François Villon

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Villon Pendus

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Le plus grand poète lyrique du moyen âge est François Villon(1431 – ±1463).

Notice biographique

François de Montcorbier est né à Paris, d’une famille pauvre. Un parent plus fortuné, Guillaume de Villon, l’élève et lui donnera son nom.
La vie du poète est une longue suite de chutes de plus en plus graves et de repentirs de plus en plus sincères. Jusqu’à deux fois il a failli être pendu pour sa participation aux délits d’une bande de malfaiteurs. On perd sa trace en 1463 lorsqu’il est exilé pour 10 ans.

Oeuvres

A la suite de démêlés avec l’autorité, il est obligé de quitter Paris. A cette occasion il écrit les Lais ou le Petit Testament (1456). Ce sont des poèmes comiques et burlesques où il lègue à ses amis les riens qui font la richesse.

Texte original

L’an quatorze cent cinquante six,
Je, François Villon, escolier,
Considérant, de sens rassis,
Le frein aux dents, franc au collier,
Qu’on doit ses oeuvres conseiller,
Comme Végèce le raconte,
Sage Romain, grand conseiller,
Ou autrement on se mécompte …

Premièrement, au nom du Père,
Du Fils et du Saint-Esperit,
Et de sa glorieuse Mère.
Par qui grâce rien ne périt,
Je laisse, de par Dieu, mon bruit
A Maître Guillaume Villon,
Qui en l’honneur de son nom bruit,
Mes tentes et mon pavillon.

Item, à celle que j’ai dit,
Qui si durement m’a chassé
Que je suis de joie interdit
Et de tout plaisir déchassié,
Je laisse mon coeur enchâssé,
Pâle, piteux, mort et transi :
Elle m’a ce mal pourchassié,
Mais Dieu lui en fasse merci !

Fait au temps de la dite date
Par le bien renommé Villon,
Qui ne mange figue ni datte.
Sec et noir comme un écouvillon,
Il n’a tente ni pavillon
Qu’il n’ait laissé à ses amis,
Et n’a mais qu’un peu de billon
Que sera tantôt à fin mis.

Texte adapté

L’an quatorze cent cinquante six,
Moi, François Villon, étudiant,
Considérant avec un esprit calme,
Le frein aux dents, spontanément
Qu’on doit arranger ses affaires
Comme Végèce le raconte,
Sage romain, grand conseiller,
Ou qu’autrement, on se trompe…

Premièrement, au nom du Père
Du Fils et du Saint-Esprit
Et de sa glorieuse Mère
Par la grâce de qui rien ne périt,
Je laisse, par Dieu, ma réputation,
A Maître Guillaume Villon,
Qui, en l’honneur de son nom retentit,
Mes tentes et mon pavillon.

De même, à celle dont j’ai parlé,
Qui si durement m’a chassé
Que toute joie m’est interdite
Et que je suis dépossédé de tout plaisir,
Je laisse mon coeur enchâssé,
Pâle, piteux, mort et transi :
Elle m’a procuré ce mal,
Mais Dieu lui en fasse pitié !

Fait au temps de la susdite date
Par Villon le bien renommé,
Qui ne mange ni figue ni datte.
Sec et noir comme un écouvillon
Il n’a ni tente ni pavillon
Qu’il n’ait laissé à ses amis,
Il n’a plus qu’un peu de menue monnaie
Qui sera bientôt dissipée.

Le Grand Testament (1461) est l’oeuvre capitale de Villon, une confession pathétique dans laquelle le poète, condamné à être étranglé et puis pendu, est hanté par l’idée de la mort.

Texte original

En l’an trentième de mon âge,
Que toutes mes hontes j’eus bues,
Ni du tout fol, ni du tout sage,
Nonobstant maintes peines eues,
Lesquelles j’ai toutes reçues
Sous la main Thibault d’Aussigny …
S’évêque il est, signant les rues,
Qu’il soit le mien je le renie.

Si prie au benoît Fils de Dieu,
Qu’à tous mes besoins je réclame,
Que ma pauvre prière ait lieu
Vers lui, de qui tiens corps et âme,
Qui m’a préservé de maint blâme
Et franchi de vile puissance.
Loué soit-il, et Notre Dame,
Et Louis, le bon roi de France !

Hé Dieu ! si j’eusse étudié
Au temps de ma jeunesse folle
Et à bonne moeurs dédié,
J’eusse maison et couche molle.
Mais quoi ? je fuyoie l’école,
Comme fait le mauvais enfant.
En écrivant cette parole,
A peu que le coeur ne me fend.

Pauvre je suis de ma jeunesse
De pauvre et de petite extrace;
Mon père n’eut oncq grand richesse,
Ni son aïeul nommé Horace;
Pauvreté tous nous suit et trace.
Sur les tombeaux de mes ancêtres,
Les âmes desquels Dieu embrasse !
On n’y voit couronnes ni sceptres.

Je connais que pauvres et riches,
Sages et fols, prêtres et lais,
Nobles, vilains, larges et chiches
Petits et grands, et beaux et laids,
Dames à rebrassés collets,
De quelconque condition,
Portant atours et bourrelets,
Mort saisit sans exception.

