19e siècle – Le roman

Le genre romanesque avait été tenu, pendant le XVIIe siècle, pour un « genre frivole » (Boileau) et la Princesse de Clèves ne put prévaloir elle-même contre les préjugés du temps. Au XVIIIe siècle, il produisit plusieurs chefs-d’œuvre, Gil Blas, Manon Lescaut, La Nouvelle Héloïse, sans compter les romans philosophiques de Voltaire. Mais c’est au XIXe siècle qu’il va prendre tout son développement et devenir, parmi les genres littéraires, le plus riche et le plus varié.

Tout d’abord il se présente sous deux formes diverses où l’on reconnaît deux traits essentiels du romantisme. Le romantisme s’opposait au classicisme comme exprimant, non plus ce qui est général, mais ce qui est particulier, ce qui marque soit la personnalité même de l’écrivain, soit le caractère propre de tel ou tel temps, de tel ou tel milieu, de tel ou tel peuple. Au début du XIXe siècle, il y a, par suite, deux formes du roman, le roman personnel et le roman historique.

Le roman personnel lyrique
Chateaubriand dans René, Madame de Staël dans Delphine et dans Corinne, chantent leurs tristesses ou leurs joies, leurs aspirations, leurs rêves. Ces romans s’appelleraient aussi bien des poèmes ; ils traduisent avec éloquence ce que le lyrisme peut avoir de plus passionné.

Le roman personnel d’analyse
Distinguons-en le roman d’analyse, où l’auteur, exprimant aussi son « moi », fait moins œuvre de poète que de psychologue et note exactement les divers modes de sa sensibilité. Ce ne sont pas là des élégies ou des dithyrambes, ce sont de véritables études d’anatomie morale. Parmi les romans de ce genre, deux surtout doivent être mentionnés, Obermann, de Senancour (1804), et Adolphe, de Benjamin Constant (1816).

Le roman historique
On se rappelle les romans qu’écrivaient, au XVIIe siècle, La Calprenède, Gomberville, Mlle de Scudéry : l’histoire y fournissait seulement un cadre, d’ailleurs fictif, et les noms des personnages. Durant la première moitié du XIXe siècle, le roman historique demande en général son intérêt supérieur à la représentation fidèle des anciens âges. Chateaubriand avait inauguré ce genre par les Martyrs, sorte d’épopée romanesque. Après lui, nous signalerons Alfred de Vigny pour Cinq-Mars (1826), Mérimée pour la Chronique de Charles IX (1829), Victor Hugo pour Notre-Dame de Paris (1831).

Le roman de mœurs contemporaines
Au roman historique, forme hybride, où l’histoire gêne la fiction, où la fiction compromet l’histoire, succéda le roman de mœurs contemporaines. Là même, il y avait place pour deux écoles. Parmi les romanciers, les uns font partie de l’école idéaliste, les autres de l’école réaliste. L’école idéaliste a son représentant le plus illustre en George Sand ; l’école réaliste est représentée par Stendhal, Mérimée, Balzac.

Le roman au 19e siècle

Les Misérables

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Les Misérables, commencés avant 1850, publiés seulement en 1862, sont une œuvre touffue, composite, une réunion de romans plutôt qu’un roman (histoire du forçat Valjean et de l’évêque Myriel, histoire de Fantine, histoire de Cosette, etc.); et d’autre part, c’est une thèse. Sous l’influence des doctrines humanitaires et socialistes de Proudhon, Hugo plaide la cause de tous ceux que la société méprise, et dont on pourrait lui imputer à elle tous les crimes. Les pages magnifiques abondent dans ce singulier ouvrage, mais il y a beaucoup moins d’originalité que dans Notre-Dame de Paris: c’est, au fond, du Balzac mêlé de George Sand, et souvent ce n’est plus que de l’Eugène Sue.

Le Rouge et le Noir

Stendhal

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