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François Villon

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François Villon, La Ballade des Pendus

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Le plus grand poète lyrique du moyen âge est François Villon(1431 – ±1463).

Notice biographique

François de Montcorbier est né à Paris, d’une famille pauvre. Un parent plus fortuné, Guillaume de Villon, l’élève et lui donnera son nom.
La vie du poète est une longue suite de chutes de plus en plus graves et de repentirs de plus en plus sincères. Jusqu’à deux fois il a failli être pendu pour sa participation aux délits d’une bande de malfaiteurs. On perd sa trace en 1463 lorsqu’il est exilé pour 10 ans.

Oeuvres

A la suite de démêlés avec l’autorité, il est obligé de quitter Paris. A cette occasion il écrit les Lais ou le Petit Testament (1456). Ce sont des poèmes comiques et burlesques où il lègue à ses amis les riens qui font la richesse.

Texte original

L’an quatorze cent cinquante six,
Je, François Villon, escolier,
Considérant, de sens rassis,
Le frein aux dents, franc au collier,
Qu’on doit ses oeuvres conseiller,
Comme Végèce le raconte,
Sage Romain, grand conseiller,
Ou autrement on se mécompte …

Premièrement, au nom du Père,
Du Fils et du Saint-Esperit,
Et de sa glorieuse Mère.
Par qui grâce rien ne périt,
Je laisse, de par Dieu, mon bruit
A Maître Guillaume Villon,
Qui en l’honneur de son nom bruit,
Mes tentes et mon pavillon.

Item, à celle que j’ai dit,
Qui si durement m’a chassé
Que je suis de joie interdit
Et de tout plaisir déchassié,
Je laisse mon coeur enchâssé,
Pâle, piteux, mort et transi :
Elle m’a ce mal pourchassié,
Mais Dieu lui en fasse merci !

Fait au temps de la dite date
Par le bien renommé Villon,
Qui ne mange figue ni datte.
Sec et noir comme un écouvillon,
Il n’a tente ni pavillon
Qu’il n’ait laissé à ses amis,
Et n’a mais qu’un peu de billon
Que sera tantôt à fin mis.

Texte adapté

L’an quatorze cent cinquante six,
Moi, François Villon, étudiant,
Considérant avec un esprit calme,
Le frein aux dents, spontanément
Qu’on doit arranger ses affaires
Comme Végèce le raconte,
Sage romain, grand conseiller,
Ou qu’autrement, on se trompe…

Premièrement, au nom du Père
Du Fils et du Saint-Esprit
Et de sa glorieuse Mère
Par la grâce de qui rien ne périt,
Je laisse, par Dieu, ma réputation,
A Maître Guillaume Villon,
Qui, en l’honneur de son nom retentit,
Mes tentes et mon pavillon.

De même, à celle dont j’ai parlé,
Qui si durement m’a chassé
Que toute joie m’est interdite
Et que je suis dépossédé de tout plaisir,
Je laisse mon coeur enchâssé,
Pâle, piteux, mort et transi :
Elle m’a procuré ce mal,
Mais Dieu lui en fasse pitié !

Fait au temps de la susdite date
Par Villon le bien renommé,
Qui ne mange ni figue ni datte.
Sec et noir comme un écouvillon
Il n’a ni tente ni pavillon
Qu’il n’ait laissé à ses amis,
Il n’a plus qu’un peu de menue monnaie
Qui sera bientôt dissipée.

Le Grand Testament (1461) est l’oeuvre capitale de Villon, une confession pathétique dans laquelle le poète, condamné à être étranglé et puis pendu, est hanté par l’idée de la mort.

Texte original

En l’an trentième de mon âge,
Que toutes mes hontes j’eus bues,
Ni du tout fol, ni du tout sage,
Nonobstant maintes peines eues,
Lesquelles j’ai toutes reçues
Sous la main Thibault d’Aussigny …
S’évêque il est, signant les rues,
Qu’il soit le mien je le renie.

Si prie au benoît Fils de Dieu,
Qu’à tous mes besoins je réclame,
Que ma pauvre prière ait lieu
Vers lui, de qui tiens corps et âme,
Qui m’a préservé de maint blâme
Et franchi de vile puissance.
Loué soit-il, et Notre Dame,
Et Louis, le bon roi de France !

Hé Dieu ! si j’eusse étudié
Au temps de ma jeunesse folle
Et à bonne moeurs dédié,
J’eusse maison et couche molle.
Mais quoi ? je fuyoie l’école,
Comme fait le mauvais enfant.
En écrivant cette parole,
A peu que le coeur ne me fend.

