Le 20e siècle (2) …-1960: Vers un nouveau contenu.

2.0. A la guerre des nations succède une guerre idéologique. On assiste à la mise en place de régimes autoritaires de gauche (Révolution d’Octobre, 1917) et de droite (Italie, 1922 – Allemagne, 1933). C’est le temps de la grande crise économique (1929: « Krach » de Wall Street) et de la faillite des régimes parlementaires (1936: Front Populaire en France; la Guerre Civile en Espagne). Le temps aussi de la deuxième Guerre Mondiale. Aux horreurs « habituelles » d’une guerre s’ajoute la découverte de l’univers concentrationnaire de l’Allemagne nazie.

Après 1945, c’est la guerre froide entre l’Ouest et l’Est qui se cache (de moins en moins) sous une apparence de paix. La décolonisation a aussi déterminé le début d’une guerre économique entre le Nord et le Sud. Ces deux lignes de tension sont la source d’innombrables conflits dans le monde entier, qui est constamment menacé de destruction totale dans l’Apocalypse nucléaire.

Il y a un énorme développement scientifique et technique, mais on l’emploie pour faire la guerre, et pour abîmer notre planète. Ou encore on refuse de l’employer pour venir en aide aux peuples en voie de développement. Devant cette situation absurde, les conceptions psychologiques, philosophiques, morales, perdent leur valeur. Et l’art (et la littérature en particulier) pose bien des questions, mais trouve de moins en moins de réponses.

2.1. A la recherche de valeurs nouvelles (1914-1940).

La première guerre mondiale vient de se terminer. Les années folles (’20) ne peuvent pas cacher un profond malaise dans la société: la guerre a provoqué des interrogations et des inquiétudes.

Tous les écrivains de cette période accordent une grande importance à la création littéraire et à l’individu: l’analyse psychologique occupe une place primordiale dans leur oeuvre, qui est de conception classique.

Bon nombre d’écrivains réagissent devant la médiocrité de la masse qui ne semble pas avoir compris les leçons de la guerre.

L’unanimisme « veut rendre sensible l’existence d’un être collectif (foule, ville, nation, continent) ». Il exalte la solidarité, la compréhension mutuelle, la charité, qui élèvent l’homme au-dessus de lui-même.

Jules ROMAINS, Les hommes de bonne volonté (roman), Knock ou le triomphe de la médecine (théâtre) (32-46).

La religion permet à l’homme de résoudre les problèmes au lieu de les fuir dans le plaisir des années folles.

Paul CLAUDEL, Le soulier de satin (th.)(24), L’annonce faite à Marie (th.)(12)
François MAURIAC, Thérèse Desqueyroux (27), Génitrix (23), Le noeud de vipères (32), Le mystère Frontenac (33)
Julien GREEN, Léviathan (29), Moïra (50)
Georges BERNANOS, Journal d’un curé de campagne (36), Dialogue des Carmélites (th.)(48).

L’humanisme oppose la valeur de l’homme aux problèmes de la vie

Jean ANOUILH, Le bal des voleurs (th.)(32), Le voyageur sans bagage (th.)(37), Antigone (th.)(32), La répétition ou l’amour puni (th.)(47)
Jean GIONO, Regain (30); Roger MARTIN DU GARD, Les Thibault (22-40)
Georges DUHAMEL, Les Pasquier (33-41)
Jean GIRAUDOUX, La guerre de Troie n’aura pas lieu (th.)(35)
Henry DE MONTHERLANT, Les Jeunes Filles (36), La reine morte (th.)(42)
Antoine DE SAINT-EXUPERY, Terre des hommes (39)
Raymond RADIGUET, Le diable au corps (23).

Il y a des maîtres du style traditionnel.

COLETTE, La maison de Claudine (22).

D’autres font des recherches originales qui sont le début d’un changement de la forme et des techniques littéraires.

SAINT-JOHN PERSE, Eloges (11), Vents (46)(poésie)
Marcel PROUST, A la recherche du temps perdu (13-27)
André GIDE, Les Faux-Monnayeurs (25), L’immoraliste (02), La porte étroite (08), Les caves du Vatican (14), La symphonie pastorale (19); Louis-Ferdinand CELINE, Voyage au bout de la nuit (32), Mort à crédit (36), Nord (60), Rigodon (69)
Jean-Paul SARTRE, La nausée (38)
Albert CAMUS, L’Etranger (42)
Jean COCTEAU, Les enfants terribles (29).

Les développements nationaux et internationaux des années ’30 obligeront la plupart de ces écrivains à choisir une position politique prononcée, qui est souvent absente dans les ouvrages précités.

