JM_de_Heredia

Notice biographique

D’origine cubaine, de Hérédia se fixe de bonne heure en France où il étudie l’histoire et la littérature.

Il est l’ami et le disciple de Leconte de Lisle et publie ses sonnets dans le Parnasse contemporain.

Il rassemble ses 118 sonnets en 1893 dans Les Trophées.

En 1894 il entre à l’Académie française.

Les Trophées (1893)

Hérédia évoque des civilisations disparues : de l’antiquité grecque aux temps modernes.

Il veut que chaque sonnet soit un véritable tableau illustré par ses lectures et ses impressions personnelles.

C’est surtout la maîtrise technique qui fait l’originalité de Hérédia.

Il recherche des mots évocateurs qui retiennent l’attention du lecteur par leur sonorité ou leur rareté.

La rime est riche; le rythme souple ou harcelé; il respecte la césure à l’hémistiche.

Il recherche un dernier vers triomphal qui frappe l’imagination ou qui accentue encore plus le jeu rythmique.

Les plus beaux sonnets de Hérédia sont surtout des réussites techniques.

Le poète est attaché à son pays natal et à son ancêtre, don Pedro de Hérédia qui était un compagnon de Cortez et le fondateur de Carthagène des Indes en 1533.

Les Conquérants

Comme un vol de gerfauts, hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit en ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L’azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d’un mirage doré;

Ou penchés à l’avant des blanches caravelles
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles.

Vocabulaire

un gerfaut : grand faucon utilisé à la chasse au Moyen Age
le charnier : l’aire où les faucons apportent leur proie
de Palos de Moguer : Christophe Colomb s’embarque en 1492 à Palos
les routiers : les soldats aventuriers
Cipango : nom que Christophe Colomb donnait au Japon
les vents alizés : vents d’Est en Ouest dans la zone tropicale
les antennes : vergues qui soutenaient les voiles
les caravelles : sorte de bateaux à grandes voiles blanches
les étoiles nouvelles : les constellations de l’hémisphère sud

Le récif de corail

Le soleil, sous la mer, mystérieuse aurore,
Eclaire la forêt des coraux abyssins
Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins,
La bête épanouie et la vivante flore.

Et tout ce que le ciel ou l’iode colore,
Mousse, algue chevelue, anémones, oursins,
Couvre de pourpre sombre en somptueux dessins,
Le front vermiculé du pâle madrépore.

De sa splendide écaille éteignant les émaux,
Un grand poisson navigue à travers les rameaux.
Dans l’onde transparente indolemment il rôde;

Et, brusquement, d’un coup de sa nageoire en feu
Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu,
Courir un frisson d’or, de nacre et d’émeraude.

Vocabulaire

vermiculé : qui représente des traces de vers
madrépore : colonie de mollusques du genre étoile de mer
rôder : errer


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