Le roman est basé sur des faits réels : une guerre générale à Anzin et une visite aux mines du Nord. Zola avait noté, sur des centaines de fiches, ses impressions du moment.

Germinal est l’histoire des mineurs et est considéré comme le chef-d’oeuvre de Zola.

Contenu

Etienne Lantier est le fils de Gervaise Macquart et il travaille comme mécanicien dans les mines de Montsou.

Les mineurs gagnent misérablement leur vie et des conflits les opposent à la Compagnie qui veut leur imposer des conditions plus draconiennes encore.

Fervent adepte du marxisme, Etienne lutte pour améliorer les conditions des ouvriers. Une grève éclate : Etienne ne peut pas contrôler les ouvriers affamés et ils détruisent les installations. La police doit intervenir et tire sur les mineurs.

Au bout de trois mois, les mineurs capitulent et reprennent le travail.

Une catastrophe provoquée par le nihiliste Souvarine ensevelit des équipes entières. Lantier peut s’en sortir quoique grièvement blessé. Rétabli, il quitte la mine et va à Paris où il va se consacrer à l’émancipation des travailleurs.

Extrait

Les mineurs sont payés par berline de charbon. Pour augmenter leurs salaires ils négligent le boisage des galeries, un travail qui demande beaucoup de temps et qui n’est pas rémunéré. La Compagnie répond par des mesures draconiennes : elle inflige aux mineurs de lourdes amendes et décide de payer le boisage à part. Ce système entraîne automatiquement une baisse du prix de la berline de charbon. C’est la grève. Les mineurs tentent une dernière démarche auprès de M. Hennebeau, le directeur.

Enfin, M. Hennebeau entra, boutonné militairement, portant à sa redingote le petit noeud correct de sa décoration. Il parla le premier.
– Ah, vous voilà ! … Vous vous révoltez, à ce qu’il paraît ! Et il s’interrompit, pour ajouter avec une raideur polie :
– Asseyez-vous, je ne demande pas mieux que de causer.
Les mineurs se tournèrent, cherchèrent des sièges du regard. Quelques-uns se risquèrent sur les chaises, tandis que les autres, inquiétés par les soies brodées, préféraient se tenir debout.
Il y eut un silence. M. Hennebeau, qui avait roulé son fauteuil devant la cheminée, les dénombrait vivement, tâchait de se rappeler leurs visages. Il venait de reconnaître Pierron, caché au dernier rang, et ses yeux s’étaient arrêtés sur Etienne, assis en face de lui.
– Voyons, demanda-t-il, qu’avez-vous à me dire ?
Il s’attendait à voir le jeune homme prendre la parole, et il fut tellement surpris de voir Maheu s’avancer, qu’il ne put s’empêcher d’ajouter encore :
– Comment ! C’est vous, un bon ouvrier qui s’est toujours montré si raisonnable, un ancien de Montsou dont la famille travaille au fond depuis le premier coup de pioche …
Ah ! c’est mal ! Ça me chagrine que vous soyez à la tête des mécontents !
Maheu écoutait, les yeux baissés. Puis, il commença, la voix hésitante et sourde d’abord:
– Monsieur le Directeur, c’est justement parce que je suis un homme tranquille, auquel on n’a rien à reprocher, que les camarades m’ont choisi. Cela doit vous prouver qu’il ne s’agit pas d’une révolte de tapageurs, de mauvaises têtes cherchant à faire du désordre. Nous voulons seulement la justice, nous sommes las de crever de faim, et il nous semble qu’il serait temps de s’arranger, pour que nous ayons au moins du pain tous les jours.
Sa voix se raffermissait. Il leva les yeux, il continua en regardant le directeur :
– Vous savez bien que nous ne pouvons accepter votre nouveau système …
On nous accuse de mal boiser. C’est vrai, nous ne donnons pas à ce travail le temps nécessaire. Mais, si nous le donnions, notre journée se trouverait réduite encore, et comme elle n’arrive déjà pas à nous nourrir, ce serait donc la fin de tout, le coup de torchon qui nettoierait vos hommes. Payez-nous davantage, nous boiserons mieux, nous mettrons aux bois les heures voulues, au lieu de nous acharner à l’abattage, la seule besogne productive. Il n’y a pas d’autre arrangement possible, il faut que le travail soit payé pour être fait … Et qu’est-ce que vous avez inventé à la place ? Une chose qui ne peut pas nous entrer dans la tête, voyez-vous ! Vous baissez le prix de la berline, puis vous prétendez compenser cette baisse en payant le boisage à part. Si cela était vrai, nous n’en serions pas moins volés, car le boisage nous prendrait toujours plus de temps.
Mais ce qui nous enrage, c’est que cela n’est pas même vrai : la Compagnie ne compense rien du tout, elle met simplement deux centimes par berline dans sa poche, voilà !
– Oui, oui, c’est la vérité, murmurèrent les autres délégués, en voyant M. Hennebeau faire un geste violent comme pour interrompre.
Du reste, Maheu coupa la parole au directeur. Maintenant, il était lancé, les mots venaient tout seuls. Par moments, il s’écoutait avec surprise, comme si un étranger avait parlé en lui. C’étaient des choses amassées au fond de sa poitrine, des choses qu’il ne savait même pas là, et qui sortaient, dans un gonflement de son coeur. Il disait leur misère à tous, le travail dur, la vie de brute, la femme et les petits criant la faim à la maison. Il cita les dernières payes désastreuses, les quinzaines dérisoires, mangées par les amendes et les chômages, rapportées aux familles en larmes. Est-ce qu’on avait résolu de les détruire ?
– Alors, Monsieur le Directeur, finit-il par conclure, nous sommes donc venus vous dire que, crever pour crever, nous préférons crever à ne rien faire. Ce sera de la fatigue de moins … Nous avons quitté les fosses, nous ne redescendrons que si la Compagnie accepte nos conditions. Elle veut baisser le prix de la berline, payer le boisage à part. Nous autres, nous voulons encore qu’on donne cinq centimes de plus par berline … Maintenant, c’est à vous de voir si vous êtes pour la justice et pour le travail.
Des voix, parmi les mineurs, s’élevèrent :
– C’est cela … Il a dit notre idée à tous … Nous ne demandons que la raison.
D’autres, sans parler, approuvaient d’un hochement de la tête. La pièce luxueuse avait disparu, avec ses ors et ses broderies, son entassement mystérieux d’antiquailles; et ils ne sentaient même plus le tapis qu’ils écrasaient sous leurs chaussures lourdes.

Vocabulaire

les quinzaines : le salaire de deux semaines
les antiquailles : mot à sens péjoratif : les objets anciens

Exercice

1. Est-ce que Maheu explique seulement les causes de mécontentement des ouvriers ou va-t-il plus loin encore ?
2. Quelle est la conclusion de l’exposé de Maheu ?


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