Les sentiments populaires et la chanson – Béranger

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Béranger, avec ses Chansons est, entre 1815 et 1833, le poète de la bourgeoisie et du peuple. Cet enfant de Paris exprima d’abord, sous la Restauration qui l’en punit par des amendes et des emprisonnements, le souvenir que le peuple gardait fidèlement à la gloire de la Révolution et du premier Empire, — puis, après 1830, les idées nouvelles de pitié envers les misérables et de fraternité. Les Chansons de Béranger sont des modèles du genre par leur simplicité et leur conception toute dramatique.

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La Lisette de Béranger

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« Grand Dieu, combien elle était jolie! » rêvait en musique le fameux chansonnier Béranger (1780-1857). Elle, c’était Judith Frère, qu’il connut à seize ans et à laquelle il voua jusqu’à sa mort une délicate tendresse. Elle s’est occupée de lui pendant toute une existence où il fit, dit-on, moins de folies et courtisa moins de lisettes qu’il n’en chanta. Très affecté par la disparition de sa Judith, le chansonnier, qui avait connu la gloire populaire la plus étourdissante, mourut trois mois après sa douce amie.

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Le Roi d’Yvetot

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Le Roi d’Yvetot

Il était un roi d’Yvetot
Peu connu dans l’histoire,
Se levant tard, se couchant tôt,
Dormant fort bien sans gloire,
Et couronné par Jeanneton
D’un simple bonnet de coton,
Dit-on.
Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah !
Quel bon petit roi c’était là !
La, la.

Il faisait ses quatre repas
Dans son palais de chaume,
Et sur un âne, pas à pas,
Parcourait son royaume.
Joyeux, simple et croyant le bien,
Pour toute garde il n’avait rien
Qu’un chien.
Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah !
Quel bon petit roi c’était là !
La, la.

Il n’avait de goût onéreux
Qu’une soif un peu vive ;
Mais, en rendant son peuple heureux,
Il faut bien qu’un roi vive.
Lui-même, à table et sans suppôt,
Sur chaque muid levait un pot
D’impôt.
Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah !
Quel bon petit roi c’était là !
La, la.

Aux filles de bonnes maisons
Comme il avait su plaire,
Ses sujets avaient cent raisons
De le nommer leur père :
D’ailleurs il ne levait de ban
Que pour tirer, quatre fois l’an,
Au blanc.
Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah !
Quel bon petit roi c’était là !
La, la.

Il n’agrandit point ses états,
Fut un voisin commode,
Et, modèle des potentats,
Prit le plaisir pour code.
Ce n’est que lorsqu’il expira
Que le peuple, qui l’enterra,
Pleura.
Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah !
Quel bon petit roi c’était là !
La, la.

On conserve encor le portrait
De ce digne et bon prince ;
C’est l’enseigne d’un cabaret
Fameux dans la province.
Les jours de fête, bien souvent,
La foule s’écrie en buvant
Devant :
Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah !
Quel bon petit roi c’était là !
La, la.

Pierre-Jean de Béranger, 1813.

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