Guy de Maupassant 02

Guy de Maupassant



Notice biographique

Né en 1850, près de Dieppe, il connaît d’abord une vie heureuse et apprend à connaître la campagne normande et ses paysans.

En 1871, il devient commis dans un ministère. C’est entre 1871 et 1880 que se développe sa carrière littéraire : pendant 7 ans il se confie à Flaubert, un ami d’enfance de sa mère. C’est Flaubert qui surveille et dirige ses lectures et ses activités littéraires. Il le présente à Zola, à Daudet et à Huysmans.

Sa première nouvelle, publiée en 1880, Boule de Suif lui vaut son premier succès.

De 1880 à 1891, il publiera environ 300 nouvelles et 6 romans.

A partir de 1887 il se sent atteint de troubles nerveux qui le conduisent à la folie et à son internement en 1891. Il meurt en 1893 sans avoir retrouvé sa lucidité.

Oeuvres
Clair de Lune (1884)
Toine (1885)
Bel Ami (1885)

Son intérêt

Maupassant est surtout un conteur.

Il recherche l’objectivité dans ses observations, mais veille à ne rien livrer de lui-même et à ne traduire aucune tendance sociale.

Son style est sobre et simple.


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La Peur

Maupassant est un maître du conte fantastique et son art rappelle celui d’Edgar Poe.

Les contes de la peur et de l’angoisse ont été écrits dans ses dernières années et sont pleins d’hallucinations, inspirées par sa maladie nerveuse.

Extrait

Les ténèbres étaient profondes. Je ne voyais rien devant moi, ni autour de moi, et toute la branchue des arbres entrechoqués emplissait la nuit d’une rumeur incessante. Enfin, j’aperçus une lumière, et bientôt mon compagnon heurtait une porte. Des cris aigus de femmes nous répondirent. Puis, une voix d’homme, une voix étranglée demanda : “Qui va là ?”

Mon guide se nomma. Nous entrâmes. Ce fut un inoubliable tableau.

Un vieil homme à cheveux blancs, à l’oeil fou, le fusil chargé dans la main, nous attendait debout au milieu de la cuisine, tandis que deux grands gaillards, armés de haches, gardaient la porte. Je distinguai dans les coins sombres deux femmes à genoux, le visage caché contre le mur.

On s’expliqua. Le vieux remit son arme contre le mur et ordonna de préparer ma chambre; puis, comme les femmes ne bougeaient point, il me dit brusquement :

– Voyez-vous, Monsieur, j’ai tué un homme, il y a deux ans, cette nuit.

L’autre année, il est revenu m’appeler. Je l’attends encore ce soir.

Puis il ajouta d’un ton qui me faisait sourire:

– Aussi, nous ne sommes pas tranquilles.

Je le rassurai comme je pus, heureux d’être venu justement ce soir-là, et d’assister au spectacle de cette terreur superstitieuse. Je racontais des histoires, et je parvins à calmer à peu près tout le monde.

Près du foyer, un vieux chien, presque aveugle et moustachu, un de ces chiens qui ressemblent à des gens qu’on connaît, dormait le nez dans les pattes.

Au dehors, la tempête acharnée battait la petite maison, et, par un étroit carreau, une sorte de judas placé près de la porte, je voyais
soudain tout un fouillis d’arbres bousculés par le vent à la lueur de grands éclairs.

Malgré mes efforts, je sentais bien qu’une terreur profonde tenait ces gens, et chaque fois que je cessais de parler, toutes les oreilles
écoutaient de loin. Las d’assister à ces craintes imbéciles, j’allais demander à me coucher, quand le vieux garde tout à coup fit un bond de sa chaise, saisit de nouveau son fusil, en bégayant d’une voix égarée :

“Le voilà ! le voilà ! Je l’entends ! “

Les deux femmes retombèrent à genoux dans leurs coins en se cachant le visage; et les fils reprirent leurs haches. J’allais tenter encore de les apaiser, quand le chien endormi s’éveilla brusquement et, levant sa tête, tendant le cou, regardant vers le feu, de son oeil presque éteint, il poussa un de ces lugubres hurlements qui font tressaillir les voyageurs, le soir, dans la campagne. Tous les yeux se portèrent sur lui, il restait maintenant immobile, dressé sur ses pattes comme hanté d’une vision et il se mit à hurler vers quelque chose d’invisible, d’inconnu, d’affreux sans doute, car tout son poil se hérissait. Le garde, livide, cria : “Il le sent! il le sent! il était là quand je l’ai tué.” Et les deux femmes égarées se mirent, toutes les deux, à hurler avec le chien.

Malgré moi, un grand frisson me courut entre les épaules. Cette vision de l’animal dans ce lieu, à cette heure, au milieu de ces gens éperdus, était effrayante à voir.

Alors, pendant une heure, le chien hurla sans bouger, l’épouvantable peur entrait en moi; la peur de quoi ? Le sais-je ? C’était la peur, voilà tout!

Nous restions immobiles, livides, dans l’attente d’un événement affreux, l’oreille tendue, le coeur battant, bouleversés au moindre bruit. Et le chien se mit à tourner autour de la pièce, en sentant les murs et gémissant toujours. Cette bête nous rendait fous !
Alors, le paysan qui m’avait amené se jeta sur elle, dans une sorte de paroxysme de terreur furieuse, et, ouvrant une porte donnant sur une petit cour, jeta l’animal dehors.

Il se tut aussitôt; et nous restâmes plongés dans un silence plus terrifiant encore. Et soudain tous ensemble, nous eûmes une sorte de sursaut : un être glissait contre le mur du dehors vers la forêt; puis il passa contre la porte, qu’il sembla tâter, d’une main hésitante; puis on n’entendit plus rien pendant deux minutes qui firent de nous des insensés; puis il revint, frôlant toujours la muraille; et il gratta légèrement, comme ferait un enfant avec son ongle; puis soudain une tête apparut contre la vitre du judas, une tête blanche avec des yeux lumineux comme ceux des fauves. Et un son sortit de sa bouche, un son indistinct, un murmure plaintif.

Alors un bruit formidable éclata dans la cuisine. Le vieux garde avait tiré et aussitôt les fils se précipitèrent, bouchèrent le judas en
dressant la grande table qu’ils assujettirent avec le buffet.

Et je vous jure qu’au fracas du coup de fusil que je n’attendais point, j’eus une telle angoisse du coeur, de l’âme et du corps, que je me sentis défaillir, prêt à mourir de peur.

Nous restâmes là jusqu’à l’aurore, incapables de bouger, de dire un mot, crispés dans un affolement indicible.

On n’osa débarricader la sortie qu’en apercevant par la fente d’un auvent un mince rayon de jour.

Au pied du mur, contre la porte, le vieux chien gisait, la gueule brisée d’une balle.

Il était sorti de la cour en creusant un trou sous la palissade.

L’homme au visage brun se tut; puis il ajouta :

– Cette nuit-là, pourtant, je ne courus aucun danger; mais j’aimerais mieux recommencer toutes les heures où j’ai affronté les plus terribles périls, que la seule minute du coup de fusil sur la tête barbue du judas.


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