André Chénier (1762-1794)

Le siècle des lumières et des philosophes a connu une véritable crise de la poésie.

Tous les genres traditionnels subsistent mais la poésie est devenue une versification artificielle et elle s’est réduite à des procédés.

Pourtant la seconde moitié du siècle est marquée par une évolution. Les poètes s’orientent vers un lyrisme plus personnel et plus moderne.

A la poésie pseudo-classique se substitue un lyrisme préromantique.

La poésie du XVIIIème siècle n’est dignement représentée que par André Chénier.

Notice biographique
Né à Constantinople où son père était consul de France.

Il a conçu dès son plus jeune âge un véritable culte pour la Grèce antique. Sa vocation poétique s’éveille très tôt et il a pu s’initier aux questions littéraires et esthétiques dans le salon de sa mère à Paris.

Après un séjour malheureux en Angleterre où il est secrétaire d’ambassade, il retourne en 1790 en France où il participe avec enthousiasme au mouvement révolutionnaire. Bientôt il proteste avec véhémence contre les violences révolutionnaires, il passe pour un aristocrate suspect et est guillotiné le 25 juillet 1794, deux jours seulement avant la chute de Robespierre, chute qui l’aurait sans doute sauvé.

Oeuvres
Elégies
Ïambes
Les Bucoliques
Odes à Fanny

Son intérêt
Mort à 31 ans, Chénier a laissé une oeuvre considérable qui marque un renouveau poétique comparable à celui de la Pléiade.

Chénier a réhabilité l’inspiration dans un temps où l’on considérait la poésie plutôt comme une technique.

L’influence de sa mère, d’origine grecque, et ses lectures personnelles lui ont inspiré une forte admiration pour la Grèce antique.

L’atmosphère du temps ne fait que favoriser cette tendance : on se passionne pour les découvertes archéologiques, la peinture s’oriente vers le néo-classicisme.

Chénier va renouveler la doctrine de l’imitation des Grecs ce qu’il illustre dans Les Bucoliques.

Le plus grand mérite de Chénier est d’avoir voulu intégrer la science dans la poésie. Il écrit sur les progrès des sciences dans l’esprit des Encyclopédistes.

Tous les poèmes de Chénier sont restés inédits de son vivant et la première édition de ses oeuvres ne se fait qu’en 1819. C’est ce qui explique que ses poèmes sont une vraie révélation pour la jeune génération romantique.

L’influence de son lyrisme mélodieux est sensible chez Vigny, Hugo et Musset. En le considérant comme leur précurseur, les Parnassiens rendent également honneur à Chénier.

Extrait

Les vers qui suivent, appelés Ïambes par leur auteur, sont des vers vengeurs, écrits dans la prison au moment où Chénier attend l’exécution de la terrible sentence.

Quand au mouton bêlant la sombre boucherie
Ouvre ses cavernes de mort,
Pâtres, chiens et moutons, toute la bergerie
Ne s’informe plus de son sort.
Les enfants qui suivent ces ébats dans la plaine,
Les vierges aux belles couleurs
Qui le baisaient en foule et sur sa blanche laine
Entrelaçaient rubans et fleurs,
Sans plus penser à lui le mangeant s’il est tendre.
Dans cet abîme enseveli
J’ai le même destin. Je m’y devais attendre.
Accoutumons-nous à l’oubli.
Oubliés comme moi dans cet affreux repaire,
Mille autres moutons, comme moi,
Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire,
Seront servis au peuple roi.
Que pouvaient mes amis ? Oui, de leur main chérie
Un mot à travers ces barreux
Eût versé quelque baume en mon âme flétrie;
De l’or peut-être à mes bourreaux…
Mais tout est précipice. Ils ont le droit de vivre.
Vivez amis; vivez contents.
Et dépit de… soyez lents à me suivre.
Peut-être en de plus heureux temps
J’ai moi-même, à l’aspect de pleurs de l’infortune,
Détourné mes regards distraits.
A mon tour aujourd’hui mon malheur importune.
Vivez amis; vivez en paix.

Extrait

Cette pièce, extraite des Bucoliques, a été inspirée par la lecture du poète Manilius. C’est une épigramme funéraire.

LA JEUNE TARENTINE

LA JEUNE TARENTINE

Pleurez, doux alcyons, ô vous, oiseaux sacrés,
Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez.
Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine.
Un vaisseau la portait aux bords de Camarine.
Là l’hymen, les chansons, les flûtes, lentement
Devaient la reconduire au seuil de son amant.
Une clef vigilante a pour cette journée.
Dans le cèdre enfermée sa robe d’hyménée
Et l’or dont au festin ses bras seraient parés
Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés.
Mais, seule sur la proue, invoquant les étoiles,
Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles
L’enveloppe. Etonnée, et loin des matelots,
Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.
Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine.
Son beau corps a roulé sous la vague marine.
Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d’un rocher
Aux monstres dévorants eut soin de le cacher.
Par ses ordres bientôt les belles Néréides
L’élèvent au-dessus des demeures humides,
Le portent au rivage, et dans ce monument
L’ont, au cap de Zéphyr, déposé mollement.
Puis de loin à grands cris appelant leurs compagnes,
Et les Nymphes des bois, des sources, des montagnes,
Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil,
Répétèrent : “Hélas !” autour de son cercueil.
Hélas ! chez ton amant tu n’es point ramenée.
Tu n’as point revêtu ta robe d’hyménée.
L’or autour de tes bras n’a point serré de noeuds.
Les doux parfums n’ont point coulé sur tes cheveux.

