Né à Mâcon, il passe sa jeunesse à la campagne en étroit contact avec la nature et sous l’influence de sa mère qui lui donne une éducation catholique.

De 1808 à 1811, il mène une vie d’aristocrate oisif, consacrée à la rêverie et à la lecture de la poésie chrétienne.

Il tente une carrière dans l’armée mais démissionne après Waterloo.

C’est la douleur d’un amour brisé pour une jeune femme malade, Mme Charles, qui lui a inspiré les Premières Méditations poétiques : du jour au lendemain, Lamartine est un poète célèbre.

Il entre dans la diplomatie et est attaché d’ambassade à Naples et à Florence. C’est pendant cette période (1819-1825) qu’il écrit la plupart des Harmonies.

En 1832, il veut raffermir sa foi et fait un voyage en Orient pour visiter les Lieux Saints : en 1836, il publie Jocelyn.

De 1833 à 1851, il est député à Mâcon et devient un des plus grands orateurs politiques de son temps. Sa carrière politique se termine en 1848 et, couvert de dettes, il doit écrire pour survivre.

Il meurt, dans l’oubli le plus complet, en 1869.

Oeuvres
Premières Méditations poétiques (1820)
La Mort de Socrate (1823)
Nouvelles Méditations poétiques (1823)
Harmonies poétiques et religieuses (1830)
Jocelyn (1836)
Les Confidences (1849)

Les Premières Méditations poétiques (1820)

Pour le public de 1820 ce petit recueil de seulement 24 poèmes était comme une révolution poétique.

Le thème principal de tous ces poèmes est celui de l’amour brisé, la plainte du coeur. Pour Lamartine ces douleurs sont inséparables du sentiment de la nature qu’il associe à son état d’âme.

Au thème de l’amour se lie le thème de l’inquiétude religieuse: certains poèmes sont consacrés à la philosophie morale et aux grands problèmes métaphysiques. Lamartine est surtout hanté par le problème de l’au-delà.

Le Lac
Ce poème est inspiré par Mme Julie Charles, immortalisée sous le nom d’Elvire, avec qui Lamartine avait rendez-vous à Aix-les-Bains. La maladie de Julie la retient à Paris et Lamartine se retrouve seul au rendez-vous. Attendri par le spectacle du lac du Bourget, le poète exprime son angoisse devant la fuite du temps.

Le Lac

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?

O lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes;
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés;
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos;
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :

“O Temps ! suspends ton vol ! et vous, heures propices,
Suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

“Assez de malheureux ici-bas vous implorent :
Coulez, coulez pour eux;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent;
Oubliez les heureux.

“Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit;
Je dis à cette nuit : “Sois plus lente”; et l’aurore
Va dissiper la nuit.

“Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive;
Il coule, et nous passons !”

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus ?
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus ?

Eternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

O lac ! roches muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui perdent sur tes eaux !

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés !

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : “Ils ont aimé !”

L’automne (extrait)

L’automne

Salut, bois couronnés d’un reste de verdure,
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards.

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire;
J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois.

Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire,
A ses regards voilés je trouve plus d’attraits;
C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais.

Ainsi, prêt à quitter l’horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d’un regard d’envie
Je contemple ses biens dont je n’ai pas joui.

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau;
L’air est si parfumé ! la lumière est si pure !
Aux regards d’un mourant le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu’à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel :
Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel !

Peut-être l’avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l’espoir est perdu !
Peut-être, dans la foule, une âme que j’ignore
Aurait compris mon âme, et m’aurait répondu ! …

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire;
A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux :
Moi, je meurs; et mon âme, au moment qu’elle expire,
S’exhale comme un son triste et mélodieux.

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Le Lac – Observations
Lamartine écrivit cette méditation sur les bords du lac du Bourget en attendant Elvire qui ne vint pas et mourut peut de temps après sans qu’il pût la revoir. Mais les circonstances précises de ce poème pourraient être ignorées et il garderait toute sa beauté. Il traduit une idée générale, une idée humaine, indépendante des temps et des lieux: nos joies passent rapides; la nature qui leur sert de cadre en gardera-t-elle le souvenir? Comment le poète traduit-il cette impuissance de l’homme à retenir le bonheur? De quoi est faite la prière qu’il adresse à la nature pour lui demander de garder le souvenir de son bonheur?

Lamartine ose espérer que la nature n’oubliera pas. Victor Hugo (La Tristesse d’Olympio) et Alfred de Musset (Le Souvenir) sont frappés par son indifférence ou par son ironie: elle est pour eux un cadre inanimé que Dieu nous prête et qui se transforme continuellement.