2.2. Dada et le surréalisme (1916-1940).

Certains groupes d’écrivains vont rejeter en bloc l’ancien monde et la « culture » qui ont rendu possible la première guerre mondiale.

Le mouvement Dada (16-20) est violemment négatif, agressif, nihiliste, antibourgeois, antinationaliste.

Tristan TZARA, Manifeste Dada (18).

Le groupe surréaliste (20-±60), dont le chef incontesté est André BRETON, est plus complexe: les écrivains éprouvent une sympathie pour les idéologies révolutionnaires (le marxisme, le matérialisme), mais ils sont en même temps passionés par la liberté totale et l’irrationel. Cette contradiction explique la division du groupe.

Surréalisme
Image

Certains sont restés fidèles aux contradictions.

André BRETON, Manifeste du Surréalisme (24), Nadja (28), Second Manifeste du Surréalisme (30), L’amour fou (37)
Benjamin PERET, Le grand Jeu (poésie)(28).

D’autres méprisent l’engagement politique et quittent le groupe.

Antonin ARTAUD, Le théâtre et son double (essais)(32).

Encore d’autres le quittent au contraire pour pouvoir exercer une fonction politique.

Louis ARAGON, Le paysan de Paris (roman).

Les surréalistes, qui ont eu des précurseurs immédiats (APOLLINAIRE, CENDRARS, JARRY) réagissent contre l’esthétique et les formes littéraires traditionnelles. Ils remplacent l’écriture traditionnelle explicative par des jeux de langage (des collages, l’écriture automatique,…)

Ils introduisent ainsi une révolution radicale dans le contenu de la littérature: ce n’est pas par la raison, mais par la poésie, et le merveilleux (l’amour fou, le rêve, la folie, le hasard, l’érotisme, l’inconscient freudien) qu’on peut connaître le surréel et conquérir la liberté.

Jules SUPERVIELLE, L’enfant de la haute mer (contes)(31)
Paul ELUARD, Capitale de la douleur (poésie)(26)
René CHAR, Le marteau sans maître (poésie)(34)
Robert DESNOS, Corps et biens (poésie)(30).

A l’époque, les surréalistes formaient une avant-garde et ils étaient donc peu lus, à part par des intellectuels et des artistes. Plus tard, beaucoup de leurs découvertes ont été intégrées dans la littérature et la culture officielles.

2.3. Littérature engagée (1930-1960).

(L’expression littérature engagée est de SARTRE, qui restreint toutefois cette dénomination à une littérature qui s’engage à gauche.)

L’histoire mouvementée de notre siècle (2 guerres mondiales; les crises économiques; les guerres civiles; le communisme, le nazisme et le fascisme; les naissances et disparitions des superpuissances; …) pousse beaucoup d’écrivains à s’engager politiquement, sinon par une action directe, du moins par leurs écrits.

Le communisme:

Louis ARAGON, Le monde réel (34-51).

Engagement de gauche en général:

Jean-Paul SARTRE, Les chemins de la liberté (45-51), Les mains sales (théâtre)(48)
Albert CAMUS, La Peste (47), L’homme révolté (essai)(51).

Engagement national qui deviendra le gaullisme après la guerre:

André MALRAUX, La condition humaine (33), L’espoir (37).

Engagement de droite:

Pierre DRIEU LA ROCHELLE, Notes pour comprendre le siècle (essais)(41)
Robert BRASILLACH, Notre avant-guerre (essais)(41).

L’extrême droite fasciste:

Louis-Ferdinand CELINE, Bagatelles pour un massacre (idées)(37).

La littérature engagée veut changer le monde. Elle veut être socialement utile. Les écrivains ne s’occupent pas tellement d’un renouvellement des formes littéraires: ils veulent en premier lieu faire passer un message. Les genres dominants sont dès lors le pamphlet, le roman à thèse et le théâtre politique. Malgré cet « utilitarisme », certaines oeuvres sont d’une exceptionnelle qualité littéraire.

2.4. L’essor de la culture de masse (1918-…).

(Par culture de masse, il faut entendre une culture produite en masse et consommée par les masses, et non créée par elles, et qui ne vise d’aucune façon leur émancipation éthique ou politique.)

Les masses accèdent à la culture, non pas par l’Ecole, mais par les média nouveaux, et surtout par le cinéma (acteurs comme FERNANDEL et Jean GABIN) et la radio (chansons d’Edith PIAF, de Maurice CHEVALIER et Tino ROSSI). Les classes moyennes et la petite bourgeoisie sont les amateurs assidus du théâtre de boulevard de Sacha GUITRY et de

Marcel PAGNOL, Marius / Fanny / César (28-31), Topaze (28).

On lit en masse des bandes dessinées avec des héros importés (Tarzan, Superman) ou « francophones » (Tintin).