctionna la valeur éducative. On l’imita inégalement en divers pays, énormément en Allemagne, où l’on compta soixante-dix de ces robinsonades jusqu’à la fin du siècle.

    Le roman au 18e siècle

  • Le Sage

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    Le Sage

  • Le flatteur parasite

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    Le flatteur parasite

    Je m’assis tout seul à une table. Je n’avais pas encore mangé le premier morceau, qu’un cavalier s’approcha de moi d’un air empressé.

    « Seigneur écolier, me dit-il, je viens d’apprendre que vous êtes le seigneur de Gil Blas de Santillane, l’ornement d’Oviedo et le flambeau de la philosophie. Vous ne savez pas, continua-t-il en s’adressant à l’hôte et à l’hôtesse, vous ne savez pas ce que vous possédez; vous avez un trésor dans votre maison: vous voyez dans ce jeune gentilhomme la huitième merveille du monde. » Puis, se tournant de mon côté et me jetant les bras au cou: « Excusez mes transports, ajouta-t-il: je ne suis point maître de la joie que votre présence me cause. »

    Mon admirateur me parut un fort honnête homme, et je l’invitai à souper avec moi. « Ah! très volontiers, s’écria-t-il; je sais trop bon gré à mon étoile de m’avoir fait rencontrer l’illustre Gil Blas de Santillane, pour ne pas jouir de ma bonne fortune le plus longtemps que je pourrai. Je n’ai pas grand appétit, poursuivit-il; je vais me mettre à table pour vous tenir compagnie seulement, et je mangerai quelques morceaux par complaisance. »

    En parlant ainsi, il s’assit vis-à-vis de moi. On lui apporta un couvert. Il se jeta d’abord sur l’omelette avec tant d’avidité, qu’il semblait n’avoir mangé depuis trois jours. J’en ordonnai une seconde. Il mangeait d’une vitesse toujours égale, et trouvait moyen, sans perdre un coup de dent, de me donner louanges sur louanges, ce qui me rendait fort content de ma petite personne.

    Il buvait fort souvent. Il versait du vin dans mon verre, et m’excitait à lui faire raison. Je ne répondais point mal aux santés qu’il me portait; ce qui, avec ses flatteries, me mit insensiblement de si belle humeur, que, voyant notre seconde omelette à moitié mangée, je demandai à l’hôte s’il n’avait pas de poisson à nous donner. Il y avait une belle truite, mais d’un prix très élevé.

    « Apportez-nous la truite, dis-je fièrement, et ne vous embarrassez pas du reste. » L’hôte, se mit à l’apprêter, et ne tarda guère à nous la servir. A la vue de ce nouveau plat, je vis briller une grande joie dans les yeux du parasite. Enfin, après avoir bu et mangé tout son soûl, il voulut finir la comédie: « Seigneur Gil Blas, me dit-il, en se levant de table, je suis trop content de la bonne chère que vous m’avez faite pour vous quitter sans vous donner un avis important dont vous me paraissez avoir besoin. Soyez désormais en garde contre les louanges. Défiez-vous des gens que vous ne connaîtrez point. Vous en pourrez rencontrer d’autres qui voudront, comme moi, se divertir de votre crédulité, et peut-être pousser les choses encore plus loin; n’en soyez point la dupe, et ne vous croyez point, sur leur parole, la huitième merveille du monde. » En achevant ces mots, il me rit au nez et s’en alla.

    Le Sage

    Mots expliqués
    * Parasite: Un parasite est celui qui vit ou cherche à vivre aux dépens d’autrui.
    * Santillane, Oviedo: Villes d’Espagne.
    * Lui faire raison: Boire en même temps que lui.

    Questions et analyse des idées
    1. Quel homme vint flatter Gil Blas. — 2. Quel discours lui tint-il? — 3. Quel était le défaut de Gil Blas? — 4. Quel profit l’étranger tira-t-il de ses flatteries? — 5. Comment se termina l’affaire? — 6. Où est le jugement de l’auteur et quel est-il?

    Source

    Le Sage

  • Alain-René Le Sage

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    Alain-René Le Sage

  • Le Diable boiteux
  • Gil Blas de Santillane
  • Alain-René Le Sage

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    Alain-René Le Sage

  • LESAGE Alain-René (1668 — 1747)

    Né près de Vannes, Lesage fut officier des fermiers généraux (contrôleurs des impôts) de Bretagne, puis avocat au
    parlement de Paris. Il finit par se vouer entièrement aux lettres et mourut à Boulogne-sur-mer, aimé et respecté de tous pour la loyauté de son caractère.

    Lesage est le créateur du roman de mœurs français. Ses héros sont des hommes de plaisir. Le style est simple, concis et pétillant d’esprit.

    Sa meilleure comédie est Turcaret (1708), où il dévoile sans ménagement les fraudes et les turpitudes des fermiers généraux et autres employés du fisc.

    Ses deux romans les plus remarquables sont:
    Le Diable boiteux (1709); le démon Asmodée transporte un étudiant de Madrid sur une tour de la capitale et, enlevant à ses yeux les toits des maisons, le fait assister à diverses scènes de famille.
    Vie de Gil Blas de Santillane (1735), chef d’œuvre de Lesage, histoire d’un jeune espagnol qui passe par toutes les conditions, depuis celle de valet jusqu’à celle de sous-ministre; ce qui permet à l’auteur de tracer un tableau de mœurs vrai et vivant de la société du 18e siècle.


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