Notice biographique

Les Goncourt sont un cas spécial dans la littérature car il s’agit de deux frères : Edmond (1822 – 1896) et Jules (1830 – 1870) de Goncourt. Ensemble, ils commencent à écrire des études sur le XVIIIème siècle.

A la mort de son frère en 1870, Edmond de Goncourt continue seul leur oeuvre commune. Chaque semaine il groupe des amis au Grenier des Goncourt. Ils discutent de l’actualité littéraire.

C’est là qu’est née l’Académie des Goncourt, instituée par son testament en 1884. Cette académie délivrera chaque année un prix, le prix Goncourt, au meilleur roman.

Oeuvres

Soeur Philomène (1861)
Manette Salomon (1867)
Chérie (1884)

Leur intérêt

Les études des frères Goncourt, basées sur une documentation minutieuse, donnent une description exacte du mobilier, des moeurs et de l’art du XVIIIème siècle.

Leurs personnages sont empruntés à la réalité et pour les milieux, ils vont se documenter sur place.

Par horreur du banal, ils cherchent l’exotique et le monstrueux qu’ils étudient de façon scientifique.

Les descriptions manquent souvent de naturel et sont surchargées parce qu’ils voulaient combiner les impressions de l’un et de l’autre.

Dans leur style et leur vocabulaire, ils recherchent des termes rares, ils créent des néologismes et ont recours à des rythmes évocateurs.

Soeur Philomène (1861)

C’est l’histoire d’une infirmière à l’hôpital de Rouen. Avant de l’écrire, les frères Goncourt ont passé plusieurs jours dans les salles d’hôpitaux.

Les scènes du roman retracent la vie à l’hôpital, les conversations des malades, les visites du médecin en chef.

Extrait

La salle est haute et vaste. Elle est longue, et se prolonge dans une ombre où elle s’enfonce sans finir.

Il fait nuit. Deux poêles jettent par leur porte ouverte une lueurrouge. De distance en distance, des veilleuses, dont la petite flamme décroît à l’oeil, laissent tomber une traînée de feu sur le carreau luisant. Sous leurs lueurs douteuses et vacillantes, les rideaux
blanchissent confusément à droite et à gauche contre les murs, des lits s’éclairent vaguement, des files de lits apparaissent à demi que la nuit laisse deviner. A un bout de la salle, dans les profondeurs noires, quelque chose semble pâlir, qui a l’apparence d’une vierge de plâtre.

L’air est tiède, d’une tiédeur moite. Il est chargé d’une odeur fade, d’un goût écoeurant de cérat échauffé et de graine de lin bouillie. Tout se tait. Rien ne bruit, rien ne remue. La nuit dort, le silence plane. A peine si, de loin en loin, il sort de l’ombre immobile et muette un frippement étouffé, une plainte éteinte, un soupir … Puis la salle retombe dans une paix sourde et mystérieuse.

Là-bas où une lampe à bec est posée, à côté d’un petit livre de prières, sur une chaise dont elle éclaire la paille, une grosse fille qui a les deux pieds appuyés au bâton de la chaise se lève, les cheveux ébouriffés par le sommeil, du grand fauteuil recouvert avec un drap blanc, où elle se tenait somnolente. Elle passe comme une silhouette, sur la lumière de la lampe, va à un poêle, prend la pointe de fer posée sur la cendre chaude, remue et tracasse deux ou trois fois le charbon de terre, revient à son fauteuil, repose ses pieds sur le bâton de la chaise et s’allonge de côté.

Le feu, avivé, rayonne plus rouge. Dans leur godet de verre allongé, pendu à deux branches de fer arrondies, les veilleuses s’éteignent et se raniment. Leur lumignon se lève et abaisse, comme un souffle, sur l’huile lumineuse et transparente. Le fumivore qui se balance à leur flamme mobile, projette sur les poutrelles du plafond une ombre énorme dont le cercle s’agite et remue sans cesse. Au-dessous, à droite et à gauche, la lumière coule mollement, du verre suspendu, sur le pied des lits, sur la bande de toile froncée qui les couronne, sur les rideaux dont elle jette l’ombre en écharpe au travers d’un corps pelotonné sous une couverture. Les formes, les lignes s’ébauchent en tremblant dans le demi-jour incertain qui les baigne, tandis qu’entre les lits, les fenêtres hautes, mal voilées par les rideaux, laissent passer la clarté bleuâtre d’une belle nuit d’hiver sereine et glacée.

De veilleuse en veilleuse, la perspective s’éloigne, les images s’effacent et se confondent. Aux endroits où la clarté de l’une cesse et où la clarté de celle qui suit ne luit pas encore, de grandes ombres noires se lèvent toutes droites et se joignent au plafond, mettant la nuit aux deux côtés de la salle. Au-delà, l’oeil perçoit encore une confuse blancheur; puis la nuit revient, une nuit opaque où tout disparaît.

Vocabulaire
le cérat: un onguent
le fumivore: appareil destiné à absorber la fumée

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Edmond de Goncourt (1822-1896)
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Jules de Goncourt
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