Adolphe Thiers

C’est en 1823 que le nom d’Adolphe Thiers frappa pour la première fois les yeux du public, ou du moins fut pour la première fois imprimé sur la couverture d’un livre, Les Pyrénées et le Midi de la France.

Il naquit à Marseille le 15 avril, 1797. Il avait quelques gouttes du sang d’André Chénier dans les veines. Après des classes brillantes il fit ses études de droit. Le don de la parole, naturel apanage de son tempérament méridional, présageait dès lors pour lui de brillants succès au barreau ou à la tribune.

A peine licencié, en 1820, il concourut pour un prix proposé par l’Académie d’Aix. Son discours, un éloge de Vauvenargues, est une oeuvre de jeunesse remarquable par la vivacité du style et la maturité du jugement.

Fidèle et dévoué dans ses amitiés, il se lia de bonne heure avec Mignet, comme lui destiné à se faire un nom célèbre parmi les historiens. Le contraste entre ces deux hommes était grand, physiquement et intellectuellement, mais ils furent attirés l’un vers l’autre par une vive sympathie naturelle. Avocats tous les deux, ils comprirent bientôt qu’ils n’étaient point faits pour le barreau et allèrent chercher fortune à Paris.

Dès lors l’existence de Thiers se partagea entre le journalisme, les travaux littéraires et la politique. Il écrivit pour les journaux libéraux Le Globe, le Constitutionnel. De 1823 à 1827 il publia avec une activité prodigieuse des Salons, une biographie d’actrice, un travail sur Law, d’innombrables articles dans les journaux et les revues, et dix volumes de L’histoire de la Révolution, de l’année 1789 au 18 brumaire, 1799.

Il faisait peu de cas de la littérature qui consiste à décrire les impressions que font sur un auteur les choses ou les idées. Il parlait directement des choses et des idées. C’était essentiellement un homme du midi, à l’esprit net, sûr et prompt. Il procédait de
Voltaire et apparaît le plus français des jeunes gens d’avenir d’alors.

Rien n’altérait ou du moins ne chassait sa bonne humeur, grande qualité chez un homme politique. C’est lui qui a dit dans une circonstance solennelle : Il faut prendre tout au sérieux, rien au tragique.

C’est à partir de 1830, avec le règne de Louis Philippe, qu’il prit tout son essor, et d’homme de plume devint homme d’action. Il vint lui-même chercher le nouveau roi à Neuilly, et rédigea tout entière la protestation contre les ordonnances de Juillet qui coûtèrent le trône et la France à Charles X.

Il n’avait pas l’extérieur qui plaît et impose: petite taille, tournure peu élégante, yeux cachés derrière des lunettes, voix un peu nasillarde et perçante. Rien de tout cela ne l’a gêné ni desservi dans sa carrière publique, même à la tribune.

Désigné pour les honneurs et les fonctions les plus élevées sous la monarchie constitutionnelle qu’il avait aidé à fonder, il fut ministre de l’intérieur en 1832. A la chambre et au cabinet il se fit connaître comme un homme de gouvernement, capable d’aborder toutes les questions, finances, guerres, administration, et en toute matière il portait une clarté attachante, de la solidité de discussion, tous les signes d’une connaissance technique et d’une compétence parfaite, sans nulle trace de pédanterie.

Comme le nom de Mignet est uni au sien dans les liens d’une inaltérable amitié, celui de Guizot y est associé à travers les vicissitudes de la lutte et de la rivalité politiques, Guizot plus prudent, plus conservateur, Thiers plus hardi et plus libéral, Guizot plus selon le goût du roi et Thiers mieux aimé du peuple. Un homme doué de moins d’aptitude et de facilité pour le travail n’aurait sans doute pas trouvé le temps de faire de la littérature en faisant de la politique. Thiers se reposait de celle-ci en cultivant celle-
là. Il continua l’histoire de la Révolution par celle du Consulat et de l’Empire. Les premiers volumes parurent en 1845. Il y travailla vingt ans.

On lui a reproché certaines longueurs et certains oublis; on lui a surtout reproché de trop aimer son héros. Il l’admire en effet passionnément et l’aime, même en condamnant ses fautes. A propos de cette indulgence pour Napoléon Lamartine a dit :  » M.
Thiers confond toujours le missionnaire du despotisme avec le missionnaire de la liberté. » Sauf ces réserves il n’y a que des éloges pour son œuvre, œuvre merveilleuse d’exactitude, d’intelligence, de clarté et d’intérêt.

Dans toute sa carrière Thiers a été guidé par le patriotisme le plus prévoyant et le plus pur. Si le gouvernement affolé de Napoléon III avait écouté ses avertissements et suivi ses conseils, la France n’aurait pas subi les désastres, les humiliations et les sacrifices de la guerre de 1870. S’il ne put détourner ces affreux malheurs, il travailla avec une admirable vaillance de cœur à en atténuer les effets et à réparer des maux dont il n’était pas responsable. A l’âge de 73 ans il accepta la mission de visiter les principaux cabinets de l’Europe, l’Angleterre, la Russie, l’Autriche, l’Italie. Au mois de mai, 187 1, il fut élu dans 27 départements à l’Assemblée nationale, réunie à Bordeaux, et nommé par cette assemblée Chef du pouvoir exécutif de la République française.

Sa politique était une politique d’union, la vraie politique française, celle que Henri IV, après la prise de Paris, recommandait aux catholiques et aux protestants.

Après la libération du territoire qu’il hâta par le paiement anticipé de l’énorme indemnité de guerre, il donna sa démission, le 24 mai, 1873. Sa maison, place St. Georges, avait été démolie par la commune, et reconstruite aux frais de l’état sur le modèle de celle qu’il avait habitée quarante ans. Il y reprit sa vie, ses distractions et ses travaux.

Il mourut subitement le 3 septembre, 1877, à St. Germain, où il s’était retiré, et où il vivait entouré des soins de Mme. Thiers et de Mlle. Dosne, sa sœur. La mort le surprit la plume à la main, rédigeant ce qu’on pourrait appeler son testament politique.

Sa place dans l’histoire se trouve parmi ceux de ses compatriotes qui représentent le mieux l’esprit, le caractère et l’honneur français.

(Source: Aubert 2)

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