Froissart
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Froissart (1337-1410) nous raconte la période confuse de la guerre de Cent Ans. Il observe tout avec méthode et rigueur mais ses récits sont peu historiques. Par contre, ils constituent un miroir de la société féodale.

LES SIX BOURGEOIS DE CALAIS

En 1347, après un siège de plusieurs mois, la ville de Calais se rendit au roi d’Angleterre, Edouard III. Celui-ci promit d’épargner la population de la ville à la condition que six bourgeois de Calais lui présentent les clefs de la cité. Ces hommes devaient être habillés d’une chemise et porter la corde au cou pour se mettre à la merci du roi. Malgré son courroux, le roi les remit en liberté sur les instantes prières de la reine, sa femme.

“Monseigneur, voici la représentation de la ville de Calais, à votre ordonnance.” Le roi se tut tout coi et regarda moult sévèrement sur eux; car moult haïssait les habitants de Calais, pour les grands dommages et contraires que du temps passé sur mer lui avaient faits. Ces six bourgeois se mirent tantôt en genoux par devant le roi, et dirent ainsi en joignant leurs mains : “Gentil sire et gentil roi, voyez nous ici six, qui avons été d’ancienneté bourgeois de Calais et grands marchands. Si nous apportons les clefs de la ville et du chastel de Calais, et les vous rendons à votre plaisir, et nous mettons en tel point que vous nous voyez, en votre pure volonté, pour sauver le demeurant du peuple de Calais; si veuillez avoir de nous pitié et merci par votre très haute noblesse.” Certes il n’y eut alors en la place seigneur, chevalier ni vaillant homme, qui se pût abstenir de pleurer de droite pitié, ni qui pût parler pendant un long temps. Le roi regarda sur eux très ireusement, car il avait le coeur si dur et si épris de grand courroux qu’il ne put parler; et quand il parla, il commanda qu’on leur coupât les têtes tantôt. Tous les barons et les chevaliers qui là étaient, en pleurant priaient si instamment que faire le pouvaient au roi qu’il en voulût avoir pitié, merci; mais il n’y voulait entendre.



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Jean Froissart (1337 — 1410), né à Valenciennes dans le Hainaut embrasse sans vocation l’état ecclésiastique. Poète dans sa jeunesse, il s’introduit à la cour d’Angleterre, sert vingt ans de clerc (secrétaire) à la reine Philippa de Hainaut, femme d’Edouard III, et s’attache ensuite à différentes petites cours de France et des Pays Bas.
Au compte de ses hauts protecteurs, il parcourt en tout sens l’Angleterre, la France, l’Italie, l’Espagne, satisfaisant à la fois dans cette vie errante sa soif des plaisirs et son goût pour les recherches historiques. Il rassemble ainsi les matériaux de sa Chronique de France, d’Angleterre et autres lieux, laquelle embrasse toute l’Europe occidentale et presque tout le 14e siècle (1325 — 1400). Froissart est le peintre de la chevalerie féodale, de sa vaillante bravoure comme de ses tournois et fêtes.

Schmidt