Pauvre je suis de ma jeunesse
De pauvre et de petite extrace;
Mon père n’eut oncq grand richesse,
Ni son aïeul nommé Horace;
Pauvreté tous nous suit et trace.
Sur les tombeaux de mes ancêtres,
Les âmes desquels Dieu embrasse !
On n’y voit couronnes ni sceptres.

Je connais que pauvres et riches,
Sages et fols, prêtres et lais,
Nobles, vilains, larges et chiches
Petits et grands, et beaux et laids,
Dames à rebrassés collets,
De quelconque condition,
Portant atours et bourrelets,
Mort saisit sans exception.

La mort le fait frémir, pâlir,
Le nez courber, les veines tendre,
Le col enfler, la chair mollir,
Jointes et nerfs croître et étendre.
Corps féminin, qui tant est tendre,
Poli, souef, si précieux,
Te faudra-t-il ces maux attendre ?
Oui, ou tout vif aller ès cieux.

Texte adapté

En l’an trente de mon âge,
Lorsque j’eus bu toutes mes hontes,
Ni tout à fait fou, ni tout à fait sage,
Malgré que j’eusse maintes peines,
Lesquelles j’ai toutes reçues
De la main de Thibaut d’Aussigny
S’il est évêque, bénissant les rues,
Pour moi, je le renie pour mon évêque.

Et je prie ainsi le béni fils de Dieu,
Que je réclame pour tous mes besoins,
Que ma pauvre prière aille
Vers lui, de qui je tiens corps et âme,
Qui m’a préservé de maint blâme
Et affranchi de vile puissance.
Loué soit-il et Notre-Dame,
Et Louis, le bon roi de France !

Ha Dieu ! si j’avais étudié
Au temps de ma folle jeunesse
Et si j’avais eu de bonnes moeurs,
J’aurais maison et couche molle.
Mais quoi ? je fuyais l’école
Comme fait le mauvais enfant.
En écrivant cette parole,
Mon coeur se fend presque.

Pauvre je suis depuis ma jeunesse
De pauvre et de petite origine;
Mon père n’eut jamais de grandes richesses,
Pas plus que son aïeul nommé Horace;
La pauvreté nous suit tous et nous talonne.
Sur les tombeaux de mes ancêtres,
Que Dieu accueille leurs âmes !
On ne voit ni couronnes ni sceptres.

Je sais que pauvres et riches,
Sages et fous, prêtres et laïcs,
Nobles, roturiers, généreux et avares,
Petits et grands et beaux et laids,
Dames à collets retroussés,
De n’importe quelle condition,
Portant hennins et bonnets ronds
La Mort saisit tous sans exception.

La Mort (le) fait frémir, pâlir,
Courber le nez, tendre les veines,
Enfler le cou, amollir la chair;
Croître et étendre les jointures et les nerfs.
Corps féminin qui est si tendre,
Poli, doux, si précieux,
Te faudra-t-il attendre ces maux ?
Oui, ou (sinon) tout vivant aller aux cieux.

Un autre extrait célèbre du Grand Testament est l’Epitaphe Villon, qui a reçu plus tard le nom de la Ballade des pendus. Villon a été condamné à être pendu et il s’imagine déjà mort. Il adresse un message posthume à tous les hommes qui vivront après lui.

Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci.
Vous nous voyez ci attachés cinq, six :
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Si frères vous clamons, pas n’en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n’ont bon sens rassis;
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis;
Pies, corbeaux, nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesse nous charrie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous as maistrie,
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
A lui n’ayons que faire ni que souldre.
Homme, ici n’a point de moquerie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Vocabulaire

ci : ici
quant de : quant à
piéça : en parties
clamer : appeler
occire : tuer
avoir bon sens rassis : être raisonnable
transi : mort
tarir : assécher
harier : tourmenter
buer : lessiver
caver : creuser
assis : tranquille
charrier : balancer
maistrie : maîtrise
souldre : payer
ici n’a point : ici il n’y a lieu à

Dans son oeuvre, Villon a abordé tous les grands thèmes lyriques : piété, patriotisme, regrets du passé, remords, fraternité humaine, hantise de la mort.
Il est gai et triste, railleur. Il voit le pittoresque et le comique des choses.
Son art est remarquable par son réalisme, sa langue vivante et populaire, voire brutale. C’est un maître du rythme, ses vers sont harmonieux et sonores.
C’est le premier grand poète lyrique de langue française. C’est un grand lyrique aux accents déjà modernes.

