La reine Margot

Marguerite de Valois (1553-1615), fille de Henri II et de Catherine de Médicis, épousa Henri de Navarre (Henri IV), qui la répudia en 1599; elle a laissé des Mémoires et des Poésies.

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Le 16e siècle

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La Saint-Barthélemy et la Mort de l’Amiral Coligny

La Saint-Barthélemy et la Mort de l’Amiral Coligny (1572)

Étourdi par les conseils de sa mère, Catherine de Médicis, Charles IX décida qu’il fallait délivrer son royaume de tous les Huguenots.

Il oublia la guerre avec l’Espagne, la conquête des Pays-Bas, l’alliance de l’Angleterre et la gloire que lui promettait Coligny dont l’influence sur lui avait été, un moment, prépondérante.

Les historiens racontent que le roi s’écria:

« Ce n’est pas deux ou trois Huguenots qu’il faut tuer, mais tous! »

Cependant la reine-mère craignait que le roi ne changeât d’avis. Il aimait à faire le forgeron et il s’était retiré dans sa forge. On alla l’y retrouver à minuit pour l’affermir dans sa résolution. Il travaillait d’un air farouche et semblait inquiet. Pour empêcher qu’il ne revînt sur sa décision, on avança le signal de deux heures.

À une heure du matin, le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, la cloche de Saint-Germain l’Auxerrois se mit en branle et le tocsin retentit sinistrement dans toutes les églises de Paris. Les soldats et les bourgeois, marqués d’une croix blanche, remplirent les rues en criant : « Vive Dieu et le Roi. »

Le duc de Guise à la tête de trois cents hommes se dirige vers la demeure de l’Amiral de Coligny. Une troupe commandée par un officier du nom de Besme, envahit la maison et enfonça les portes de l’appartement où se trouvait Coligny.

L’illustre vieillard s’avance au-devant d’eux, la tête nue et sans armes:

« Est-ce toi qui es l’amiral ? » lui demanda Besme.

« C’est moi qui le suis, » répond Coligny, et il ajoute aussitôt:

« Jeune homme tu devrais respecter mes cheveux blancs. »

Les assistants émus de tant de grandeur et de courage allaient s’attendrir, et Besme lui-même laissait retomber son épée, lorsque la voix du duc de Guise, qui réclamait sa victime, se fait entendre dans la cour.

Besme n’hésite plus, et porte le premier coup au vieillard, qui tombe baigné dans son sang; le reste de la bande se précipite sur lui et l’achève. Ensuite, le corps de l’amiral ayant été jeté par la fenêtre, le duc de Guise le foula aux pieds et lui cracha au visage.

Au bruit du tintement lugubre de toutes les cloches, les massacreurs se répandent dans Paris, avec des cris de mort. Ils enfoncent les portes, surprennent les Huguenots dans leur sommeil, et en font un horrible massacre.

« Saignez! saignez! » leur criait Tavannes, un des chefs du complot dont le récit qu’il écrivit du massacre de la Saint-Barthélemy nous a été conservé. « Saignez, les médecins disent que la saignée est aussi bonne au mois d’août qu’en mai. »

« On vit le roi, » dit Brantôme,  » tirer, d’une fenêtre du Louvre sur les Protestants fugitifs. » Mais plusieurs historiens pensent que ce détail est controuvé. Quoiqu’il en soit, Charles IX voulut ensuite contempler les restes mutilés de l’amiral, et les contemporains disent qu’il s’écria, comme le fit un ancien empereur romain:

« Le cadavre d’un ennemi tué sent toujours bon. »

Par toute la ville, le massacre fut épouvantable:

« La colère, le sang et la mort, » raconte Tavannes, « couraient les rues en telle horreur, que leurs Majestés mêmes, qui en étaient les auteurs, ne se pouvaient garder dans le Louvre. Paris semblait une ville conquise, au regret des conseillers, n’ayant été résolu que la mort des chefs et factieux; au contraire, tous Huguenots, femmes et enfants, étaient tués indifféremment, ne pouvant le roi, ni lesdits conseillers retenir les armes qu’ils avaient débridées. »

Un arrêt fut rendu contre la mémoire de l’amiral Coligny, on traîna sur la claie, son effigie faite de paille.

