Jean d’Arras (13??, Cambrai – 13??, Mons) est un écrivain français de la fin du XIVe siècle, auteur de la première version écrite, un roman en prose, de la légende de la fée Mélusine, fondatrice de la famille des Lusignan.

Cet auteur reste mal connu : il est de l’entourage du duc de Berry et pourrait avoir été un libraire-relieur travaillant à son service. Il enseigna la philosophie à Douai et la théologie à Saint-Omer.

Jean d’Arras compose son roman en 1392-1394, à la demande du duc Jean de Berry et de sa sœur Marie de France, duchesse de Bar.

Mélusine ou la noble histoire des Lusignan est à la fois :

  • un récit merveilleux, basé sur un thème folklorique (les amours de la fée serpente et d’un mortel, qui finit par transgresser le tabou qu’elle lui avait imposé). Jean d’Arras par cette mise en écrit fait émerger d’un fonds populaire et oral, aux origines difficiles à repérer, une histoire qui va marquer profondément la littérature, médiévale et moderne, savante et populaire;
  • un roman chevaleresque écrit pour l’éducation des princes où de beaux exemples de conduite chevaleresque tiennent une grande place;
  • le roman généalogique de la famille des Lusignan, dotée d’ancêtres mythiques et fabuleux, mêlés étroitement à des personnages prestigieux ayant existé et qui se sont illustrés dans la croisade en Terre sainte.

Melusine en son bain

Les amours de Raimondin et de Mélusine occupent une place fondamentale, mais relativement réduite dans ce roman, dont l’essentiel est consacré aux aventures et aux conquêtes des enfants du couple: le récit de la conquête de Chypre par deux d’entre eux tend à affirmer la légitimité des Lusignan historiques comme rois bien réels de cette île. Cet aspect s’inscrit aussi dans l’histoire politique de la fin du XIVe siècle. Alors que la branche aînée des Lusignan est éteinte en France depuis 1308, Jean de Berry, commanditaire de l’œuvre, reprend à son profit la légende pour se poser en seigneur légitime du Poitou: il est comte de Poitou depuis 1356, mais la bataille de Poitiers et le traité de Brétigny en 1360 (en attribuant l’Aquitaine, donc le Poitou à l’Angleterre) l’ont privé de son apanage. Ce n’est qu’à partir de 1372, alors que son frère Charles V a prononcé la confiscation de l’Aquitaine en 1368, qu’avec Du Guesclin, il peut entreprendre la conquête du Poitou contre le Prince Noir: longue et difficile campagne, où Lusignan est conquis en 1374. En 1392, lors des conférences d’Amiens, le Poitou est toujours revendiqué par l’Angleterre. La composition du roman à cette date est l’une des façons d’affirmer la légitimité de Jean de Berry sur le comté, en se revendiquant héritier des Lusignan.

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Le Livre de Mélusine de Jean d’Arras (1392)

Dans cette version, le père de Mélusine est roi d’Écosse et non d’Albanie. Lorsque Raymondin rencontre la fée Mélusine, ce jeune homme vient de causer accidentellement la mort de son oncle, le comte de Poitiers, au cours d’une chasse au sanglier. Fou de douleur, il part au galop, se laissant conduire par son cheval. À minuit, il arrive près d’une source que l’on appelle la Fontaine Enchantée. Trois dames se baignent dans la fontaine mais il passe sans les voir, au galop de son cheval. La plus belle des trois saisit alors la bride du cheval et l’arrête en lui demandant les raisons de son incorrection, et surprend Raymondin en révélant qu’elle connait son nom ainsi que l’accusation dont il est l’objet. Elle lui promet de faire de lui le plus grand seigneur qui soit s’il l’épouse mais ne cherche jamais à la voir le samedi. Raymondin épouse la dame mystérieuse et, grâce à elle, peut devenir seigneur de Lusignan, près de Poitiers. Il respecte sa promesse de ne pas chercher à voir Mélusine le samedi jusqu’au jour où son frère vient lui rendre visite… Un samedi, Raymondin et Mélusine sont à Mervent. Raymondin, fidèle a sa promesse, n’a jamais cherché à la voir : d’ailleurs il ne peut pas imaginer qu’elle puisse faire quelque chose de mal.

Or, un peu avant le déjeuner, on vient lui dire que son frère, le comte de Forez, est arrivé pour lui rendre visite. Il organise un accueil merveilleux pour son frère. Puis il part à sa rencontre et lui souhaite gaiement la bienvenue. Ils vont à la messe, puis entrent dans la salle principale du château où ils se mettent à table. Son frère ne peut s’empêcher de lui demander où est sa femme, et précise que le bruit court partout que sa femme se cache tous les samedis pour mal faire. À ces mots, Raymondin, fou de colère, repousse la table loin de lui, entre dans sa chambre, prend son épée, la met à sa ceinture et court à l’endroit où il sait bien que Mélusine se cache tous les samedis. Là, il trouve une solide porte de fer, très épaisse. Jamais auparavant il n’avait osé avancer jusque-là. Aussi, voyant la porte, il dégaine son épée et, avec la pointe très dure, il creuse jusqu’à faire un trou.

Il regarde alors à l’intérieur et voit Mélusine dans un grand bassin de marbre, avec des escaliers qui descendent jusqu’au fond. C’est un bassin rond de quinze mètres de tour environ avec des allées tout autour. Et Mélusine se baigne là. Raymondin la voit dans le bassin. Jusqu’au nombril elle ressemble à une femme qui peigne ses cheveux. Mais à partir du nombril elle a une énorme queue de serpent, grosse comme un tonneau, terriblement longue. Avec cette queue elle bat l’eau qui gicle jusqu’au plafond.
Raymondin découvrant le secret de Mélusine. Illustration du Livre de Mélusine de Jean d’Arras (1478)

Le livre de MélusineQuand il voit cela, Raymondin s’attriste d’avoir trahi son secret sur les mauvais conseils de son frère, et d’avoir manqué à la parole qu’il avait donnée. Un immense chagrin l’envahit aussitôt. Il court à sa chambre, prend un morceau de cire et bouche le trou qu’il a fait dans la porte. Puis il va dans la grande salle où il retrouve son frère. Celui-ci voit bien cet immense chagrin qui accable Raymondin et pense qu’il vient de découvrir une action abominable de sa femme. Raymondin le chasse.

Selon la légende, la fée Mélusine aurait construit en une nuit le château de Lusignan (86) à l’époque sur les terres du comte de Poitiers. Elle obtient pour son mari Raymondin le lopin de terres que pourra délimiter une peau de cerf. Rusée, elle fait découper la peau de cerf en fines lanières et obtient auprès d’un comte de Poitiers le domaine de Lusignan où a été construit sans doute le plus grand château-fort de France.

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