Alfred de Musset 02


Alfred de Musset

Notice biographique

De Musset est né à Paris en 1810. C’était un brillant élève qui commence déjà en 1824 à écrire des vers. Il commence aussi des études de droit et de médecine, mais il les abandonne assez vite car il n’y a que la littérature qui l’intéresse.

En 1828, il entre en contact avec le Cénacle romantique et se lie avec Vigny et Hugo. Il devient l’enfant prodige du romantisme.

En 1834, il publie Lorenzaccio, un des chefs-d’oeuvre du drame romantique.

Une liaison difficile, pleine de réconciliations et de ruptures orageuses, avec George Sand a fait mûrir son génie et lui a inspiré ses plus belles pièces.

A 30 ans, Musset est menacé par une maladie du coeur, son imagination poétique est tarie, il est épuisé par les plaisirs et l’alcoolisme.

Il entre à l’Académie en 1852 et meurt en 1857.

Oeuvres

Contes d’Espagne et d’Italie (1830)
Les caprices de Marianne (1833)
On ne badine pas avec l’amour (1834)
Les Nuits (1835-1837)
Poésies nouvelles (1835-1852)

Les Nuits (1835-1837)

Ce recueil peut être considéré comme le chef-d’oeuvre lyrique de Musset. Il écrit une poésie du coeur, un lyrisme très personnel, basé sur de fortes émotions. Pour Musset la poésie est la traduction immédiate et sincère des émotions et des sentiments.

Dans La Nuit de décembre, Musset fait apparaître son ‘double’ : une idée qu’il a pu emprunter à Heine et à Shakespeare ou qu’il a retrouvée dans sa propre expérience.

Il était lui-même sujet à des hallucinations et des dédoublements de personnalité.

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A dix-huit ans, Musset est l’un des principaux représentants de la jeunesse romantique. Il fait en 1830 des débuts brillants avec son recueil, les Contes d’Espagne et d’Italie.

En 1833 Musset rencontre la romancière George Sand. Ils partent ensemble pour Venise, où Musset tombe malade, et où sa maîtresse le trompe avec son médecin. Musset rentre à Paris, brisé et transformé. En 1834 il publie son chef-d’oeuvre au théâtre: Lorenzaccio.

Entre 1835 et 1840, il écrit ses plus beaux poèmes, Les Nuits. En 1836 il publie un roman d’inspiration autobiographique, La Confession d’un Enfant du Siècle. Epuisé par l’alcool et une vie désordonnée, Musset meurt à quarante-six ans.

Musset se sent un poète inspiré. La poésie, pour lui, n’est pas un art, mais un salut: elle seule peut donner un sens aux souffrances humaines, les justifier. Le poème prend racine dans l’expérience du poète, mais il dépasse l’anecdote pour exprimer les sentiments humains fondamentaux, en particulier la souffrance, source de toute vraie poésie.

Cette souffrance va de pair avec un sentiment absolu de solitude et elle est dès lors qualifiée de « mal du siècle »: on se sent seul et exclu du monde. Le jeune romantique fuit la solitude dans la débauche, qui entraîne la déchéance physique et morale. Ainsi à l’âge de trente ans Musset fait le bilan amer de sa vie dans son sonnet Tristesse:

J’ai perdu ma force et ma vie

La blessure la plus profonde est celle de l’amour malheureux. Pourtant, avec le temps la douleur se calme:

Un souvenir heureux est peut-être sur terre
Plus vrai que le bonheur.

d’après M.ECHELARD, Histoire de la littérature en France au XIXe siècle, Paris, Hatier, 1984.

Tristesse

J’ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté;
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j’ai connu la Vérité,
J’ai cru que c’était une amie ;
Quand je l’ai comprise et sentie,
J’en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d’elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d’avoir quelquefois pleuré.

Poème sans doute écrit le 14 juin 1840 à Bury et publié en décembre 1841 dans La Revue des Deux Mondes. Le thème de la souffrance chérie par l’artiste est bien sûr fréquent chez les romantiques.

QUESTIONS.

1.La Vérité est éternelle, on ne peut se passer d’elle, mais quand on la connaît, on en est dégoûté.
Voyez-vous un rapport avec l’amour malheureux de Musset? (la Vérité est d’ailleurs appelée «une amie»)

2.Comment Dieu parle-t-il au poète? Pourquoi faut-il qu’on Lui réponde, à votre avis?

La nuit de décembre.

LE POÈTE

Du temps que j’étais écolier,
Je restais un soir à veiller
Dans notre salle solitaire.
Devant ma table vint s’asseoir
Un pauvre enfant vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
Son visage était triste et beau
A la lueur de mon flambeau,
Dans mon livre ouvert il vint lire.
II pencha son front sur ma main,
Et resta jusqu’au lendemain,
Pensif, avec un doux sourire.

Comme j’allais avoir quinze ans,
Je marchais un jour, à pas lents,
Dans un bois, sur une bruyère.
Au pied d’un arbre vint s’asseoir,
Un jeune homme vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
Je lui demandai mon chemin;
Il tenait un luth d’une main,
De l’autre un bouquet d’églantine.
Il me fit un salut d’ami,
Et, se détournant à demi,
Me montra du doigt la colline.

