Les oeuvres en prose, beaucoup moins nombreuses au moyen âge que celles en vers, appartiennent au genre historique.
Jusqu’au XIIème siècle les chroniques sont écrites en latin. La chronique en langue vulgaire commence avec les croisades.

Villehardouin (1152-1212) fait le récit de la IVème croisade dans laquelle il a joué un rôle important.


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Geoffroi de Villehardouin (1160 — 1213), maréchal de Champagne, fut un ardent champion de la 4e croisade. Les croisés, en 1204, s’emparent de Constantinople et y fondent un empire latin. Villehardouin est nommé maréchal de Roumanie et écrit à Messinople, pour ses amis de France, sa Chronique de la Conquête de Constantinople , premier monument en prose de l’idiome français naissant, Style de soldat, net, concis.
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VILLEHARDOUIN
Geoffroy de Villehardouin, maréchal de Champagne, naquit en 1155, dans un château situé près de Troyes. La noblesse de sa maison et ses qualités personnelles l’avaient déjà mis en grande estime à la cour de son seigneur, lorsque Foulques, curé de Neuilly, vint, au nom du pape Innocent III, prêcher la croisade en France (1199). Les comtes de Champagne, de Blois, de Flandre, ayant pris la croix, élurent six députés pour aller en leur nom demander des vaisseaux aux Vénitiens: Villehardouin fut mis à la tête de l’ambassade.

À Venise, il expose sa requête devant le peuple assemblé en l’église Saint-Marc: Nous l’octroyons! nous l’octroyons! s’écrie la foule, en entendant cet énergique appel, et en voyant les députés français tomber à genoux mult plorant aux pieds du doge. Malgré cet enthousiasme, les difficultés ne manquèrent pas à l’expédition. Le brave maréchal, qui ainc n’i menti de mot à son escient, nous conduit à travers les péripéties de ce drame vraiment merveilleux dont le dénouement, imprévu de tous, fut la prise de Constantinople par les Croisés et la fondation de l’empire latin en Orient.

Lorsque Baudoin, comte de Flandre, eut été mis à la tête de ce nouvel empire, il créa Villehardouin maréchal de Roumanie et trouva toujours en lui un auxiliaire puissant; l’intrépide chevalier sauva même un jour l’armée de l’empereur d’une destruction totale. Il mourut en 1213, dans sa ville de Massinople, qu’il tenait comme fief du marquis de Montferrat, roi de Thessalonique.

L’HISTOIRE DE LA CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE renferme un espace de neuf années, de 1198 à 1207: elle s’ouvre par la prédication de la quatrième croisade et se termine à la mort du marquis de Montferrat, l’un des chefs de l’expédition.

Au point de vue historique, cet ouvrage est précieux. La loyauté chevaleresque de l’auteur ne permet pas de suspecter sa véracité: il raconte simplement ce qu’il a vu ou ce qu’il a fait, se mettant lui-même en scène avec une modestie pleine de franchise. Et bien témoigne Joffroi de Villehardouin, li mareschaus de Champaigne, proteste-t-il souvent au cours du récit. Un intérêt puissant, que le naïf chroniqueur champenois n’a nullement songé à produire, jaillit du contraste des moeurs et des caractères. Ces Grecs lâches et astucieux du Bas-Empire, mêlés à la race franque, jeune encore et fidèle aux nobles vertus guerrières; cette opulence de la cité de Constantin devant laquelle s’ébahissent nos rudes croisés: quel tableau pour un historien! Villehardouin n’en saisit que les grandes lignes; il ne voit que des faits isolés, et s’abstient d’ailleurs de tout commentaire. Son livre a quelque parenté avec les Chansons de geste: de grandes et merveilleuses choses y sont rapportées sans que l’auteur, pas plus que nos anciens poètes, se préoccupe d’en rechercher les causes ou les conséquences. L’héroïsme est loin d’y faire défaut, témoin la scène vraiment homérique du vieux doge aveugle, Henri Dandolo, prenant la croix en présence de son peuple; mais cet héroïsme est réduit aux proportions humaines.

« La philosophie de cette Histoire, si l’on peut ici employer ce mot, est celle d’un chrétien qui n’hesite pas à voir dans les succès, comme dans les revers, l’action de la Providence, et qui n’est troublé de rien parce qu’il est sûr de la justice de Dieu. » (Villemain)

Comme écrivain, Villehardouin possède les qualités maîtresses du genre: il est concis et rapide, jusqu’à rappeler parfois quelques traits de Salluste. On reconnaît chez lui le langage de l’homme de guerre: peu d’ornements, rien pour l’effet. La pauvreté d’un idiome à peine ébauché le ramène toujours aux mêmes transitions; certaines tournures uniformes marquent sont admiration et son étonnement: Or vous pourrez ouïr une étrange prouesse … Or oyez le grand miracle de Notre-Seigneur … Le bruit d’un combat ou d’une assemblée tumultueuse ne manque jamais de provoquer cette comparaison: il sembloit que li terre et li mer se fondist. En dépit de ces difficultés, notre langue, dit Villemain, apparaît mieux dans cette chronique que dans les rimes alignées de nos trouvères.

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Geoffroy de Villehardouin

Geoffroy de Villehardouin (né vers 1150 et mort vers 1212) fut un des héros de ce qu’on appelle la quatrième croisade, et c’est le récit de cette étrange expédition qu’il raconte dans ses Mémoires.

Ils sont curieux pour l’histoire des faits et pour l’histoire de la langue. Ce qui y frappe surtout c’est la simplicité du style et la modestie de l’écrivain. Il ne parle jamais de lui. Il raconte ce qu’il a vu, et l’on sent dans sa parole sans prétention une parfaite loyauté.

Les phrases sont brèves, nerveuses, et vont droit au but. Il n’y a ni apprêt ni art.

Sa langue est primitive; l’orthographe en est singulière. Des débris de mots latins s’y rencontrent fréquemment, et le nombre des monosyllabes est considérable.

C’est une langue de soldat, rude et roide, mais elle suffit à la sobriété de son esprit, et a une harmonie naturelle qui ne manque pas de charme.

« Villehardouin est bien un homme de son temps, non pas supérieur à son époque, mais y embrassant tous les horizons; preux, loyal, croyant, crédule même, mais sans petitesse; des plus capables d’ailleurs de s’entremettre aux grandes affaires; homme de conciliation, de prudence et même d’expédients; visant avec suite à son but, éloquent à bonne fin, non pas de ceux qui mènent, mais de première qualité dans le second rang, et sachant au besoin faire tête dans les intervalles; attaché féalement, avec reconnaissance, mais sans partialité, à ses princes et seigneurs, et gardant sous son armure de fer, et du haut de ses châteaux de Macédoine ou de Thrace des mouvements de cœur et des attaches pour son pays de Champagne.

« Il a des larmes sous sa visière, mais il n’en abuse pas; il sait s’agenouiller à deux genoux, et se relever aussitôt sans faiblesse: il a l’équité et le bon sens qu’on peut demander aux situations où il se trouve; jusqu’à la fin sur la brèche, il porte intrépidement l’épée, il tient simplement la plume; c’est assez pour offrir à jamais, dans la série des historiens hommes d’action où il est placé, un des types les plus honorables et les plus complets de son temps. »


Sainte-Beuve.

Aubert



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