Exercice

1. Quels sont les sentiments que vous retrouvez dans le Petit et le Grand Testament ?
2. La vie de Villon explique-t-elle ces sentiments ?


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François Villon (1431 — 1485), de son vrai nom François Montcorbier, est né à Paris d’une famille du peuple. Ayant perdu très jeune son père, il fut élevé par un parent, le chanoine Guillaume de Villon dont il prit le nom et qui le fit étudier à l’université. Tapageur et libertin, Villon tue un homme dans une rixe et doit quitter Paris à 24 ans. Il s’affilie à une bande d’enfants perdus et vit désormais avec eux entre le cabaret, la prison, la faim et la potence.
Deux fois condamné à être pendu, il interjette appel avec tant d’esprit qu’il obtient sa grâce. Ses dernières années et sa fin demeurent obscures. — Villon est le premier vrai poète français, tour à tour sérieux, ému, plaisant et même bouffon. Sa langue est simple, forte, souvent crue. Il a intitulé les deux recueils de ses poésies Le Petit Testament et Le grand Testament; dans celui-ci se trouvent ses belles ballades:
Les Dames du Temps jadis (Où sont les neiges d’antan?), instabilité des choses terrestres.
La Ballade des Pendus, scène macabre de gibet.
Les Regrets, poignants remords de sa vie manquée.
A la Requête de ma Mère, prière à Notre Dame pour obtenir une bonne mort.

Schmidt


  • François Villon

    François Villon

    Villon est mort on ne sait quand ni où. Et cependant son nom éveille toujours un large écho. Célébrité souvent équivoque… Un certain romantisme de la pègre a imposé l’image haute en couleur d’un mauvais garçon-poète, d’un «escholier» paillard, pillard, crocheteur, pipeur, et querelleur, menant joyeuse vie et traînant une semelle famélique avec des compagnons de sac et de corde, des gibiers de potence qu’il faillit bien suivre jusqu’à Montfaucon… Un truand de génie, en somme, mettant à profit ses fréquents séjours dans les culs de basse-fosse épiscopaux ou séculiers pour y composer des vers étonnamment modernes.

    Mais que savons-nous, au juste, de Villon ? Peu de choses… Ce qu’il nous en dit lui-même et ce que nous révèlent les archives judiciaires et les registres de l’Université de Paris. Il n’en ressort même pas une certitude quant à son nom François de MONTCORBIER ? ou des LOGES ? ou les deux à la fois ? VILLON est le nom de son oncle, maître Guillaume de Villon, qui fut pour lui plus qu’un père. Le poète nous indique lui-même, avec humour, le lieu de sa naissance :

    « Je suis François, dont ce me poise,
    Né de Paris emprès Pontoise… »

    Nous sommes en 1431. La guerre de Cent ans ravage la France. A Paris surtout, on a faim et froid. Cette misère générale est encore plus accentuée pour le jeune François dont le père meurt de bonne heure. Sa mère, pauvrette et ancienne, ne voit d’autre issue que de confier son fils au riche chapelain de St Benoît-Ie-Bétourné, son oncle. François manifeste une vive intelligence, et Maître Guillaume de Villon, au grand cœur et à la bourse bien garnie, est décidé à lui faciliter l’accès aux plus hautes situations. Pour un garçon pauvre et de petite extrace, une seule filière: celle de l’Université. Villon finira-t-il dans la peau d’un brillant avocat au Parlement, d’un Conseiller du roi ou d’un chanoine prospère ? Ses succès universitaires le laissent espérer si, toutefois, le bachelier (en 1449), puis maître ès arts (en 1452) Franciscus de Montcorbier, de Parisius et François Villon ne sont qu’une seule et même personne — ce qui reste à prouver.