« Tout ce qu’on peut imaginer, » dit un historien, « pour flétrir un homme éternellement, fut accumulé dans l’arrêt porté contre sa mémoire. Il y était dit que son effigie portée de la Grève à Montfaucon, resterait dans l’endroit le plus élevé; que ses armes seraient traînées à la queue des chevaux par l’exécuteur de la haute justice, dans les principales villes du royaume ; injonction de lacérer et briser ses portraits et ses statues partout où ils se trouveraient, de raser son château de Châtillon-sur-Loing, sans qu’il pût jamais être rétabli; de couper les arbres à quatre pieds de haut, de semer du sel sur la terre, et d’élever, au milieu des ruines, une colonne où l’arrêt serait gravé. Enfin, tous ses biens furent confisqués, ses enfants déclarés roturiers et inhabiles à jamais posséder aucune charge. »

Les massacres se répétèrent dans les provinces. C’est à peine si quelques gouverneurs généreux refusèrent d’obéir aux ordres barbares de la cour. Le vicomte d’Orthez, commandant de Bayonne, écrivit cette réponse:

« Sire, j’ai communiqué les ordres de Votre Majesté aux officiers et soldats de la garnison; j’ai trouvé de bons Français affectionnés à votre service, mais pas un bourreau. »

Après Charles IX, le roi Henri III monta sur le trône. Sa faiblesse souleva contre lui les Huguenots, aussi bien que les Catholiques qui formèrent la Sainte-Ligue. La mort du frère d’Henri III ouvrit la question de la succession au trône. Le roi de Navarre, l’héritier légitime, était Huguenot, c’est pourquoi les Catholiques le repoussaient comme hérétique. Henri de Béarn défendit ses droits, les armes à la main.

En 1589, Henri III périt assassiné.

Le roi de Navarre devenait roi de France, mais la Ligue ne voulut point le reconnaître, et il dut conquérir son royaume. Il mit le siège devant Paris, puis, pour avancer les choses, il abjura la religion protestante et entra enfin dans sa bonne ville.

Henri IV rappela par ses qualités et sa justice, Louis XII et Saint-Louis dont le peuple se souvenait toujours.

Le 16e siècle

Le Camp du Drap d’Or

Le Camp du Drap d’Or (1520)

Pour lutter avantageusement contre l’empereur Charles-Quint, le roi de France, François Ier, chercha des alliances. Le roi d’Angleterre pouvait jouer un rôle important dans la lutte, et c’est avec raison qu’Henri VIII avait pris pour devise : « Qui je défends est maître. »

François Ier essaya de s’allier avec lui contre le nouvel empereur qui enveloppait et serrait la France de tous côtés. Le roi de France demanda une entrevue au roi d’Angleterre. Elle eut lieu, l’année 1520, en plein champ, entre Guines et Ardres.

On déploya des deux côtés une magnificence inouïe. Des tentes merveilleuses, que l’on appellerait plus justement des palais provisoires, furent élevées aux portes de Guines et d’Ardres.

Il faut se hâter d’ajouter que si cette entrevue est restée célèbre dans l’histoire, c’est beaucoup plus par son faste royal, par les plaisirs qui ne cessèrent de solliciter les assistants et par quelques traits personnels, que par ses résultats sur la politique générale des grandes nations.

On l’appela le Camp du Drap d’Or.

La dépense que firent les seigneurs des deux cours en habits et équipages, en bonne chère, en divertissements de toute sorte « ne se peut estimer », dit Martin du Bellay, « tellement que plusieurs portèrent leurs moulins, leurs forêts et leurs prés sur leurs épaules. Pourquoi la dite assemblée fut nommée le Camp du Drap d’Or. »

Le roi d’Angleterre avait fait élever par onze cents ouvriers, choisis parmi les plus habiles des Flandres et de la Hollande, une sorte de palais en bois, de forme quadrangulaire, long de 128 pieds par côté. Sur la face où se trouvait l’entrée était une fontaine dorée que dominait une statue de Bacchus et d’où sortaient un grand nombre de jets des meilleurs vins connus et qui portait cette inscription en lettres d’or :

« Faites bonne chère qui voudra. »

Vis-à-vis du Palais, on avait dressé une grande figure de sauvage qui portait les armoiries de la race du roi d’Angleterre et lui-même en avait indiqué l’inscription orgueilleuse:

« Celui que je soutiens l’emporte. »

Le roi de France, poussé par son esprit fastueux et chevaleresque se montra jaloux d’égaler en magnificence et en luxe son noble visiteur et il fit dresser, près d’Ardres, une tente immense, que soutenait à son centre, un mât démesuré, profondément enfoncé dans le sol.

