paysans

Ce sont de petits contes à rire, d’origine picarde, en vers de 8 syllabes, qui se moquent de tout : des prêtres, des moines, des paysans et surtout de la femme qui n’est plus l’être supérieur et idéalisé chanté par les troubadours mais un être rusé, que le mari peut battre à volonté.

Les fabliaux disparaissent vers la fin du XIVème siècle.

Estula (Extrait, texte adapté)

Deux frères vivaient dans la misère. Poussés par la faim, ils se décidèrent à voler. Un riche fermier voisin possédait jardin et bergerie. Une nuit, ils mirent leur projet à exécution. Ils s’avancèrent dans l’obscurité. L’un entra dans le jardin où il remplit son sac de choux. L’autre pénétra dans la bergerie pour y égorger le mouton le plus gras. Mais en ouvrant la porte il fit du bruit et attira l’attention du fermier. Ce dernier, méfiant, envoya son fils voir s’il ne se passait rien d’anormal.

– Appelle notre chien, dit-il à son fils.

Ce chien se nommait Estula. Et heureusement pour nos voleurs, Estula avait pris la clef des champs cette nuit-là.

Une fois à l’extérieur, le jeune homme appela Estula. Le voleur occupé dans la bergerie, se croyant interpellé par son frère, répondit : “Oui, vraiment, je suis ici !”. Ce qui fit croire au fils du fermier que le chien avait parlé. Et il rentra chez lui, effrayé …

“Qu’as-tu, beau fils ? lui dit le père.
– Sire, foi que je dois à ma mère,
Estula vient de me parler.
– Qui ? notre chien ? – Parfaitement, je le jure;
Et si vous ne voulez m’en croire,
Appelez-le et vous l’entendrez aussitôt parler.”
Le prud’homme sort aussitôt
Pour voir cette merveille, entre dans la cour
et appelle Estula, son chien.
Et l’homme qui ne se doutait de rien
Lui dit :”Mais, oui, vraiment, je suis là.”
Le prud’homme en est étonné :
“Par tous les saints et par toutes les saintes !
Fils, j’ai entendu bien des choses surprenantes :
Jamais n’en entendis de pareilles;
Va vite, conte ces miracles
Au curé, ramène-le avec toi,
Et dis-lui qu’il apporte
L’étole et l’eau bénite.”
Le garçon, au plus tôt qu’il peut, se hâte
Et arrive au presbytère
Il ne demeura guère à l’entrée.
Vint au prêtre rapidement :
“Sire, dit-il, venez
A la maison entendre grandes merveilles;
Jamais n’en entendîtes de pareilles.
Prenez l’étole à votre cou.”
Le prêtre dit : “Tu es complètement fou
De vouloir à cette heure me faire aller dehors :
Je suis nu-pieds, je n’y pourrais aller.”
Et l’autre de répondre aussitôt :
“Si, vous viendrez; je vous porterai.”
Le prêtre a pris son étole.
Et monte sans plus de paroles
Sur le dos du jeune homme qui reprend
Son chemin; et comme il voulait arriver au plus vite,
Par le sentier tout droit il descend
Par où étaient descendus
Ceux qui cherchaient leurs vivres.
Celui qui cueillait des choux
Aperçut la forme blanche du curé,
Et crut que c’était son compagnon
Qui apportait quelque butin;
Il lui demande en grande joie :
“Apportes-tu quelque chose ?” – “Par ma foi, oui,”
Fait le garçon qui crut que c’était
Son père qui avait parlé.
– “Vite, dit l’autre, jette-le bas :
Mon couteau est bien aiguisé.
Je le fis hier repasser à la forge :
Je m’en vais lui couper la gorge.”
Et quand le curé l’entendit,
Il pensa bien qu’on l’avait trahi :
Il sauta par terre,
Et se sauva tout éperdu; …
… abandonnant même son surplis accroché à un pieu. Ce surplis
du prêtre allait à son tour, provoquer la méprise du voleur de choux.
Et ils ont bien plaisanté et bien ri,
Car le rire leur était rendu
Qui auparavant leur était défendu.
En peu de temps Dieu travaille :
Tel rit le matin qui, le soir, pleure,
Et tel est, le soir, courroucé
Qui, le matin, est en joie et en liesse.

Exercice

1. Quels sont les personnages mis en scène et à quelle classe sociale appartiennent-ils ?
2. Quels sont les personnages qui font l’objet de la satire de l’auteur ?


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Fabliaux (13e siècle). Les meilleurs mais aussi les plus crus sont dûs à Rutebeuf (m. vers 1280), ménestrel aventureux de Paris, qui mène une vie dissipée et misérable malgré les libéralités de hauts protecteurs. Il raille vertement les abus du temps dans ses fabliaux et satires, et se prend lui-même à partie dans sa Repentance, son Mariage et sa Complainte.

Schmidt