    La vie d’un écolier, c’est-à-dire d’un étudiant de l’Université, est rien moins qu’austère. Les chroniques de l’époque fourmillent des tours pendables commis par la population turbulente de la montagne Sainte-Geneviève. Placés sous la juridiction ecclésiastique, les étudiants jouissent d’une certaine impunité dont ils abusent — et Villon plus qu’un autre… Dans le Lais et le Testament, le poète évoque nombre de ces méfaits plus ou moins graves, qui vont des classiques farces de «potaches» aux beuveries couronnées par des rixes dans les tavernes louches de la Pomme du Pin, du Trou Perrette ou du Grand Godet… Ce sont aussi de menus larcins, de moins en moins menus, d’ailleurs, au fur et à mesure que nos compères s’enhardissent. Si pour le vol de poules ou de canards, Villon donne la palme aux dits Jean Le Loup et Cholet, il acquiert une enviable réputation d’écornifleur: ce ne sont que repues franches et banquets, gagnés sur la jobardise de tel ou tel bourgeois… En dépit de ces fredaines, Villon n’aurait peut-être pas déçu les espérances de son oncle, le docte et bon chapelain, si un malheureux incident n’était venu infléchir définitivement son destin. Le 5 juin 1455, un certain Philippe Sermoise, prêtre de son état, provoque Villon, le blesse et, finalement, est tué par lui. Villon juge prudent de s’éloigner quelque temps de Paris. Il obtient des lettres de rémission et rentre dans la capitale en 1456. Mais, entre temps, il a perdu le goût des études et aiguisé celui de bien vivre.

    « Il n’est trésor que de vivre à son aise »…

    Mais le moyen de vivre à son aise quand la bourse est pleine de vent? De l’argent, il y en a… dans les coffres du collège de Navarre. Dans la nuit de Noël 1456, le pauvre écolier s’acoquine avec trois crocheteurs et un clerc de son espèce — c’est-à-dire peu recommandable — et fait main basse sur cinq cents écus d’or, puis prend le large en déclarant bien haut, pour donner le change, qu’il va à Angers afin d’oublier le mépris d’une belle au cœur dur… De 1456 à 1461, il erre en province. D’aucuns affirment qu’il s’affilie aux «Coquillards», participant aux expéditions de ces brigands célèbres. Il en fréquente probablement quelques-uns, comme le laissent supposer ses ballades en jargon coquillard. Il a cependant des relations plus hautes: le duc Charles d’Orléans, par exemple, qui l’accueille quelque temps en sa cour, puis le duc de Bourbon. Mais

    « Nécessité fait gens méprendre
    Et faim sortir le loup du bois ».

    Ladite nécessité pousse donc Villon à commettre on ne sait trop quels forfaits. Toujours est-il qu’on le retrouve, en mai 1461, dans les cachots sinistres de l’évêque d’Orléans, à Meung-sur-Loire. Le 2 octobre de la même année, le nouveau roi Louis XI vient passer par Meung Villon est libéré, complètement épuisé par cinq mois de régime au pain et à l’eau. C’est alors qu’il compose tout ou partie du Testament, dit le Grand Testament, où il met sa vie entière. À la fin de 1462, il revient à Paris, nullement assagi par le sort de ses amis Regnier de Montigny et Colin des Cayeux, pendus haut et court un peu auparavant. Dès le 3 novembre, il se retrouve emprisonné au Châtelet. Il en sort le 7, pour être de nouveau incarcéré un mois plus tard. Cette fois-ci, l’affaire est grave: impliqué — à tort, semble-t-il — dans l’agression d’un personnage important, il est questionné et condamné à être pendu et étranglé. Villon adresse une requête au Parlement de Paris. Mais, sans illusion, il se prépare à finir comme ses compagnons de la Coquille et compose la fameuse Ballade des Pendus. Contre toute attente, la peine de mort est commuée en bannissement de Paris pour dix ans. Le poète obtient un sursis de trois jours pour faire ses adieux, quitte la ville et disparaît pour toujours.

    Villon : le premier poète «moderne».

    De nombreux poèmes ont été attribués à Villon. Cependant, on ne peut lui reconnaître avec certitude que la paternité du Lais (appelé aussi Petit Testament), du Testament (dit le Grand Testament), de quelques pièces isolées et des ballades réunies sous le titre Le Jargon et le Jobelin (composées en jargon des Coquillards).

    Villon n’a pas connu l’enfer des poètes, ce discrédit plus ou moins long où tombe leur œuvre après leur mort. De Clément Marot à Sainte-Beuve, en passant par Boileau, sans parler de la critique contemporaine qui lui assigne une place de choix dans le panthéon de la poésie française, le pauvre Villon n’a cessé d’être reconnu comme l’un des plus grands. On s’accorde à voir en lui le premier des poètes modernes.

    «Moderne» qu’est-ce à dire ? On a comparé Villon à Rimbaud, Verlaine, Lautréamont, Apollinaire… en se référant souvent plus à sa vie mouvementée qu’à son oeuvre. Or, si Villon innove, c’est d’abord en tant que poète.