A l’âge où l’on croit à l’amour,
J’étais seul dans ma chambre un jour,
Pleurant ma première misère.
Au coin de mon feu vint s’asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
Il était morne et soucieux;
D’une main il montrait les cieux,
Et de l’autre il tenait un glaive.
De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu’un soupir,
Et s’évanouit comme un rêve.

A l’âge où l’on est libertin,
Pour boire un toast en un festin,
Un jour je soulevai mon verre.
En face de moi vint s’asseoir
Un convive vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
Il secouait sous son manteau
Un haillon de pourpre en lambeau,
Sur sa tête un myrte stérile.
Son bras maigre cherchait le mien,
Et mon verre, en touchant le sien,
Se brisa dans ma main débile.

Un an après, il était nuit;
J’étais à genoux près du lit
Où venait de mourir mon père.
Au chevet du lit vint s’asseoir
Un orphelin vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
Ses yeux étaient noyés de pleurs;
Comme les anges de douleurs,
Il était couronné d’épine;
Son luth à terre était gisant,
Sa pourpre de couleur de sang,
Et son glaive dans sa poitrine.

Je m’en suis si bien souvenu,
Que je l’ai toujours reconnu
A tous les instants de ma vie.
C’est une étrange vision,
Et cependant, ange ou démon,
J’ai vu partout cette ombre amie.

……….

Partout où j’ai voulu dormir,
Partout où j’ai voulu mourir,
Partout où j’ai touché la terre,
Sur ma route est venu s’asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

……………………………….

Qui donc es-tu, spectre de ma jeunesse,
Pèlerin que rien n’a lassé ?
Dis-moi pourquoi je te trouve sans cesse
Assis dans l’ombre où j’ai passé.
Qui donc es-tu, visiteur solitaire,
Hôte assidu de mes douleurs ?
Qu’as-tu donc fait pour me suivre sur terre ?
Qui donc es-tu, qui donc es-tu, mon frère,
Qui n’apparais qu’au jour des pleurs ?

LA VISION

– Ami, notre père est le tien.
Je ne suis ni l’ange gardien,
Ni le mauvais destin des hommes.
Ceux que j’aime, je ne sais pas
De quel côté s’en vont leurs pas
Sur ce peu de fange où nous sommes.
Je ne suis ni dieu ni démon,
Et tu m’as nommé par mon nom
Quand tu m’as appelé ton frère;
Où tu vas, j’y serai toujours,
Jusques au dernier de tes jours,
Où j’irai m’asseoir sur ta pierre.
Le ciel m’a confié ton cœur.
Quand tu seras dans la douleur,
Viens à moi sans inquiétude.
Je te suivrai sur le chemin;
Mais je ne puis toucher ta main,
Ami, je suis la Solitude.

Cette oeuvre a été publiée pour la première fois en décembre 1835, dans La Revue des Deux Mondes. Le frère qu’évoque continuellement le poème est naturellement le double de Musset lui-même. Remarquons au passage que ce frère est chaque fois caractérisé par un objet pouvant symboliser une partie de la vie du poète.

http://www.poetes.com/musset/index.php

Le double est un thème favori des romantiques, qui apparaît aussi p.ex. chez Heine, mais qui faisait aussi déjà partie de l’univers shakespearien. Psychologiquement il semble relever de la schizophrénie, des hallucinations, visions …

Les parties de ce poème.

A. Une série d’apparitions du double.

1. L’auteur est jeune enfant et solitaire (il était poète à 14 ans !), il est consolé par la solitude (« le front sur la main »). Le « doux sourire » évoque peut-être les illusions de l’enfance. Le décor est une salle vide.

2. À ses 15 ans, la solitude lui apprend qu’il doit devenir poète (le luth), elle lui montre les difficultés (la colline) et la récompense. Le décor est une forêt, une bruyère.

3. La première déception d’amour: la solitude lui montre la souffrance, mais elle n’est pas profonde (un soupir) et elle disparaîtra. Le décor est le coin du feu.

4. Le poète veut s’oublier dans des fêtes. La solitude lui apprend que la gloire est vaine. Ici se produit la seule situation où il n’y a pas de communication, de sympathie avec le double : le verre qui se brise.

5. La mort du père. Tous les éléments précédents se trouvent ici rassemblés : la souffrance, la vaine gloire, l’inutilité de la poésie.

B.

1. Une réflexion sur le double.
Pendant toute sa vie, la solitude a été un ami malheureux.

2. L’auteur interroge le double.
Il veut savoir qui est ce « frère » qui « n’apparaît qu’aux jours des pleurs ».

3. La vision répond : elle est la solitude.
Elle l’accompagne toujours, elle est sa compagne dans la douleur, mais elle n’est -évidemment- qu’une fausse compagne, elle ne peut toucher la main du poète.

Alfred_de_musset

Alfred de Musset par Charles Landelle (1821-1908)
Alfred de Musset par Charles Landelle (1821-1908)

Musset

Source

George Barbier - On ne badine pas avec l'amour 01
Image
*Illustration de George Barbier pour On ne badine pas avec l’amour.*