C’est un roman social dans lequel Hugo pose que la société est responsable de la décadence des infortunés. Seules l’instruction, la justice sociale et la charité évangélique pourraient les sauver.
C’est aussi un roman épique qui contient de grandes épisodes épiques comme l’émeute de juin.

Jean Valjean a été condamné au bagne pour avoir volé du pain. A sa libération son passeport d’ancien forçat le rend suspect et il est en train de devenir un vrai criminel. Une rencontre avec l’évêque Mgr. Myriel -à qui il vole de l’argenterie mais qui le disculpe en disant qu’il le lui avait donné- va transformer ce paria qui décide de se réhabiliter.
Il va s’installer dans le Pas-de-Calais sous le nom de Monsieur Madeleine et s’enrichit honnêtement. Il devient même maire et reçoit la Légion d’honneur. Seul le policier Javert croit reconnaître en lui un ancien forçat . Lorsqu’un innocent est accusé d’être Jean Valjean, le pseudo Monsieur Madeleine se rend au Assises et se dénonce. Avant de se livrer à la justice, il avait encore aidé Fantine et il lui avait promis de prendre soin de sa fille Cosette qui devient sa raison de vivre.
Il s’échappe du bagne mais Javert est sur ses traces.
Jean Valjean sauve la vie de Javert lors d’une émeute à Paris mais ce dernier le laisse s’échapper.
Jean Valjean sauve encore Marius Pontmercy, un étudiant, qui pourra ainsi épouser Cosette.
Encore une fois, Javert retrouve la trace du forçat mais il ne peut pas se décider à l’arrêter : il se suicide, désespéré d’avoir trahi son devoir.
Marius apprend que Jean Valjean est un ancien forçat et il éloigne Cosette de son père qui peut mourir comme un saint.

Extrait (La mort de Gavroche)

Une manifestation républicaine se termine en émeute. Hugo groupe les principaux personnages du roman derrière une barricade dans le quartier des Halles : Jean Valjean, Marius, Javert et le petit Gavroche…

Il rampait à plat ventre, galopait à quatre pattes, prenait son panier aux dents, se tordait, glissait, ondulait, serpentait d’un mort à l’autre, et vidait la giberne ou la cartouchière comme un singe ouvre une noix.
De la barricade, dont il était encore assez près, on n’osait lui crier de revenir, de peur d’appeler l’attention sur lui.
Sur un cadavre, qui était un caporal, il trouva une poire à poudre.
-Pour la soif, dit-il, en la mettant dans sa poche.
A force d’aller en avant, il parvint au point où le brouillard de la fusillade devenait transparent.
Si bien que les tirailleurs de la ligne rangés et à l’affût derrière leur levée de pavés, et les tirailleurs de la banlieue massés à l’angle
de la rue, se montrèrent soudainement quelque chose qui remuait dans la fumée.
Au moment où Gavroche débarrassait de ses cartouches un sergent gisant près d’une borne, une balle frappa le cadavre.
-Fichtre ! fit Gavroche. Voilà qu’on me tue des morts.
Une deuxième balle fit étinceler le pavé à côté de lui. Une troisième renversa son panier. Gavroche regarda, et vit que cela venait de la banlieue.
Il se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l’oeil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il
chanta :

On est laid à Nanterre,
C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C’est la faute à Rousseau.


Puis, il ramassa son panier, y remit; sans perdre une seule, les cartouches qui étaient tombées, et, avançant vers la fusillade, alla dépouiller une autre giberne. Là une quatrième balle le manqua encore. Gavroche chanta :

Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.


Une cinquième balle ne réussit qu’à tirer de lui un troisième couplet :

Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C’est la faute à Rousseau.


Cela continua ainsi quelque temps.
Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l’air de s’amuser beaucoup. C’était le
moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s’effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d’anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait; lui, il chantait. Ce n’était pas un enfant, ce n’était pas un homme; c’était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu’elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort; chaque fois que la face camarde du spectre s’approchait, le gamin lui donnait une pichenette.
Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s’affaissa. Toute la barricade poussa un cri; mais il y avait de l’Antée dans ce pygmée; pour le gamin toucher le pavé, c’est comme pour le géant toucher la terre; Gavroche n’était tombé que pour se redresser; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l’air, regarda du côté d’où était venu le coup, et se mit à chanter :

Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à …


Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court.
Cette fois il s’abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s’envoler.

Victor Hugo

Vocabulaire

Gavroche : c’est le fils des Thénardier, un couple de malfaiteurs, à qui Jean Valjean avait arraché la jeune Cosette.

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