    Avant lui, le poète était le plus souvent un chantre impersonnel, quel que soit son registre : gestes, romans courtois, fabliaux satiriques, poésie allégorique ou didactique. Rutebeuf, Christine de Pisan, Charles d’Orléans ont un accent déjà plus original, mais encore étouffé par de multiples conventions : sociales, philosophiques, morales et littéraires. Villon, lui, est intensément présent dans ses vers. En cela, il inaugure la poésie personnelle qui s’épanouira trois siècles plus tard avec les Romantiques dans un style fort différent toutefois. Mais cette présence qui nous touche est affaire d’intonation, beaucoup plus que de complaisance autobiographique. Il ne suffit pas d’être un brigand et de le proclamer, même avec art, pour être poète. Au-delà des péripéties, fussent-elles pittoresques, nous atteignons l’homme-Villon, et c’est ce qui nous émeut :

    « Ce qui le rend éternel, ce n’est pas l’anecdote ni la science poétique ; ce n’est pas qu’il fut un brigand mal aimé ni un chantre parfait. C’est que son chant est l’émanation même de son être. De même que l’accent d’une voix peut nous toucher en dehors de ce qu’elle nous dit et du soin qu’elle prend à le faire, de même Villon nous est cher par l’intonation de son œuvre ».
    J. CHARPIER, François Villon,Ed. Seghers

    Quelle est cette intonation ? D’abord la sincérité : c’est le moi profond du poète qui nous est livré dans ces vers. Ensuite, une alliance subtile de mélancolie et de truculence, de tendresse et d’ironie, de bouffonneries et de graves méditations… C’est une extrême pudeur dans l’émotion et une certaine distance prise avec soi-même : le je s’adresse au moi avec un tu sans illusion, souvent caustique, mais nuancé de cette pitié fraternelle que le poète ressent pour lui comme pour ses frères humains, tous logés à la même enseigne de la mort inéluctable, tous capables du meilleur et du pire, « ni du tout fol(s), ni du tout sage(s) »… Et parmi eux, les plus aimés, ces enfants perdus : déshérités de tout poil, escrocs au petit pied, rebuts de la société, truands souvent malgré eux, qui s’en iront bientôt, triste lessive, sécher au soleil noir de Montfaucon… Cet accent si original, c’est enfin une hauteur de ton qui dépasse le particulier pour atteindre l’universel et l’éternel, sans jamais tomber dans l’emphase ni la convention.

    « Villon poète et rien que poète, c’est-à-dire un homme qui chante la vérité désolante de l’homme, et par là nous en fait un sombre plaisir ».
    J. CHARPIER, Op. cit.
    Source

    François Villon

    La Ballade des Pendus

  • Villon

    François Villon

    Sa vie. — François Villon naquit à Paris vers 1430. Ses parents étaient de pauvres gens illettrés. Le surnom de Villon, sous lequel il devait se faire connaître, lui vint d’un ecclésiastique, Guillaume de Villon, qui le protégea. Il fut reçu bachelier en 1449, puis, en 1552, licencié et maître ès arts. Mais, lié avec les plus mauvais sujets qu’il rencontra sur les bancs des écoles ou ailleurs, il devint bientôt le chef d’une troupe de garnements qui exerçaient aux dépens des marchands et des bourgeois une peu louable industrie. L’an 1455, maître François, ayant tué un prêtre dans une rixe, est condamné à mort, et, en appel, à l’exil. Peu de temps après, il obtient sa grâce et revient. Presque aussitôt, une aventure d’amour, et, probablement, un vol commis au collège de Navarre, l’obligèrent de repartir. C’est alors qu’il fit le Petit Testament. Il va d’abord à Angers, puis mène une vie errante. En 1461, nous le trouvons dans la prison de Meung-sur-Loire ; il y reste tout un été, et n’est élargi que grâce au passage de Louis XI, en vertu du droit de joyeux avènement. Vers la fin de cette même année, il compose son Grand Testament. Dès lors, nous n’avons plus sur son existence que très peu d ‘indications, et très suspectes. Il mourut sans doute avant 1470, peut-être avant 1465.

    Les deux « Testaments ». — Les deux œuvres importantes de Villon sont le Petit Testament et le Grand Testament. Nous savons qu’il ne fut pas le créateur du genre; mais il se l’appropria. Il y fit entrer les inspirations les plus diverses, mêlant la tendresse à la raillerie, les graves pensées aux propos bouffons ou même à des grossièretés rebutantes.