En forme de dôme, l’immense tente était entièrement couverte, à l’extérieur, de drap d’or qui étincelait au soleil. À l’intérieur, elle représentait une sphère merveilleusement tendue en velours azuré, tout semé d’étoiles en or fin, pour figurer le firmament pendant une belle nuit sans nuages. À tous les angles de l’immense tente, on en avait dressé une plus petite mais non moins riche d’aspect et qui était comme un satellite de l’astre étincelant qui, posé sur le sol, rivalisait en éclat avec le soleil qui le faisait miroiter.

La première entrevue eut lieu en présence de tous les courtisans. Les deux rois montés sur des coursiers superbes et vêtus avec un luxe dont on n’a plus idée aujourd’hui, allèrent l’un au-devant de l’autre.

Le cheval du roi d’Angleterre ayant bronché, on vit tous les visages anglais se rembrunir. Cependant les deux princes se saluèrent courtoisement et avec affabilité et sans descendre de cheval, ils s’accolèrent. Puis, après avoir mis pied à terre, ils se dirigèrent en devisant amicalement vers la tente où ils se présentèrent mutuellement leurs principaux courtisans. On but ensuite des vins français. Le roi François se montra plein d’une bonne humeur qui disposa tous les étrangers en sa faveur, et le chroniqueur anglais, Edward Hall, décrit ainsi cet « aimable prince, fier de maintien et agréable de manières, le teint brun, les yeux profonds, le nez allongé, les lèvres épaisses, la poitrine et les épaules larges, avec de petites jambes et de grands pieds. »

Ensuite, les bals, les tournois, les luttes, les fêtes de toutes sortes se succédèrent sans interruption. Les banquets où étaient servis en profusion les mets les plus recherchés, furent splendides.

La cuisine française, comme on pense, triompha alors comme elle triomphe aujourd’hui. Elle fit une profonde impression sur le Cardinal Wolsey, premier Ministre et favori d’Henri VIII. Wolsey était l’amphitrion le plus libéral d’Angleterre. Et son goût se développa beaucoup en savourant l’excellente cuisine des maîtres-queux français du Camp du Drap d’Or. Quand il fut de retour en Angleterre, son Palais de Hampton Court devint une école pour les gourmands du temps.

Cependant, lorsque commencèrent les tournois, dans les combats corps à corps, les Anglais mieux exercés, remportèrent le prix. Mais le roi de France vengea les lutteurs français en jetant rudement sur le sol Henri VIII qui lui avait jeté un défi.

Un chroniqueur du temps raconte la scène comme il suit :

« Alors commencèrent les joutes qui durèrent huit jours, et furent merveilleusement belles, tant à pied comme à cheval. Après tous les passe-temps, le roi de France et le roi d’Angleterre se retirèrent en un pavillon où ils burent ensemble. Et là le roi d’Angleterre prit le roi de France par le collet et lui dit :

« Mon frère, je veux lutter avec vous. »

Et il lui donna un attrape ou deux ; et le roi de France qui était un fort bon lutteur, lui donna un tour et le jeta par terre. Et voulait encore le roi d’Angleterre relutter, mais tout cela fut rompu, et fallut aller souper. »

Henri VIII, qui avait toujours vaincu ses courtisans, ne put cacher son dépit et garda rancune à son vainqueur.

Ainsi, tout le bénéfice du luxe déployé par le roi chevalier fut perdu, et il ne put faire alliance avec le roi d’Angleterre.

La première guerre de François Ier contre Charles-Quint, avait pour objet d’enlever ce pays à la domination du puissant empereur d’Allemagne.

