menestrel au château

Naissance des chansons de geste

C’est autour des lieux de pèlerinage que se formèrent, – du moins l’admet-on aujourd’hui d’après les plus récents et sérieux travaux, – les premières oeuvres de notre patrimoine littéraire: les chansons de geste.

Chanson de geste est chanson d’exploits: tel est le sens du latin gesta, qui donna le français geste.

Les exploits que disent les chansons de geste sont attribués à des « barons », seigneurs, chevaliers, dont le souvenir s’était spécialement conservé dans certains lieux, abbayes, sanctuaires, où la foule se portait en des jours déterminés, soit à l’occasion d’une exposition de reliques, ou d’un pélerinage, dont ces lieux étaient des étapes, soit à l’époque d’une foire.

Pour distraire et édifier la foule, les jongleurs, à la fois bateleurs et musiciens, chantaient des poèmes où étaient célébrés les exploits des héros dont le pays gardait la mémoire. Leur diction devait être une psalmodie, un récitatif assez monotone peut-être, avec un accompagnement de vielle (ou violon primitif).

Ces jongleurs parcouraient aussi les châteaux: une audition de « chansons » figurait sans doute au programme des réjouissances organisées par les seigneurs à l’occasion des fêtes de l’année.

Les poèmes chantés étaient fournis aux jongleurs par les trouvères (mot qui en langue d’oïl signifie inventeurs, comme troubadours en langue d’oc). Les trouvères avaient travaillé sur les données reçues par eux des gens d’Église, clercs ou moines, dépositaires des légendes et instruits des faits authentiques consignés dans les chroniques latines.

La forme dans les chansons de geste.

Destinées à des auditeurs et non à des lecteurs, – on sait qu’au moyen âge les manuscrits étaient rares, donc chers, et rares ceux qui savaient les lire ou pouvaient en acheter, – les chansons de geste devaient intéresser par les événements racontés et par le caractère des héros mis en scène: la forme avait peu d’importance.

Comme toutes les oeuvres primitives, elles sont en vers. Les vers sont de dix syllabes, groupés en laisses, – séries de longeur indéterminée, dont chacune comprend les vers finissant par le même son vocalique accentué, sans égard aux consonnes: cette similitude des sons vocaliques est l’assonance.
Ex.: bâti, venir, moulin, vif; – charrue, mesure, fusse (Pèlerinage de Charles).

Les cycles

Les chansons de geste nous sont parvenues très nombreuses et de valeur inégale. Aux premières chanson, en effet, se sont rattachés développements et amplifications: après avoir chanté les exploits d’un baron, le jongleur, pour renouveler et grossir son répertoire, voulut dire ceux de personnages alliés au héros primitif. Les trouvères du XIIIe et du XIVe siècle se sont préoccupés, pour l’ordre et la commodité, de réunir en cycles les poèmes qui se rapportaient à des membres d’une même famille, – par exemple Pépin, Charlemagne et Louis (cycle royal), – ou à Guillaume d’Orange, – ou bien à des barons n’ayant d’autre rapport entre eux qu’un caractère commun: leur esprit d’indépendance et de rébellion à l’égard du pouvoir royal (cycle de Doon de Mayence). Certaines chansons, et des plus belles, ne purent rentrer dans aucun cycle (un cycle s’appelle aussi une geste).


Source: Précis 01.

Les poèmes et chansons de geste (vient du latin “gesta” qui signifie “acte, fait accompli”) racontent les aventures d’un chevalier, des évènements historiques passés, démontrant bien l’idéal de la société féodale : respect absolu des engagements féodaux entre suzerain et vassal, morale chevaleresque, qualité guerrière au service de la foi. Le chevalier obéit à un code d’honneur très exigeant : mépris de la fatigue, de la peur, du danger, et est irrémédiablement fidèle à son seigneur. Le chevalier vit pour la guerre ; il est fier de ses exploits guerriers !

L’Eglise essaie de détourner vers la Croisade l’énergie violente de ces hommes passionnés de combats. Les chansons de geste évoquent des guerres “saintes” contre les Infidèles (= les musulmans). Toute une communauté se reconnaît dans ces oeuvres qui exaltent les valeurs chevaleresques.

Roland reçoit son épée des mains de Charlemagne
Roland reçoit son épée des mains de Charlemagne

Exemples :

La Chanson de Roland (1070) : grand poème racontant les exploits de Roland, neveu de Charlemagne, notamment la bataille de Roncevaux contre les Sarrasins, dans un dialecte anglo-normand. La plus ancienne et la plus célèbre de nos chansons de geste. Charlemagne y incarne l’autorité ferme quand il parle à Roland, l’humanité et la sensibilité lorsqu’il pleure, le courage militaire et le sens de la justice quand il venge Roland.

Le Charroi de Nîmes (1250)(Cycle de Garin de Monglane). Le héros est Guillaume d’Orange, cousin de Charlemagne, qui devint moine à la fin de sa vie. Guillaume combat contre les Sarrasins et s’empare de Nîmes en y introduisant un “charroi” de tonneaux dans lesquels sont cachés des chevaliers.

Renaut de Montauban (début XIIIème s.) (Cycle de Doon de Mayence). Il s’agit d’une lutte menée par Charlemagne contre ses barons révoltés. Renaut et ses frères sont entrés en lutte contre Charlemagne. Renaut finit par se soumettre et meurt saintement.

Source: http://www.scribd.com/doc/3008831/Histoire-de-la-litterature-au-Moyen-Age-en-France

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