Ta beauté, jadis cruelle

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Sonnet

On voit mourir toute chose animée
Lors que du corps l’âme subtile part ;
Je suis le corps, toi la meilleure part :
Où es-tu donc, ô âme bien aimée ?

Ne me laisse pas si longtemps pâmée,
Pour me sauver après viendrais trop tard.
Las ! ne mets point ton corps en ce hasard,
Rends-lui sa part et moitié estimée.

Mais fais, ami, que ne soit dangereuse
Cette rencontre et revue amoureuse,
L’accompagnant, non de sévérité,

Non de rigueur : mais de grâce amiable,
Qui doucement me rende ta beauté,
Jadis cruelle, à présent favorable.

Louise Labé (1524-1566)

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Louise Labé

La volonté du roi

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Colbert


Image from page 74 of "Dentelles et guipures : anciennes et modernes, imitations ou copies. Varieté des genres et des points. 52 portraits documentaires, 249 échantillons de dentelles, collerettes, fraises, manchettes, rabats, etc." (1904)

Colbert

The BL King’s Topographical Collection: "Veue de la Maison de Sceaux appartenant a Monseigneur Colbert "

La maison de Colbert

Crébillon

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La tragédie s’était énervée entre les mains des fades imitateurs de Racine. Crébillon entreprit de donner une vie nouvelle à ce genre épuisé; il chercha à exciter l’émotion chez les spectateurs par les moyens les plus violents: il étala sous leurs yeux des traits de la plus effroyable cruauté. La terreur est pour lui l’unique ressort de la tragédie, et souvent il émeut par ce procédé. Il abonde en beaux vers, mais isolés. Son style est ordinairement lâche, heurté, raboteux et peu correct: il est parfois déclamatoire, et presque toujours plus théâtral que dramatique. Rhadamiste et Zénobie passe pour son chef-d’œuvre. Il a laissé encore Idoménée, Atrée et Thyeste, Électre, Xerxès, Sémiramis, Pyrrhus, Catilina, le Triumvirat.

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Rhadamiste et Zénobie | Image

Catilina | Image


Crébillon


Image from page 304 of "Library of the world's best literature, ancient and modern" (1904)

Crebillon

Le Corbeau et le Renard

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Jean de La Fontaine


Le corbeau et le renard

Le corbeau et le renard

Vulpes et Corvus

En Flandre

La Porte des Baudets à Bruges | Image

En Flandre

Fuyons ! Voici le temps des roses,
Belle fuyons ! Voici l’été
Qui sème au seuil des portes closes
La poussière de la cité.

Partout où Juillet nous exile,
Si nous aimons, nous trouverons
Un peu d’ombre pour notre asile,
Un reflet d’azur pour nos fronts.

Allons où le veut la fortune
De notre insoucieux essor.
Regarde, ici la terre est brune,
Les filles ont des cheveux d’or.

Ici la plaine humide et noire
S’épanouit et livre au vent
L’inépuisable et chaste gloire
Des lins bleus et des blés mouvants.

C’est la terre aux sonores villes
Où s’éveillèrent autrefois
Vos appels, libertés civiles !
Et vos révoltes, ô beffrois !

Dont les cloches semblaient épandre,
Sur les cités et les sillons,
L’âme héroïque de la Flandre
Dans la rameur des carillons.

Aimons ici, près des eaux mornes
Et sous les saules argentés.
Confions nos rêves sans bornes
A ces pâles sérénités.

Aimons sous le ciel qui s’irise.
Au ciel du Nord, frileux et doux,
O belle ! apportons la surprise
Du clair soleil qui luit en nous.

Que notre joie, aube inconnue,
De feux, de splendeurs, de rayons,
Colore l’indécise nue,
Qui flotte aux froids Septentrions.

André de Guerne (1853-1912)

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