François Ier allait descendre au delà des Alpes pour venir au secours de Lautrec, qui avait été battu, lorsqu’il apprit qu’un des plus riches seigneurs de France, issu du sang royal, le connétable de Bourbon, ambitieux mécontent, avait conclu un traité avec l’empereur d’Allemagne et le roi d’Angleterre pour leur livrer la France. La trahison découverte, Bourbon s’enfuit, mais l’armée du roi de France fut vaincue à Biagrasso par le connétable de Bourbon lui-même, qui n’eut point honte de porter les armes contre son pays.

Pendant la retraite des Français, le chevalier Bayard, qui défendait bravement l’arrière-garde, fut mortellement blessé par un coup d’arquebuse. On le coucha au pied d’un arbre. Les ennemis survinrent et le couchèrent sur un lit de camp. Le connétable de Bourbon osa s’approcher du bon chevalier qui, avant de mourir, lui reprocha vivement sa trahison.

Le 16e siècle

Bayard et François Ier

Bayard arme chevalier le roi de France, François Ier, après la bataille de Marignan (1515)

A la fin du XVe siècle, de grands changements s’étaient accomplis dans le monde. L’imprimerie avait été découverte ; les Grecs chassés de Constantinople par les Turcs, avaient apporté les manuscrits antiques en Occident et réveillé le goût pour l’étude. En 1492, Christophe Colomb agrandit la terre en découvrant l’Amérique. Les temps modernes commencent.

Le roi de France, Louis XII, avait entraîné son peuple à faire la guerre en Italie. Beaucoup de victoires avaient été rendues inutiles par beaucoup de défaites. Sans ces guerres, le règne de Louis XII eût été bien plus heureux. Cependant, la sagesse, la justice de son administration accrurent la prospérité du pays.

Son successeur, François Ier , qui était son cousin, voulut tout de suite réparer les malheurs qui avaient attristé les dernières années du règne. Il franchit hardiment les Alpes, força les Suisses qui gardaient les passages, à se replier sur Milan, et remporta une victoire décisive à la journée de Marignan. D’un seul coup le Milanais fut reconquis.

Un nom évoque la gloire des guerres d’Italie, c’est celui de Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche.

Bayard ! Ce nom évoque la bravoure militaire, la générosité, un pont défendu par un seul homme contre toute une armée, une armure comme au moyen-âge, le respect à la parole donnée, la loyauté et la chevalerie avec tout ce que ce mot comporte d’élégance et d’héroïsme.

Au moment de l’avènement du roi François Ier , celui qui mérita d’être surnommé le chevalier sans peur et sans reproche remportait de grands succès en Italie, dans le Milanais où son roi vint le rejoindre. Les Italiens étaient soutenus par les troupes suisses, qui étaient excellentes. Une grande bataille se préparait. Le jeudi 13 septembre 1515, vers midi, on entendit mugir dans les rues de Milan, le taureau d’Uri et la vache d’Unterwalden. A ce signal, les Suisses, les cavaliers italiens, et l’artillerie sortirent de la ville et allèrent vers le camp français. On prévint François Ier , qui était sur le point de se mettre à table. Aussitôt, il s’arma et courut défendre l’artillerie, contre laquelle se portaient les efforts des Suisses. Les lansquenets menés par le duc de Guise, qui trouva la mort dans cet engagement, le comte de Saint-Pol et le bon chevalier Bayard, refoulèrent l’ennemi.

Plus de deux mille Suisses se campèrent en face de François Ier , qui les chargea gaillardement, se donnant autant que s’il avait été un simple gentilhomme et réussit à les rompre. Le combat dura dans la nuit. Elle était tombée depuis quatre heures que l’on se battait encore et avec un égal acharnement des deux parts.

Pendant la dernière charge, Bayard ayant eu son cheval tué sous lui, était remonté sur un autre gaillard coursier. Mais tandis qu’il se démenait au milieu des piques suisses, ses rênes furent coupées par les ennemis. C’est alors que le chevalier sans peur et sans reproche faillit être victime d’un accident qui aurait pu lui coûter la vie. Le cheval, ne se sentant plus retenu, partit au grand galop, traversa les rangs ennemis et emportait son cavalier vers un autre bataillon suisse, lorsqu’il dut s’arrêter dans les vignes qui l’empêchaient d’avancer.