Source: Calvet.

Lamartine
Source

Lamartine


Lamartine naquit à Mâcon en 1790. Il passa son enfance et sa jeunesse à la campagne, dans le domaine de Milly, où il pouvait rêver et écrire des vers à la mode. La mort d’Elvire (une inconnue) sera pour lui la source d’une poésie nouvelle, Les Méditations (1820).

En 1816 il se trouva à Aix-en-Savoie, près du Lac du Bourget. Il y rencontra Mme Charles, malade et mélancolique, pour laquelle il conçut un amour profond. Sa mort prématurée le jeta dans un morne abattement.

Nommé secrétaire d’ambassade en Italie, il se maria et publia successivement les Nouvelles Méditations et les Harmonies poétiques et religieuses.

En 1833 il devint député, adhérant à un idéalisme démocratique assez vague. Il contribua à renverser la monarchie de juillet. En 1848 il fut pendant un mois le dictateur de la France. Après le coup d’Etat du 2 décembre 1851, ou Napoléon III prit le pouvoir, il vécut dans la retraite avec de graves soucis d’argent. Il mourut un peu oublié en 1869.

Les Méditations furent le premier recueil de poèmes qui répondît aux nouveaux besoins de sensibilité et de mélancolie qui avaient déjà trouvé leur expression dans la prose de Chateaubriand. Cette mélancolie désigne une tristesse élégante, sans cause et sans remède, une tristesse qui ne veut pas guérir. L’homme aspire (religieusement?) à l’infini d’où il est sorti et il souffre d’en être exilé. Il retrouve un écho de cet infini dans la nature, accueillante, douce et harmonieuse.

d’après J.CALVET, Petite Histoire de la littérature française, Paris, J.De Gigord, 1966 et BESANCON & STRUIK, Abrégé de l’histoire de la littérature française, Groningen, Wolters, 1933.

Le lac (Méditations poétiques)

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour?

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :

« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent,
Oubliez les heureux.

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente; et l’aurore
Va dissiper la nuit.

« Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive;
Il coule, et nous passons ! »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

Ce poème, d’abord intitulé Ode au lac de Bourget, a été composé entre le 27 août et le début du mois de septembre 1817. L’oeuvre a été créée sous le choc de la mort de Julie Charles que Lamartine devait revoir aux bords de ce lac après un an d’absence. La voix chère qui prend la parole au milieu du poème évoque bien entendu celle de Julie Charles. En 1849, Lamartine a rédigé ce commentaire à propose de son poème:

Le commentaire de cette Méditation se trouve tout entier dans l’histoire de Raphaël, publiée par moi. C’est celle de mes poésies qui a eu le plus de retentissement dans l’âme de mes lecteurs, comme elle en avait eu le plus dans la mienne. La réalité est toujours plus poétique que la fiction ; car le grand poète, c’est la nature. On a essayé mille fois d’ajouter la mélodie plaintive de la musique au gémissement de ces strophes. On a réussi une seule fois. Niedermeyer a fait de cette ode une touchante traduction en notes. J’ai entendu chanter cette romance, et j’ai vu les larmes qu’elle faisait répandre. Néanmoins, j’ai toujours pensé que la musique et la poésie se nuisaient en s’associant. Elles sont l’une et l’autre des arts complets : la musique porte en elle son sentiment, de beaux vers portent en eux leur mélodie.

source: http://www.poetes.com/lamartine/lac.htm

QUESTIONS.

1. Quel thème est annoncé dans la première strophe?
2. Indiquez les passages où la nature se joint aux sentiments du poète.
3. Comparez ce poème à Ode à Cassandre de Ronsard? Quelle attitude philosophique retrouvez-vous deux fois?

Liens

Lamartine - Le Papillon

De vlinder

Geboren met de lente, gestorven met de rozen:
In een reine hemel drijven op de vleugels van de bries;
Gewiegd op buik van bloemen, nog nauwelijks ontloken,
Zich bedwelmen met geuren, met licht en hemelsblauw;
Schudden, in zijn jeugd nog, het poeder van zijn vleugels;
Wegvliegen als een zucht naar ‘t eeuwig hemelgewelf:
Dàt is van de vlinder het toverachtig lot.
Hij lijkt op het verlangen, dat zijn rust nooit vindt,
En zonder zich te verzadigen, aan alles even raakt,
Om tenslotte in de hemel zijn vervulling te gaan zoeken.

Vertaling: À la française 15/02/07

Lamartine

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