La mort le fait frémir, pâlir,
Le nez courber, les veines tendre,
Le col enfler, la chair mollir,
Jointes et nerfs croître et étendre.
Corps féminin, qui tant est tendre,
Poli, souef, si précieux,
Te faudra-t-il ces maux attendre ?
Oui, ou tout vif aller ès cieux.

Texte adapté

En l’an trente de mon âge,
Lorsque j’eus bu toutes mes hontes,
Ni tout à fait fou, ni tout à fait sage,
Malgré que j’eusse maintes peines,
Lesquelles j’ai toutes reçues
De la main de Thibaut d’Aussigny
S’il est évêque, bénissant les rues,
Pour moi, je le renie pour mon évêque.

Et je prie ainsi le béni fils de Dieu,
Que je réclame pour tous mes besoins,
Que ma pauvre prière aille
Vers lui, de qui je tiens corps et âme,
Qui m’a préservé de maint blâme
Et affranchi de vile puissance.
Loué soit-il et Notre-Dame,
Et Louis, le bon roi de France !

Ha Dieu ! si j’avais étudié
Au temps de ma folle jeunesse
Et si j’avais eu de bonnes moeurs,
J’aurais maison et couche molle.
Mais quoi ? je fuyais l’école
Comme fait le mauvais enfant.
En écrivant cette parole,
Mon coeur se fend presque.

Pauvre je suis depuis ma jeunesse
De pauvre et de petite origine;
Mon père n’eut jamais de grandes richesses,
Pas plus que son aïeul nommé Horace;
La pauvreté nous suit tous et nous talonne.
Sur les tombeaux de mes ancêtres,
Que Dieu accueille leurs âmes !
On ne voit ni couronnes ni sceptres.

Je sais que pauvres et riches,
Sages et fous, prêtres et laïcs,
Nobles, roturiers, généreux et avares,
Petits et grands et beaux et laids,
Dames à collets retroussés,
De n’importe quelle condition,
Portant hennins et bonnets ronds
La Mort saisit tous sans exception.

La Mort (le) fait frémir, pâlir,
Courber le nez, tendre les veines,
Enfler le cou, amollir la chair;
Croître et étendre les jointures et les nerfs.
Corps féminin qui est si tendre,
Poli, doux, si précieux,
Te faudra-t-il attendre ces maux ?
Oui, ou (sinon) tout vivant aller aux cieux.

Un autre extrait célèbre du Grand Testament est l’Epitaphe Villon, qui a reçu plus tard le nom de la Ballade des pendus. Villon a été condamné à être pendu et il s’imagine déjà mort. Il adresse un message posthume à tous les hommes qui vivront après lui.

Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci.
Vous nous voyez ci attachés cinq, six :
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Si frères vous clamons, pas n’en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n’ont bon sens rassis;
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis;
Pies, corbeaux, nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesse nous charrie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous as maistrie,
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
A lui n’ayons que faire ni que souldre.
Homme, ici n’a point de moquerie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Vocabulaire

ci : ici
quant de : quant à
piéça : en parties
clamer : appeler
occire : tuer
avoir bon sens rassis : être raisonnable
transi : mort
tarir : assécher
harier : tourmenter
buer : lessiver
caver : creuser
assis : tranquille
charrier : balancer
maistrie : maîtrise
souldre : payer
ici n’a point : ici il n’y a lieu à

Dans son oeuvre, Villon a abordé tous les grands thèmes lyriques : piété, patriotisme, regrets du passé, remords, fraternité humaine, hantise de la mort.
Il est gai et triste, railleur. Il voit le pittoresque et le comique des choses.
Son art est remarquable par son réalisme, sa langue vivante et populaire, voire brutale. C’est un maître du rythme, ses vers sont harmonieux et sonores.
C’est le premier grand poète lyrique de langue française. C’est un grand lyrique aux accents déjà modernes.

Exercice

1. Quels sont les sentiments que vous retrouvez dans le Petit et le Grand Testament ?
2. La vie de Villon explique-t-elle ces sentiments ?


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François Villon (1431 — 1485), de son vrai nom François Montcorbier, est né à Paris d’une famille du peuple. Ayant perdu très jeune son père, il fut élevé par un parent, le chanoine Guillaume de Villon dont il prit le nom et qui le fit étudier à l’université. Tapageur et libertin, Villon tue un homme dans une rixe et doit quitter Paris à 24 ans. Il s’affilie à une bande d’enfants perdus et vit désormais avec eux entre le cabaret, la prison, la faim et la potence.
Deux fois condamné à être pendu, il interjette appel avec tant d’esprit qu’il obtient sa grâce. Ses dernières années et sa fin demeurent obscures. — Villon est le premier vrai poète français, tour à tour sérieux, ému, plaisant et même bouffon. Sa langue est simple, forte, souvent crue. Il a intitulé les deux recueils de ses poésies Le Petit Testament et Le grand Testament; dans celui-ci se trouvent ses belles ballades:
Les Dames du Temps jadis (Où sont les neiges d’antan?), instabilité des choses terrestres.
La Ballade des Pendus, scène macabre de gibet.
Les Regrets, poignants remords de sa vie manquée.
A la Requête de ma Mère, prière à Notre Dame pour obtenir une bonne mort.

Schmidt