guizot

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François Pierre Guillaume Guizot naquit à Nîmes en 1787, mais c’est à Genève qu’il fit son éducation, et qu’il devint le calviniste austère qu’il a toujours été. Son père, avocat distingué, avait péri sur l’échafaud pendant les mauvais jours de la Révolution. Sa mère, femme supérieure, restée veuve avec deux fils, ne balança pas à s’expatrier, et alla chercher à Genève un système d’études fortes et sérieuses, qu’elle n’aurait pu trouver en France à cette époque.

Les débuts du jeune Guizot furent modestes. Pour suivre ses études de droit il dut accepter une place de précepteur dans une famille suisse qui vivait à Paris. Ses talents littéraires lui procurèrent l’entrée du salon de M. Suard. C’est là qu’il fit la connaissance de Mademoiselle Pauline de Meulan, une des femmes les plus distinguées de l’époque et qui devint plus tard Madame Guizot.

Sous la Restauration (1815-1830) il entra dans les affaires publiques, pour lesquelles il était fait, et où il devait atteindre à la plus grande élévation, suivie d’une chute non moins éclatante.

Durant tout le règne de Louis-Philippe (1830-1848) il figura au premier rang sur la scène des événements. Il fut l’homme le plus marquant dans les huit dernières années de ce règne.

Avant d’entrer dans la politique il s’était fait une grande réputation comme professeur et comme écrivain, et il revint toujours avec plaisir aux travaux littéraires. Il est même surprenant qu’un homme aussi occupé que lui ait trouvé le temps d’en accomplir un si grand nombre. En voici la liste : L’Histoire du gouvernement représentatif, L’Essai sur l’histoire de France, La Collection des mémoires relatifs à l’histoire de France et à l’histoire d’Angleterre, L’Histoire de la Révolution d’Angleterre, L’Histoire générale de la civilisation en Europe, L’Histoire générale de la civilisation en France, Corneille et son temps, Shakespeare et son temps, Washington, Méditations et Etudes morales, L’Amour dans le mariage, L’Eglise et la société chrétienne, Les Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps, et L’Histoire de France racontée à mes petits-enfants.

En 1812 Guizot fut nommé professeur d’Histoire moderne à la Faculté des lettres. Il n’avait pas vingt-cinq ans. C’est alors qu’il commença cette œuvre, qui, trois fois interrompue, s’acheva enfin en 1832. Elle comprend L’Histoire du gouvernement représentatif, les Essais sur l’histoire de France, L’Histoire de la civilisation en Europe et l’Histoire de la civilisation en France.

Son premier cours eut peu de succès; celui de 1820 fit plus de bruit. Il fut suspendu en 1822, rouvert en 1828, et Guizot, qui fit l’Histoire de la civilisation, obtint un grand succès.

Comme historien il a une méthode sûre et une science étendue; il se trompe rarement, et ses erreurs sont de peu d’importance. Il est un des premiers qui remonte aux sources, mais il ne fouille pas les vieilles annales pour en tirer des œuvres d’érudition ou des
tableaux pleins de vie. Comme Montesquieu, il analyse les éléments, puis généralise, et en tire des lois. Il est savant, il n’est pas artiste. Dans son procédé, il y a du dessin, il n’y a pas de couleur; il n’y a dans sa manière de raconter rien de sympathique ni de dra-
matique; c’est un peu terne et froid.

C’est en chaire et à la tribune par sa parole qu’il produisait tout son effet.

Sous le règne de Louis Philippe il fut ministre onze ans, ministre de l’instruction publique, ministre de l’intérieur, ministre des affaires étrangères, et, pendant un petit intervalle de 1839 à 1840 ambassadeur en Angleterre. Son idée dominante, le but qu’il se proposa d’atteindre, ainsi que de l’école doctrinaire dont il était le coryphée, ce fut la conciliation de l’ordre et de la liberté.

Comme ministre de l’instruction publique, il n’a fait que du bien, et l’on peut regretter qu’il n’ait pas toujours et seulement été à la tête de cette importante branche de l’administration. Sa loi sur l’instruction primaire a fait époque dans l’histoire de l’éducation
populaire. Il comprit la nécessité d’instruire le peuple. Les peuples ont le gouvernement qu’ils méritent, et son ambition eût été de rendre le peuple français digne du meilleur.

A partir de 1840 il dirigea presque exclusivement la politique du gouvernement de Louis Philippe, et plus que qui ce soit il porte la responsabilité de la catastrophe de 1848. Il y poussa par un malheureux esprit de résistance au mouvement de l’opinion, et, faute de savoir céder à propos, amena la chute de la monarchie constitutionnelle.

Les volumes qui font le mieux connaître le talent et le caractère de Guizot sont ses Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps. M. Cousin disait que c’est son plus beau livre. C’est certainement un livre inspiré par l’amour de la vérité, de la justice et du libre gouvernement des hommes. L’auteur y est à la fois témoin et juge. Il est impartial, mais il l’est avec une certaine hauteur. Un homme d’esprit a dit: Les Mémoires de M. Guizot devraient être intitulés: Histoire de quelqu’un qui ne s’est jamais trompé. Longtemps avant que ce mot ait été dit, Guizot l’a démenti en admettant, en plus d’un endroit, qu’il s’était quelquefois trompé.

Il mourut en 1874 au Val-Richer, où il passa ses dernières années dans une retraite féconde et laborieuse. Ses dernières pensées ont été pour l’histoire de son pays; à l’âge de 86 ans il tenait encore la plume pour achever son Histoire de France racontée à mes
petits-enfants
.

Guizot a donné bien des leçons pendant sa vie; il en a reçu quelques unes de l’expérience. Sa ténacité à ses convictions était excessive; il avait plus d’ambition pour le triomphe de ses idées que pour lui-même, et, s’il a eu le tort de les exprimer parfois avec hauteur, orgueil, dureté même, et avec dédain pour ses adversaires, ceux-ci sont obligés de convenir que dans la chaire et à la tribune, dans les assemblées politiques et au conseil des ministres, il a apporté un grand talent et un grand caractère, qu’il a aimé et servi son pays avec dévouement, et que, par-dessus tout, il a été homme d’honneur et homme de bien.

(Source: Aubert 2)

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