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Gustave Flaubert – Liens


Notice biographique

Flaubert est né à Rouen et a passé sa jeunesse à l’Hôtel-Dieu où son père était chirurgien. C’est à lui qu’il doit sa méticuleuse observation scientifique.

Il commence sans enthousiasme des études de droit qu’il doit abandonner à cause de sa faible santé. C’est alors qu’il se consacre tout entier aux lettres.

Flaubert a voyagé beaucoup – l’Orient, l’Egypte, la Grèce, l’Italie – et rapporte de tous ces pays de nombreux documents de couleur locale qui lui serviront dans ses romans ultérieurs.

Oeuvres
Education sentimentale (1845)
Madame Bovary (1857)
Salammbô (1862)

Son intérêt

Flaubert a voulu étendre l’observation scientifique à la psychologie: multiplier les observations afin de peindre les choses dans leur réalité.

Ses romans s’inspirent d’événements réels et il se livre donc à de vastes enquêtes sur les personnages, leur conduite et les lieux où ils ont vécu.

En plus, Flaubert est un styliste remarquable qui a la passion de la perfection.

Il continue à réécrire ses phrases, les lisait à haute voix pour écouter leur rythme et l’harmonie des sons. Il a dit lui même : “Que je crève comme un chien plutôt que de hâter d’une seconde ma phrase qui n’est pas mûre”, et encore : “J’arriverai, j’en ai peur, à ne plus oser écrire une ligne”.

Madame Bovary (1857)

Le fait historique: la femme infidèle d’un médecin finit par s’empoisonner. Le médecin, Eugène Delamare, lui-même meurt de chagrin.

Flaubert s’est inspiré d’une aventure réelle et nous la décrit avec exactitude scientifique: M. et Mme Bovary sont le portrait à peu près exact de M. et Mme Delamare.

Le décor – la pharmacie, l’auberge, la diligence – est minutieusement décrit.

Les personnages sont peints avec une parfaite objectivité: leurs idées, leurs sentiments, leur langue.

Contenu

Charles Bovary obtient avec beaucoup de difficulté son diplôme d’officier de santé et s’installe à Rouen où il épouse une veuve âgée mais riche. A la mort de sa femme, il épouse Emma Rouault, une jeune fille romantique qui croit atteindre la vie brillante en se mariant. Elle ne tarde pas à être déçue par la médiocrité de son mari.

Lors d’un bal au château (extrait), elle voit le luxe et devient malade. Son mari pense qu’un changement d’air lui fera du bien et accepte un poste à Yonville. Emma y trouve la même médiocrité qu’à Rouen et elle devient fantasque. Elle se laisse séduire par Rodolphe Boulanger et connaît une période de plein bonheur. Elle lasse bientôt Rodolphe par son excès de passion.

De retour à Rouen, la dégradation commence : elle se livre à des extravagances et fait des dettes à l’insu de son mari. Traquée de tous côtés, elle vole de l’arsenic chez le pharmacien, Homais, et s’empoisonne. Son mari meurt de chagrin.

Extrait

Comment était-ce Paris ? Quel nom démesuré ! Elle se le répétait à demi-voix, pour se faire plaisir; il sonnait à ses oreilles comme un bourdon de cathédrale; il flamboyait à ses yeux jusque sur l’étiquette de ses pots de pommade.

La nuit, quand les mareyeurs, dans leurs charrettes, passaient sous ses fenêtres en chantant la Marjolaine, elle s’éveillait; et, écoutant le bruit des roues ferrées qui, à la sortie du pays, s’amortissait vite sur la terre :

– Ils y seront demain ! se disait-elle.

Et elle les suivait dans sa pensée, montant et descendant les côtes, traversant les villages, filant sur la grande route à la clarté des
étoiles. Au bout d’une distance indéterminée, il se trouvait toujours une place confuse où expirait son rêve.

Elle s’acheta un plan de Paris, et, du bout de son doigt, sur la carte, elle faisait des courses dans la capitale. Elle remontait les boule-
vards, s’arrêtant à chaque angle, entre les lignes des rues, devant les carrés blancs qui figurent les maisons. Les yeux fatigués, à la fin, elle fermait ses paupières, et elle voyait dans les ténèbres se tordre au vent des becs de gaz, et des marchepieds de calèches qui se déployaient à grand fracas devant le péristyle des théâtres.

Elle s’abonna à la Corbeille, journal des femmes, et au Sylphe des Salons. Elle dévorait, sans en rien passer, tous les comptes rendus de premières représentations, de courses et de soirées, s’intéressait au début d’une chanteuse, à l’ouverture d’un magasin. Elle savait les modes nouvelles, l’adresse des bons tailleurs, les jours de Bois ou d’Opéra.

Elle étudia, dans Eugène Sue, des descriptions d’ameublements; elle lut Balzac et George Sand, y cherchant des assouvissements imaginaires pour ses convoitises personnelles. A table même, elle apportait son livre, et elle tournait les feuillets, pendant que Charles mangeait en lui parlant. Le souvenir du Vicomte revenait toujours dans ses lectures.

Entre lui et les personnages inventés, elle établissait des rapprochements. Mais le cercle dont il était le centre peu à peu s’élargit autour de lui, et cette auréole qu’il avait, s’écartant de sa figure, s’étala plus au loin, pour illuminer d’autres rêves.

Paris, plus vaste que l’Océan, miroitait donc aux yeux d’Emma dans une atmosphère vermeille. La vie nombreuse qui s’agitait en ce tumulte y était cependant divisée par parties, classée en tableaux distincts. Emma n’en apercevait que deux ou trois qui lui cachaient tous les autres et représentaient à eux seuls l’humanité complète. Le monde des ambassadeurs marchait sur des parquets luisants, dans des salons lambrisés de miroirs, autour des tables ovales couvertes d’un tapis de velours à crépines d’or. Il y avait là des robes à queue, de grands mystères, des angoisses dissimulées sous des sourires. Venait ensuite la société des duchesses : on y était pâle; on se levait à quatre heures; les femmes, pauvres anges ! portaient du point d’Angleterre au bas de leur jupon, et les hommes, capacités méconnues sous des dehors futiles, crevaient leurs chevaux par partie de plaisir, allaient passer à Bade la saison d’été, et, vers la quarantaine, enfin, épousaient des héritières. Dans les cabinets de restaurants où l’on soupe après minuit riait , à la clarté des bougies, la foule bigarrée des gens de lettres et des actrices. Ils étaient, ceux-là, prodigues comme des rois, pleins d’ambitions idéales et des delires fantastiques. C’était une existence au-dessus des autres, entre ciel et terre, dans les orages, quelque chose de sublime. Quant au reste du monde, il était perdu, sans place précise et comme n’existant pas. Plus les choses, d’ailleurs, étaient voisines, plus sa pensée s’en détournait. Tout ce qui l’entourait immédiatement, campagne ennuyeuse, petits bourgeois imbéciles, médiocrité de l’existence, lui semblait une exception dans le monde, un hasard particulier où elle se trouvait prise, tandis qu’au delà s’étendait à perte de vue l’immense pays des félicités …


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