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Restif de la Bretonne (Nicolas-Edme), romancier français, né le 22 novembre 1734 à Sacy, près d’Auxerre, mort le 3 février 1806. Fils d’un laboureur, il entra comme apprenti chez un imprimeur d’Auxerre, après avoir reçu quelque instruction, et vint bientôt à Paris, où il fut ouvrier typographe à l’imprimerie royale. Doué d’une imagination vive et souvent extravagante, d’un esprit observateur, et d’un tempérament qui le portait à une vie de désordres sans frein, il étudia de près les moeurs populaires et les reproduisit jusque dans les plus honteux détails. Il répondait à ceux qui lui en faisaient un reproche, qu’il écrivait des livres de médecine morale, que les principes en étaient honnêtes, et qu’il ne pouvait peindre des mœurs pures puisque le siècle avait des mœurs corrompues. Toutefois il trouva des tableaux riants et aimables, des accents émus et allant au cœur, des dialogues naïfs et vrais sans grossièreté, des pages attendrissantes ou énergiques, quoique son style soit couramment d’une grande platitude et souvent incorrect. Sa fécondité fut extraordinaire, et son succès très grand. À une époque où tant d’œuvres fadement libertines remplissaient les boudoirs et les salons, une partie du public se prit de passion pour des romans qui portaient le cachet de vérité et de la franchise. Restif se vit un grand homme, et dans sa vanité se crut supérieur à Voltaire. Admirateur des idées de Rousseau, dont il estimait du reste assez peu le talent, il voulut, à son exemple, émettre des projets de réforme sociale, et montra dans ce qu’il écrivit sur le gouvernement, sur l’éducation, sur les femmes, le théâtre, etc., de la singularité et de la bizarrerie, mais aussi de la hardiesse, de l’originalité, quelquefois de la justesse. On regarde comme son chef-d’œuvre le roman intitulé Le Paysan perverti ou les Dangers de la ville (1775-1776); il réunit au plus haut degré les qualités et les défauts de l’auteur et paraît être l’œuvre d’un homme de génie en délire. Lavater, après l’avoir lu, appele Restif «le Richardson français», surnom moins juste que celui de «Rousseau des halles», qui lui fut donné vers la même époque.

Œuvres principales: Le Paysan perverti (1775), La Vie de mon père (1779), Les Nuits de Paris (1788-1794), Monsieur Nicolas (1794-1797).

d’après VAPEREAU Gustave, Dictionnaire universel des littératures contenant des notices sur les écrivains de tous les temps et de tous les pays, Paris, Hachette, 1876.