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Si nous mettons de côté les romans d’aventures qui se perdent dans d’interminables fictions, les romans du 18e siècle, quelle qu’en soit la forme, nous donnent un tableau précis des mœurs du temps. Comme la censure est redoutable, les auteurs mettent souvent le lieu de la scène en Orient ou en Espagne; mais il est facile de lire Paris quand ils expriment Bagdad ou Madrid. À partir de 1748, le roman, comme le théâtre, devint entre les mains des philosophes un instrument de propagande.

Dans la première partie du 18e siècle, le roman prend trois formes principales: il est satirique, psychologique ou sentimental. C’est Le Sage (1668-1747) qui a trouvé le chef-d’œuvre du roman satirique avec Gil Blas. Son héros, Gil Blas, est un aventurier qui traverse tous les milieux et tâte de tous les métiers: il est ainsi facile à Le Sage d’établir une critique générale de la société de son temps. Marivaux (1688-1763) a apporté dans le roman les mêmes qualités de finesse et d’adresse psychologiques que dans la comédie: il a écrit La Vie de Marianne et Le Paysan parvenu. Prévost (1697-1763), après avoir écrit une foule de romans médiocres, a rencontré enfin un chef-d’œuvre dans Manon Lescaut, qui ne prétend être qu’une simple histoire d’amour.

Au milieu du 18e siècle, le roman se transforme sous une double influence: l’influence anglaise et l’influence philosophique. Les romans anglais de Richardson sont traduits en France et y rencontrent une grande vogue; ils mettent à la mode le roman à thèse morale, genre où s’illustrent Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) (Julie ou la Nouvelle Héloïse) et Diderot (1713-1784) (Les Bijoux indiscrets, La Religieuse, Jacques le fataliste et son maître). En même temps les philosophes se sont emparés de la direction des esprits et ils utilisent le roman pour leur propagande. Marmontel (1723-1799) (Contes moraux, Les Incas, ou La destruction de l’empire du Pérou, Bélisaire) et surtout Voltaire (1694-1778) (e.a. Micromégas, Zadig, Candide, Jeannot et Colin, L’Ingénu, L’Homme aux quarante écus, Le Taureau blanc …) multiplient les romans où l’intrigue n’est rien, où l’intention philosophique est tout. À la fin du siècle, dans le roman qui se répète et devient fatigant, Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814), introduit un élément de rajeunissement, l’exotisme: il décrit les pays lointains et il fait de ces paysages nouveaux le cadre d’une idylle pleine de fraîcheur dans Paul et Virginie.