Bayard crut que sa dernière heure était venue, car les Suisses ne l’auraient pas épargné, s’ils l’avaient tenu. Toutefois, il ne perdit pas son sang-froid. Il descendit de cheval aussi vite que le lui permettait son armure. Il se débarrassa rapidement de son armet et de ses cuissards, et se dirigea à quatre pattes vers l’endroit, où il entendait crier « France ».

Il rencontra tout d’abord le duc de Guise, qui fut bien étonné de le rencontrer ainsi démonté et lui fit donner un admirable cheval nommé le Carman, et qui justement était un présent que lui avait fait Bayard.

Il l’avait trouvé lors d’une autre bataille, à Brescia, et l’abandonna à la bataille de Ravenne, les flancs percés de deux coups de pique et la tête ensanglantée par plus de vingt coups d’épée. La noble bête, cependant, n’était point morte, et le lendemain, un soldat qui passait, l’entendit hennir avec tant de tristesse, que ce bon homme en eut pitié et la ramena au logis du chevalier, qui la fit soigner. L’animal se soumit doucement à tous les pansements, et en peu de temps il fut en état de reparaître sur les champs de bataille. Les combats l’excitaient à tel point que dès qu’il voyait une épée nue il courait la saisir avec les dents. On pense avec quel plaisir Bayard, heureux d’avoir échappé au péril et d’avoir retrouvé son magnifique cheval, se remit en selle.

Il lui manquait un armet, et il était extrêmement dangereux de combattre la tête nue. Un gentilhomme de ses amis vint à passer, un page le suivait en portant son armet que Bayard emprunta.

Cependant, la lune s’étant couchée, la nuit devint si noire qu’il fallut bien s’arrêter de combattre, car l’on ne savait plus si l’on attaquait un ennemi ou un frère d’armes. La victoire n’était point décidée. On suspendit le combat durant quelques heures.

Il reprit de plus belle au point du jour, mais dans des conditions différentes et très inégales, car les Français avaient tiré parti de la nuit en remettant de l’ordre dans leurs rangs. Et quand ce fut l’aube, la présence du roi que l’on avait cru mort parut aux soldats comme un gage de victoire, et bien qu’ils fussent épuisés par les efforts de la veille, ils reprirent courage. L’artillerie, dirigée par le grand maître Galiot de Genouillac, fit merveille. Elle seconda admirablement les lansquenets et portait le désordre parmi les Montagnards, qui après quatre heures de combat durent s’enfuir du côté de Milan.

La bataille de Marignan était gagnée. C’est un des grands combats de l’histoire. Le vieux maréchal Trivulce, qui avait pris part à dix-huit batailles, disait qu’elles n’étaient toutes que des jeux d’enfant, mais que Marignan était un combat de géants.

Il coûta cher aux deux partis. Quinze mille Suisses étaient tombés sur le champ de bataille, et du côté des Français, la noblesse fut très éprouvée. On déplora la mort du duc de Châtellerault, du sire de Bourbon-Carenci, frère du duc de Guise, des sires de Bussy, d’Amboise et d’Imbercourt, tous morts glorieusement.

Cependant, la victoire était incontestable et en valait la peine. La joie fut grande dans le camp français et bien que chacun eût fait son devoir avec vaillance, tout le monde s’accorda pour acclamer Bayard comme le héros de la journée.

Le roi François Ier , qui l’avait vu combattre, voulut lui donner une preuve éclatante de l’estime où il le tenait, en lui demandant de l’armer chevalier.

Il y avait cependant au camp français, de grands personnages : le duc de Bourbon, les ducs de Lorraine, de Savoie, de Ferrare; les maréchaux de La Palisse, de la Tremouille, d’Aubigny. Le roi préféra recevoir l’ordre de chevalerie de la main d’un simple capitaine. Et l’historien de Bayard, celui qui a signé modestement son œuvre : le loyal serviteur, ajoute que le roi « avait bien raison, car de meilleur il n’eût pu prendre ».

