• Madame Bovary

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    Une éducation romantique

    Elle avait lu Paul et Virginie et elle avait rêvé la maisonnette de bambous, le nègre Domingo, le chien Fidèle, mais surtout l’amitié douce de quelque bon petit frère qui va chercher pour vous des fruits rouges dans des grands arbres plus hauts que des clochers, ou qui court pieds nus sur le sable, vous apportant un nid d’oiseau.

    Lorsqu’elle eut treize ans, son père l’amena lui-même à la ville, pour la mettre au couvent.

    Quelques-unes de ses camarades apportaient au couvent les keepsakes qu’elles avaient reçus en étrennes; c’était une affaire: on les lisait au dortoir…

    Elle frémissait, en soulevant de son haleine le papier de soie des gravures, qui se levait à demi-plié et retombait doucement contre la page. C’était, derrière la balustrade d’un balcon, un jeune homme en court manteau qui serrait dans ses bras une jeune fille en robe blanche portant une aumônière à sa ceinture; ou bien les portraits anonymes de quelques ladies anglaises à boucles blondes qui, sous leur chapeau de paille rond, vous regardent avec leurs grands yeux clairs. On en voyait d’étalées dans des voitures, glissant au milieu des parcs, où un lévrier sautait devant l’attelage que conduisaient au trot deux petits postillons en culotte blanche. D’autres rêvant sur des sofas près d’un billet décacheté, contemplaient la lune par la fenêtre entr’ouverte.

    Gustave Flaubert, Madame Bovary

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    Gustave Flaubert

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