Les Fleurs bleues
Les Fleurs bleues est un roman de Raymond Queneau paru en 1965.

Outre ses qualités littéraires incontestables, le roman présente un intérêt notable en raison de sa structure. En effet, au gré des chapitres, l’histoire racontée oscille entre celle de Cidrolin, un individu insolite qui habite sur une péniche et vit dans les années soixante, et celle du duc d’Auge un personnage médiéval qui semble voyager à travers l’histoire jusqu’à l’époque de Cidrolin. L’une des particularités du roman réside dans le fait que la transition entre un chapitre consacré à Cidrolin et le suivant consacré au duc d’Auge se fait lorsque l’un des personnages s’endort et commence à rêver du second. Il devient alors très vite impossible de savoir qui rêve de qui!

Les Fleurs bleues est en fait basé sur un apologue chinois dont il est fait mention dans le synopsis, extrait d’une note en tête du livre :

«Tchouang-tseu rêve qu’il est un papillon, mais n’est-ce point le papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu?»

Le livre est aussi truffé d’anachronismes volontaires en tout genre, que ce soit dans les époques (Le duc d’Auge appelle son époque «Moyen Age») ou les mots (le duc d’Auge parle de péniche et de mouchoirs, mots qui ne sont inventés que plus tard). De plus, l’orthographe de ce livre laisse volontairement à désirer : on y retrouve des mots comme «campigne» ou «houature». Rien n’est laissé au hasard, bien au contraire!

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Citations(Les Fleurs bleues (1965), Raymond Queneau, éd. Gallimard, coll. Folio, 1978)

  • Le vingt-cinq septembre douze cent soixante-quatre, au petit jour, le duc d’Auge se pointa sur le sommet du donjon de son château pour y considérer, un tantinet soit peu, la situation historique. Elle était plutôt floue.(p.13)
  • Le nomade protesta:
    — Nein! Nein! Pas tressé : libre. Sie ize libre. Anda to the campus bicose sie ize libre d’andare to the campus.(p. 22)
  • — Hou hou, la salope, qu’ils criaient, oh le vilain dégonflé, le foireux lardé, la porcine lope, le pétochard affreux, le patriote mauvais, le marcassin maudit, la teigne vilaine, le pleutre éhonté, le poplican félon, la mauviette pouilleuse, le crassou poltron, l’ord couard, le traître pleutre qui veut laisser le tombeau de sire Jésus aux mains des païens et qui répond mal à son roi. Vive Louis de Poissy! Hou hou, la salope.(p.26)
  • Quand Cidrolin rouvre les yeux, un soleil orange descend vers les achélèmes de la zone suburbe. Il se lève, boit un bon verre d’essence de fenouil, brosse son complet le plus chouette et l’endosse.(p.93)
  • Les arbres poussaient en silence et le règne animal limitait sa présence à des actes obscurs et muets.(p.104)
  • Cidrolin ouvrit un œil : ce n’était pas encore l’aube. Il ouvrit les deux yeux : c’était encore la nuit.(p.194)
  • — L’instruction ! voyez ce que c’est, monsieur, que l’instruction. On apprend quelque chose à l’école, on se donne même du mal, beaucoup de mal, pour apprendre quelque chose à l’école, et puis vingt ans après, ou même avant, ce n’est plus ça, les choses ont changé, on ne sait plus rien, alors vraiment ce n’était pas la peine. Aussi je préfère penser qu’apprendre.(p.200)
  • — Et comment vont les chevaux ? demande Cidrolin.
    — Ils trouvent le terrain plutôt en pente, répond le duc. Ils n’ont pas l’humeur caprine.(p.238)