    Le Petit Testament contient une quarantaine de huitains. En distribuant des legs, la plupart imaginaires, Villon lance à ses ennemis, parfois à ses amis, de plaisantes épigrammes, que varient, çà et là, un retour sur lui-même, une note de mélancolie, une pointe d’émotion. Le Grand Testament, beaucoup plus étendu, fait aux legs beaucoup moins de place. Voilà la jeunesse du poète qui est passée, et Dieu sait en quelles folles plaisances! Usé, flétri, dégradé, la honte de son abjection lui monte au cœur. Il retrouve en soi ce fonds de sentiments généreux et délicats qui persiste encore à travers les ignominies de son existence. La lassitude, le repentir, le dégoût, lui inspirent une poésie profondément humaine, et, parfois, d’un pathétique poignant.

    Le talent de Villon. — Chez ce malandrin, dont la vie n’est qu’une suite de méfaits pendables, qui « tient son état » dans un bouge infect, qui tire matière à sa verve de ses propres turpitudes, il y a une âme naïve et douce, une imagination fraîche, un cœur capable de pures affections. Villon parle de sa mère avec piété, il parle avec gratitude de ceux qui l’ont secouru; il regrette ses désordres, ses vilenies, et, repassant sa jeunesse de «mauvais garçon», c’est « à peu » que « le cœur ne lui fend ». Le chantre de la belle heaulmière et de la gente saucissière, le compère ignoble de la grosse Margot, a connu l’amour candide et chaste. Le vagabond sans feu ni lieu a aimé sa patrie; il s’est souvenu de Jeanne, la bonne Lorraine; il a maudit « qui mal voudrait au royaume de France ». Enfin, l’impudent railleur, qui faisait la nique au gibet, a trouvé dans l’idée de la mort des inspirations d ‘une gravité pénétrante.

    Ce qui fait l’originalité de Villon, c’est qu’il fut un poète personnel. La poésie n’est pas pour lui, comme pour Charles d’Orléans, le divertissement d’un bel esprit. Il exprime sa propre émotion avec une sincérité que nous préférons aux plus subtils artifices. Nulle trace de ces froides allégories où se complaisaient les contemporains. Il nargue le jargon scolastique, le pédantisme officiel, les conventions à la mode, tout l’attirail factice et compassé de la rhétorique en vogue. Il ne chante que ce qu’il sent, il le chante comme il le sent. Sa franchise d’expression, son accent vif et net, la précision et la pureté de sa forme, en font le plus classique de nos poètes antérieurement à l’époque classique; et, d’autre part, son
    lyrisme le rend plus proche de nous que les classiques eux-mêmes.

    Villon

  • François Villon

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    François Villon

    François Moncorbier (1431-1484?) emprunta son nom de Villon à un de ses protecteurs, Guillaume de Villon. Son origine et sa vie sont obscures. Espiègle, tapageur, libertin, larron, il passa sa vie entre le cabaret, la prison, la faim et la potence, et n’échappa au gibet que par la faveur de Louis XI, qu’il avait appelé « bon roi »; cependant il fut toujours gai, toujours railleur, toujours spirituel. Ses œuvres ne ressemblent en rien à celles de ses prédécesseurs, et elles rentreraient difficilement dans aucune classification. Il a de l’originalité dans les idées comme dans le style, sans rien de convenu ni d’apprêté; indépendant et naturel, il est tout entier dans ses vers et ne chante rien d’étranger à lui-même; il nous raconte sa vie, ses idées, ses émotions personnelles; il dit sa misère comme sa joie, dans un langage qui est l’image fidèle de sa pensée et de ses sentiments. Villon est un homme de mauvaise compagnie, un poète de bas étage, mais il est énergique et sincère; il a une profonde sensibilité, une vive imagination, de l’âme et de l’esprit; et par ces qualités il laisse loin derrière lui tous les poètes de son temps. On ne peut l’absoudre de ses écarts, mais on peut le plaindre; sa nature voulait une autre condition: gâté par les « franches repues » des riches qu’il amusait, il ne savait endurer la faim; la misère le perdit. Dans son Petit Testament, il fait une énumération bouffonne des legs qu’il donne à ses amis et à ses ennemis. Dans le Grand Testament, son œuvre la plus sérieuse, il introduit sans ordre et au hasard de sa fantaisie des réflexions personnelles sur toutes sortes de sujets: sur la vie humaine dont il a vu le néant; sur la fuite des jours dont il a mesuré l’effrayante rapidité; sur la mort, sur les hontes et les misères de sa propre vie, sur sa jeunesse perdue et son avenir à jamais gâté.

