Le 20e siècle (5): 1980 -… – Fragments du présent.

Ces observations s’inspirent pour l’essentiel de Lettres Européennes,Bruxelles, De Boeck, 1992.

«POSTMODERNISME.»
Une «histoire du présent» ne saurait s’écrire. On ne peut que faire l’ébauche d’un éventail de tendances et de personnalités. Bien que celles-ci ne se rassemblent pas sous une seule étiquette, comme celle de «postmodernisme», l’on est forcé de reconnaître qu’elles représentent un mode nouveau de concevoir l’existence.

Le signal en est donné en 1979 par La condition postmoderne de Jean-François LYOTARD, philosophe et théoréticien de l’esthétique. Il nous fait observer un double changement du statut de l’art. «L’art» perd son statut privilégié (de phénomène supérieur à, ou indépendant de la rationalité scientifique). Mais en même temps «l’art» acquiert un nouveau pouvoir: il se permet, de façon illimitée, de disposer de tous les procédés esthétiques, stylistiques. L’art «postmoderne» entretient une relation très dynamique avec le passé. Son essence, c’est le jeu (les adversaires du postmodernisme prétendent que l’apparence a remplacé la substance), la citation, l’intertextualité. Dans les littératures du passé, les auteurs «cueillent» différents styles, genres, thèmes, et ils les utilisent dans un seul et même texte.

Beaucoup de lecteurs avaient abandonné la littérature «moderne», caractérisée souvent par des expérimentations assez exclusives. La littérature «postmoderne» les voit revenir. L’heure est de nouveau à la narration, à la récréation.

Les textes littéraires sont donc à la fois très lisibles et très riches en références ouvertes ou cachées, explicites ou implicites, intentionnelles ou involontaires. La méthode qui s’applique à dé-couvrir ces «richesses souterraines», ces allusions, ces renvois, ces relations, c’est le déconstructivisme dont le philosophe Jacques DERRIDA est le premier pratiquant.

Les récits veulent entretenir, et non plus convaincre. La littérature n’est plus «engagée». L’essor du postmodernisme accompagne ainsi, dans les années ’60 jusqu’à ’80 (la chute du communisme!) la fin des grandes synthèses idéologiques, que Lyotard appelle les «grands récits». Si les auteurs ou les «intellectuels» prennent encore position, il s’agit d’un engagement provisoire, limité à une situation. Dans une autre situation, la prise de position sera différente. Il n’y a plus de réponses définitives dans des situations instables.

Citons pour terminer les titres de trois grands romans: L’insoutenable légèreté de l’être de Milan KUNDERA (l’expression suggère le mieux la façon dont l’homme postmoderne ressent son existence); The French Lieutenant’s Woman (John FOWLES, Angleterre, 1969); et finalement le «classique» du postmodernisme qu’est Le nom de la rose (1980) du prof italien Umberto ECO, qui y traite la naissance de la pensée occidentale sous la forme d’un roman policier se passant au Moyen Age.

Auteurs contemporains.
Auteurs français contemporains.