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La Princesse de Clèves

Madame de La Fayette avait quarante-quatre ans lorsque parut La Princesse de Clèves (1678). Éloignée de son mari et souvent malade, elle venait à Paris,fréquentant peu la Cour, entourée d’un petit cercle d’amis parmi lesquels La Rochefoucauld et Madame de Sévigné étaient les plus assidus. Elle avait déjà écrit une courte nouvelle: Mademoiselle de Montpensier (1662) et un petit roman, Zaïde (1670), mais la première avait paru sans nom d’auteur et le second était signé de Segrais, un écrivain qu’elle hébergeait. La Princesse de Clèves parut anonyme.

L’action se passe à la Cour de France, pendant les dernières années du règne de Henri II, vers 1558. La Cour, où le parti des Guise et celui des Montmorency intriguent et se disputent la faveur du roi, est particulièrement brillante; les beaux arts et les exercices du corps y sont également en honneur. Des courtisans magnifiques et des beautés remarquables en sont l’éclatante parure. Parmi les courtisans les plus en vue figurent un des fils du duc de Nevers, le prince de Clèves, «parfaitement bien fait, brave et magnifique», et surtout le duc de Nemours, «chef-d’œuvre de la nature», que Henri II pousse à épouser la reine Élisabeth d’Angleterre, qui a manifesté pour lui son admiration. Alors paraît à la Cour une des plus grandes héritières de France, Mlle de Chartres, que sa mère, veuve de bonne heure, a élevée loin de la Cour, selon les principes d’honnêteté et de prudence.

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Marguerite de Navarre (1492-1549)

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Fille de Charles d’Angoulême et de Louise de Savoie, soeur unique de François Ier, cette princesse épousa d’abord le duc d’Alençon, qui la laissa veuve en 1525. Elle devint ensuite reine de Navarre par son mariage avec Henri d’Albret, aïeul de Henri IV. La vie de Marguerite fut toute remplie par la tendre affection qu’elle portait à son royal frère, dont elle servit plus d’une fois les intérêts politiques. Passionnée comme lui pour les choses de l’esprit, elle lisait les auteurs grecs et latins dans l’original, et prenait même des leçons d’hébreu. Sa cour de Nérac, capitale du duché d’Albret, devint une sorte d’Athènes, le rendez-vous des savants et des artistes, mais aussi l’asile des réformés, que Marguerite accueillait plutôt par curiosité que par sympathie pour leur doctrine. Ces relations néanmoins ont fait suspecter sa foi. Frappée au coeur par la mort de François Ier, elle lui survécut peu et succomba, âgée de cinquante-sept ans.

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Le Roman de la Rose

Dans beaucoup d’oeuvres qui ont une tendance moralisatrice, l’auteur use d’un procédé très en faveur dans toute l’Europe du moyen âge, à savoir de l’allégorie. Les clercs y joignaient le goût de l’abstraction. C’est ainsi qu’ils font des sentiments, des vertus et des vices des personnages symboliques qui se mettent en voyage, se livrent des batailles, etc. Malgré la froideur de ces pâles abstractions il faut admirer souvent une connaissance assez fine de l’âme humaine.

Le chef d’oeuvre de cette littérature allégorique est Le Roman de la Rose. On a réuni sous ce titre deux oeuvres d’esprit entièrement différent, composés à quarante ans d’intervalle. La première partie, qui compte plus de 4000 vers, est l’ouvrage de Guillaume de Lorris (écrit entre 1225 et 1230). L’auteur suppose qu’il a un songe. Un matin de mai il rencontre un jardin, dont le mur crénelé est orné de dix statues peintes: Haine, Félonie, Convoitise, Avarice, Vieillesse etc. Conduit par Dame Oiseuse (personnification de l’oisiveté) il pénètre dans un beau jardin, le royaume de l’amour, où le dieu le perce de cinq flèches et lui dicte ses commandements. Le poète, guidé par Bel-Accueil, s’approche de la Rose qui est gardée par Honte, Peur, Danger, Malebouche (médisance) et lui donne un baiser. Jalousie élève alors une forteresse, où elle enferme Bel-Accueil. Le poète se lamente et le poème est interrompu.

Guillaume de Lorris a adressé son poème à la société aristocratique de son temps, à qui il a voulu donner un art d’aimer, où soient exposées les règles de l’amour courtois basées sur l’adoration et le respect de la femme.

Les 18000 vers que Jean de Meung a ajoutés au poème de son devancier (1270) sont animés d’un tout autre esprit. L’auteur est un bourgeois positif, qui méprise les femmes, un hardi penseur, qui ne respecte ni l’Église, ni les grands, ni les rois. C’est aussi un grand savant qui répand à profusion toute la science humaine dans son oeuvre. Tout en reprenant donc la fiction de son prédécesseur et en la conduisant à une fin toujours reculée, il trouve l’occasion de nous parler longuement de la philosophie, de la théologie, de l’astronomie, de l’origine du mariage, du pouvoir royal etc. Le résultat en est une oeuvre touffue, incohérente, que la verve audacieuse du satirique ne réussit que rarement à rendre intéressante.

Par le double caractère de ces deux parties, Le Roman de la Rose a connu un immense succès, qui s’est prolongé jusqu’au seizième siècle.

Le Roman de la Rose