    Bien sçay se j’eusse estudié
    Ou temps de ma jeunesse folle,
    Et à bonnes meurs dédié,
    J’eusse maison et couche molle!
    Mais quoi? Je fuyoye l’escolle,
    Comme faict le mauvays enfant …
    En escrivant cette parole,
    A peu que le cueur ne me fend.

    Triste ou gai, sévère ou railleur, quelque accent qu’il prenne, et quelque sentiment qu’il exprime, il est toujours grand poète par la profondeur et la sincérité du sentiment, par la vigueur et la précision du style. Villon a imaginé la poésie moderne, en trouvant la poésie des sujets simples.

    Il se fit durant cette période beaucoup de poésie religieuse et morale: la vanité de la vie est le thème favori, et il trouve sa plus forte expression dans la peinture de la Danse Macabre placée au cimetière des Innocents, à Paris, en 1424. Cette curieuse fresque qui représentait des squelettes entraînant dans la danse des personnes de toutes conditions et de tout âge, était accompagnée de strophes alternant entre la Mort et ses victimes. Le succès en fut très grand, et elle fut imitée dans l’art et dans la poésie.

    d’après:

    François Villon

  • François Villon – Biographie

    François Villon

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  • François Villon – Vie et oeuvre

    François Villon

  • François Villon – Caresme et charnage

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    François Villon

  • Auprès de la fontaine

    François Villon

  • Où sont les neiges d’antan ?
  • L’Épitaphe Villon
  • François Villon – La Ballade des Pendus – Traduction anglaise

    villon-la-ballade-des-pendus

    Source

    François Villon – La Ballade des Pendus

  • François Villon – Poèmes

    Épître à ses amis

    Espître (IX) à ses amis

    Ayez pitié, ayez pitié de moi,
    A tout le moins, s’il vous plaît, mes amis !
    En fosse gis, non pas sous houx ne mai,
    En cet exil ouquel je suis transmis
    Par Fortune, comme Dieu l’a permis.
    Filles aimant jeunes gens et nouveaux,
    Danseurs, sauteurs, faisant les pieds de veaux,
    Vifs comme dards, aigus comme aiguillon,
    Gousiers tintant clair comme cascaveaux,
    Le laisserez là, le pauvre Villon ?

    Chantres chantant à plaisance, sans loi,
    Galants riant, plaisants en faits et dits,
    Coureux allant francs de faux or, d’aloi,
    Gens d’esperit, un petit étourdis,
    Trop demourez, car il meurt entandis.
    Faiseurs de lais, de motets et rondeaux,
    Quand mort sera, vous lui ferez chaudeaux !
    Où gît, il n’entre éclair ne tourbillon :
    De murs épais on lui a fait bandeaux.
    Le laisserez là, le pauvre Villon ?

    Venez le voir en ce piteux arroi,
    Nobles hommes, francs de quart et de dix,
    Qui ne tenez d’empereur ne de roi,
    Mais seulement de Dieu de paradis ;
    Jeûner lui faut dimanches et merdis,
    Dont les dents a plus longues que râteaux ;
    Après pain sec, non pas après gâteaux,
    En ses boyaux verse eau à gros bouillon ;
    Bas en terre, table n’a ne tréteaux.
    Le laisserez là, le pauvre Villon ?

    Princes nommés, anciens, jouvenceaux,
    lmpétrez-moi grâces et royaux sceaux,
    Et me montez en quelque corbillon.
    Ainsi le font, l’un à l’autre, pourceaux,
    Car, où l’un brait, ils fuient à monceaux.
    Le laisserez là, le pauvre Villon ?

    Ballade (III) des menus propos

    Je connois bien mouches en lait,
    Je connois à la robe l’homme,
    Je connois le beau temps du laid,
    Je connois au pommier la pomme,
    Je connois l’arbre à voir la gomme,
    Je connois quand tout est de mêmes,
    Je connois qui besogne ou chomme,
    Je connois tout, fors que moi-mêmes.

    Je connois pourpoint au collet,
    Je connois le moine à la gonne,
    Je connois le maître au valet,
    Je connois au voile la nonne,
    Je connois quand pipeur jargonne,
    Je connois fous nourris de crèmes,
    Je connois le vin à la tonne,
    Je connois tout, fors que moi-mêmes.