Vocabulaire
alcyons: oiseaux fabuleux qui faisaient leur nid sur les flots et qui étaient considérés comme oiseaux d’un heureux présage.
Thétis: divinité marine, l’une des Néréides, mère d’Achille qu’elle a plongé dans le Styx, en le tenant par le talon, pour le rendre invulnérable
Myrto: la jeune fille
Tarentine: < Tarente : ville en Italie méridionale
Camarine: port de Sicile
l’hymen: le mariage, le cortège nuptial
le cèdre: conifère d’Asie ou d’Afrique
les Néréides: les nymphes de la mer, filles de Nérée
Zéphyr: le cap Zéphyrium, en Italie
les Nymphes: dans la mythologie grecque, divinités subalternes et féminines des fleuves, des bois et des montagnes
se frapper le sein: geste rituel en Grèce en signe de deuil


Creative Commons License
Op bovenstaand artikel is een Creative Commons Licentie ‘Naamsvermelding – Niet-Commercieel – Gelijk Delen 2.0’ van toepassing. Deze licentievorm maakt gratis gebruik in een onderwijscontext (non-profit) mogelijk.
Auteursrechten van dit artikel.


André Chénier
André Chénier naît à Constantinople le 29 octobre 1762.
Tandis que son père, consul général de France, se rend au Maroc, il suit sa mère à Paris où elle tient salon. Il y croise le peintre David, le poète Lebrun-Pindare, mais aussi le scientifique Lavoisier. Il fait d’excellentes études en compagnie de son frère Marie-Joseph, qui lui permettent d’avoir quelques relations artistiques et mondaines, et il mène à Paris une vie (amoureuse) dissipée. Il choisit de devenir militaire pour une courte période qui lui vaut de se rendre à Strasbourg. Il voyage en Suisse et en Italie.
En 1787, il est secrétaire d’ambassade à Londres, où il séjourne jusqu’en 1790.
De retour à Paris, il s’engage dans la Révolution avec enthousiasme comme en témoigne son Ode au Jeu de Paume. Il s’oppose pourtant rapidement aux violences et aux excès de la Terreur, écrivant un poème cinglant sur le massacre des soldats suisses à Châteauvieux, et collabore au Journal de Paris et au Moniteur qui lui servent de tribune. Il est contraint à la clandestinité. Il séjourne dans les environs de Versailles, où il s’éprend de Mme Le Coulteux, la « Fanny » des Odes amoureuses qu’il compose à la même époque.
Il est cependant arrêté le 7 mars 1794, et enfermé à la prison de Saint-Lazare, où il rencontre Mme de Coigny, qui lui inspire son poème La Jeune Captive. Il a encore le temps d’écrire ses Iambes et de les faire passer hors de prison grâce à un geôlier complice.
Il est finalement condamné à mort et guillotiné le 7 thermidor an II, soit le 25 juillet 1794, deux jours avant la chute de Robespierre. La plupart des ses œuvres sont alors inédites et inachevées.
Biographie rédigée par Plume et publiée sous Licence de documentation libre (GFDL 1.2).
Source: In Libro Veritas.

André Chénier
Né le 30 octobre 1762, à Constantinople, où son père était consul de France, Marie-André de Chénier, — dont la mère était grecque et propre sœur de la grand’mère de M. Thiers, — fut amené en France en 1765, avec son frère, Marie-Joseph, qui devait se faire lui aussi un nom dans les lettres. Il se révéla poète dès l’âge de seize ans. Vous savez comment il est mort : arrêté comme suspect, sous la Terreur, il fut envoyé à l’échafaud le 7 thermidor an II (25 Juillet 1794), après cent quarante jours de détention, laissant une œuvre déjà considérable, mais inachevée et mutilée, qui comprend des églogues ou bucoliques (les églogues ou bucoliques sont des poésies pastorales qui peignent les mœurs champêtres en mettant en scène des bergers chanteurs), des élégies, des épîtres, des odes, des essais de poèmes didactiques et enfin des ïambes (Les ïambes sont des pièces lyriques, inspirées par la colère, le mépris, l’indignation, et composées ordinairement de vers de douze et de huit syllabes se succédant uniformément) incomparables par la violence et la sincérité du sentiment qui les inspira.

André Chénier renouvela la poésie française en puisant aux sources de l’art grec, dont il sut unir la grâce aux qualités les plus charmantes de l’esprit français.

Source: Des Essarts