La cérémonie fut d’une grandiose simplicité.

François Ier , s’adressant au chevalier sans peur et sans reproche, lui dit:

« Bayard, mon ami, je veux être fait aujourd’hui chevalier par vos mains, car j’estime que le chevalier qui a combattu à pied et à cheval en tant de batailles doit être réputé le plus digne. »

« Sire, » répondit Bayard, « celui qui est roi d’un si noble royaume est chevalier sur tous les autres. »

« Point d’excuses, Bayard, » reprit le roi, « dépêchez-vous. Il ne faut ici alléguer ni lois, ni canons. Faites mon vouloir et commandement si vous voulez être du nombre de mes bons serviteurs et sujets. »

« Certes, » répondit alors Bayard, « si ce n’est assez d’une fois, puisque telle est votre volonté, je le ferais sans nombre pour accomplir,moi indigne, votre vouloir et commandement. »

Il prit alors sa bonne épée et en frappa trois coups sur l’épaule du roi en s’écriant :

« Sire, autant vaille que si c’était Roland ou Olivier, Godefroy ou Baudouin son frère. Certes, vous êtes le premier prince que oncques fis chevalier ; Dieu veuille qu’en guerre ne preniez la fuite. »

Il s’arrêta un moment, regarda son épée et lui adressa ainsi la parole :

« Tu es bien heureuse d’avoir aujourd’hui donné l’ordre de chevalerie à un si vertueux et puissant roi. Certes, ma bonne épée, vous serez moult bien comme relique gardée et honorée, et ne vous porterai jamais si ce n’est contre Turcs, Sarrasins ou Maures. »

Puis il fit deux sauts et la remit au fourreau.

Le roi de France était fait chevalier.

La victoire de Marignan eut non seulement des conséquences glorieuses mais encore l’effet le plus profitable, car elle ouvrit aux Français les portes de Milan et peu après le pape Léon X signa avec François Ier un traité d’alliance.

Le règne de François Ier fut rempli par des guerres presque continuelles. Elles avaient pour but de briser la puissance de Charles-Quint qui régnait sur l’Espagne et sur l’Autriche.

Il possédait avec le Brabant, l’Artois par lequel il pouvait arriver tout de suite en Picardie, à une trentaine de lieues de Paris. Il possédait le Hainaut, le Luxembourg qui lui ouvraient une route à travers la Champagne. Il tenait à l’est la Franche-Comté, c’est-à-dire le Jura, qui domine la Bourgogne. Empereur, il pouvait encore du côté de l’est jeter sur notre pays toutes les forces de l’Allemagne. Roi d’Espagne et maître du Roussillon, il pouvait envahir le midi de la France. Roi de Naples, il tenait en échec notre puissance en Italie. La maison d’Autriche devenait donc un danger pour la maison de France, et une rivalité qui devait durer plusieurs siècles s’engagea entre les deux puissances. Ce qui permit à François Ier de se mesurer sans trop de désavantage avec Charles-Quint, c’est que le sentiment national, déjà fort, grandissait du milieu des épreuves et des périls. Il n’était plus temps, pour qu’un ennemi, même aussi redoutable que Charles-Quint pût démembrer la France.

Le 16e siècle

Le Banquier et sa Femme

« Le Banquier et sa Femme », par Quentin Metsys (musée du Louvre, Paris). On ne sait pas grand-chose quant à l’origine et à la date de naissance de cet artiste qui compte parmi les plus populaires des maîtres flamands. Certains documents établissent qu’il est né à Anvers, d’autres à Louvain. Quoi qu’il en soit, il aurait vécu vers la fin du XVe et le début du XVIe siècle. Thierry Bouts était un des premiers artistes qui exercèrent une grande influence sur Metsys, mais on n’a pu établir avec exactitude s’il eut un maître, et le cas échéant, lequel. Bien que la plupart de ses toiles soient d’inspiration religieuse, le goût de Metsys pour le côté satirique de la vie quotidienne l’incita à créer des tableaux du genre mondain, tel celui reproduit ici. C’est la première fois que se révèle un artiste désireux de critiquer délibérément les mœurs de ses contemporains.

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