    Je connois cheval et mulet,
    Je connois leur charge et leur somme,
    Je connois Biatris et Belet,
    Je connois jet qui nombre et somme,
    Je connois vision et somme,
    Je connois la faute des Boemes,
    Je connois le pouvoir de Rome,
    Je connois tout, fors que moi-mêmes.

    Prince, je connois tout en somme,
    Je connois coulourés et blêmes,
    Je connois mort qui tout consomme,
    Je connois tout, fors que moi-mêmes.

    Ballade des proverbes

    Tant gratte chèvre que mal gît,
    Tant va le pot à l’eau qu’il brise,
    Tant chauffe-on le fer qu’il rougit,
    Tant le maille-on qu’il se débrise,
    Tant vaut l’homme comme on le prise,
    Tant s’élogne-il qu’il n’en souvient,
    Tant mauvais est qu’on le déprise,
    Tant crie-l’on Noël qu’il vient.

    Tant parle-on qu’on se contredit,
    Tant vaut bon bruit que grâce acquise,
    Tant promet-on qu’on s’en dédit,
    Tant prie-on que chose est acquise,
    Tant plus est chère et plus est quise,
    Tant la quiert-on qu’on y parvient,
    Tant plus commune et moins requise,
    Tant crie-l’on Noël qu’il vient.

    Tant aime-on chien qu’on le nourrit,
    Tant court chanson qu’elle est apprise,
    Tant garde-on fruit qu’il se pourrit,
    Tant bat-on place qu’elle est prise,
    Tant tarde-on que faut l’entreprise,
    Tant se hâte-on que mal advient,
    Tant embrasse-on que chet la prise,
    Tant crie-l’on Noël qu’il vient.

    Tant raille-on que plus on n’en rit,
    Tant dépent-on qu’on n’a chemise,
    Tant est-on franc que tout y frit,
    Tant vaut « Tiens ! » que chose promise,
    Tant aime-on Dieu qu’on fuit l’Eglise,
    Tant donne-on qu’emprunter convient,
    Tant tourne vent qu’il chet en bise,
    Tant crie-l’on Noël qu’il vient.

    Prince, tant vit fol qu’il s’avise,
    Tant va-il qu’après il revient,
    Tant le mate-on qu’il se ravise,
    Tant crie-l’on Noël qu’il vient.

    François Villon

    La ballade des pendus

  • François Villon, Ballade des dames du temps jadis

    La Ballade des dames du temps jadis est une œuvre de François Villon. Elle fait partie du recueil Le Testament (connu aussi comme Le Grand Testament), où elle précède La Ballade des seigneurs du temps jadis et La Ballade en vieil langage Françoys, triptyque des ballades au centre de l’œuvre.

    Elle a été mise en musique et chantée par Georges Brassens dans son album Le Vent (1953), et traduite en anglais au XIXe siècle par Dante Gabriel Rossetti (Where are the snows of yesteryear).

    Ballade des dames du temps jadis



    Dites-moi où, n’en quel pays,
    Est Flora la belle Romaine,
    Archipiades, ni Thaïs,
    Qui fut sa cousine germaine ;
    Echo parlant quand bruit on mène
    Dessus rivière ou sus étang,
    Qui beauté eut trop plus qu’humaine
    Mais où sont les neiges d’antan?

    Où est la très sage Héloïs,
    Pour qui fut châtré et puis moine
    Pierre Abélard à Saint-Denis ?
    Pour son amour eut cette essoyne.
    Semblablement, où est la royne
    Qui commanda que Buridan
    Fut jeté en un sac en Seine ?
    Mais où sont les neiges d’antan ?

    La reine Blanche comme lis
    Qui chantait à voix de sirène,
    Berthe au grand pied, Bietris, Alis,
    Et Jehanne la bonne Lorraine
    Qu’Anglois brûlèrent à Rouen ;
    Où sont-ils, Vierge souveraine ?
    Mais où sont les neiges d’antan ?

    Prince n’enquérez de semaine
    Où elles sont, ni de cet an,
    Qu’à ce refrain ne vous remaine
    Mais où sont les neiges d’antan?

    (François Villon, Le Grand Testament, texte provenant de l’édition préparée par La Monnoye, 1873).

    Source du fichier audio: audiocité.net. Cet enregistrement est libre, vous pouvez le redistribuer et/ou le modifier selon les termes de la Licence Art Libre.

    Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Ballade des dames du temps jadis de Wikipédia en français (auteurs)

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François Villon, La Ballade des Pendus

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