Alain-Fournier – Le Grand Meaulnes – Documentation

Alain-Fournier – Le Grand Meaulnes – Documentation

Le titre du roman

Avant de s’appeler Le Grand Meaulnes, l’œuvre qui resta en gestation pendant 8 ans, prit d’autres titres : Les gens du domaine, Le pays sans nom, Le jour des noces.

La trame romanesque

Première partie : la découverte du pays perdu
— arrivée de Meaulnes,
— la fugue – la découverte du « domaine perdu »,
— le retour de Meaulnes.

Deuxième partie : le désir du « pays sans nom »
— la quête vaine du chemin pour retrouver Yvonne de Galais,
— Frantz à l’école – le serment à Frantz,
— Augustin Meaulnes va à Paris pour retrouver la jeune fille – désespoir.

Troisième partie : on retrouve le pays sans nom, le domaine des Sablonnières :
— Seurel retrouve Yvonne de Galais,
— les noces du grand Meaulnes et d’Yvonne de Galais,
— le départ de Meaulnes,
— Seurel et Yvonne attendent son retour,
— naissance de la fille d’Yvonne,
— mort d’Yvonne, et de son père,
— Seurel garde le domaine et l’enfant,
— Meaulnes revient installer Frantz dans le bonheur et reprendre à Seurel sa fille – Meaulnes repart.

Tout le roman est dominé par la figure d’Augustin Meaulnes mais on peut remarquer que chacune des trois parties s’ordonne plus précisément autour d’un des trois personnages d’adolescents : Meaulnes dans la première, Frantz, dans la seconde et Seurel dans la dernière. Chacun, à son tour, a une influence particulière sur le sens du roman : c’est Meaulnes qui découvre le domaine perdu, c’est le serment à Frantz qui empêchera le bonheur de Meaulnes avec Yvonne, c’est par Seurel que Meaulnes retrouve Yvonne.

Les rapports entre Meaulnes et François Seurel sont intéressants à observer : Augustin agit, vit en personne différents événements, tandis que François est spectateur, n’agit presque jamais en son nom propre et vit en quelque sorte par procuration (voir la troisième partie et les rapports de François avec Yvonne de Galais).

Frantz, lui, représente l’obstacle au bonheur de Meaulnes mais aussi celui que l’amour blesse (il tente de se suicider parce que sa fiancée ne vient pas). Personnage ambigu de «l’enfant blessé au cœur pur» (J. Rivière) il signifie peut-être la culpabilité de Meaulnes par rapport à son amour pour Yvonne. Il faut noter qu’à la fin du roman cette «culpabilité» est victorieuse, puisque Meaulnes satisfait Frantz en lui ramenant Valentine et le bonheur. En somme, sous le regard apparemment tranquille de Seurel nous voyons vivre Meaulnes, le voyageur de l’aventure, qui porte en lui les possibilités et l’image du bonheur, freiné et même paralysé par l’existence de Frantz, celui que le bonheur de Meaulnes lèse le plus, et qui, de façon inconsciemment tyrannique, enlève Meaulnes à ce bonheur.

Yvonne symbolise l’amour pur, idéalisé. On la découvre au pays sans nom, ce pays, dont on ne sait pas le chemin. Yvonne représente aussi en quelque sorte la sœur de Seurel, en même temps que la femme de Meaulnes, sœur aimée passionnément. On ne peut s’empêcher de croire que pris dans cette situation là les personnages sont, sous le regard d’Alain-Fournier, sa sœur Isabelle et son ami Jacques Rivière. Pourtant Yvonne, c’est consciemment, pour Alain-Fournier, la jeune femme, prénommée Yvonne, rencontrée le jeudi de l’Ascension 1905. On peut relever un autre aspect du roman : la sorte de communauté fraternelle, formée par Meaulnes, Seurel et Frantz, où chacun reçoit son bonheur d’un des deux autres. Seurel donne Yvonne à Augustin. Celui-ci donne à Frantz Valentine. Seurel d’ailleurs, il faut le remarquer, ne reçoit rien, mais prend — en partie seulement, du reste — le bonheur de Meaulnes.

A la fin du roman qui est le vainqueur… ou le moins frustré ?

Frantz « a » son bonheur : mais Valentine et lui font penser à des enfants qui jouent « au monsieur et à la dame ».

Augustin repart vers «de nouvelles aventures », autrement dit à la fois tout ou rien.

Seurel demeure : il est encore et semble-t-il pour toujours le sédentaire, l’être statique. Par son souvenir et son imagination, il veillera sur tout ce qui s’est passé.

Biographie d’Alain-Fournier (de son vrai nom Henri Fournier).

1886: naissance d’Henri Fournier à La Chapelle-d’Angillon (Cher).
Parents instituteurs.
La campagne de son enfance l’a beaucoup marqué ; c’est la Sologne et le Bas-Berry.
Le modèle de Ste-Agathe est Épineuil-le-Fleuriel (sud du Cher).

1889: naissance d’Isabelle : le frère et la sœur furent très attachés l’un à l’autre.
Les études d’Alain-Fournier

1898: lycée Voltaire, Paris.

1901 : lycée de Brest: préparation à l’École Navale, interrompue en 1903.

1903: lycée de Bourges: baccalauréat de philosophie.
Ce lycée qui a reçu le nom d’Alain-Fournier a depuis été transféré dans un bâtiment nouveau; l’ancien bâtiment abrite le CDDP.

1903 (oct.): lycée Lakanal, Paris: préparation à l’École Normale supérieure. Échec au concours.
Là il fait la connaissance de Jacques Rivière, dont il devient l’ami pour toujours, et qui épousera Isabelle, et de René Bichet connu par « lettres au petit B. d’A.F. »

1905, mai, le jour de l’Ascension: rencontre d’une jeune fille au Cours-la-Reine. Quelque temps après il sait son prénom : Yvonne. C’est à elle qu’il pensa pendant 7 ans de sa vie et c’est de sa rencontre que naît l’idée du roman qui deviendra Le Grand Meaulnes.

1907-1909: service militaire.

1910: amour malheureux avec Jeanne B. (qui est la Valentine du roman).

1912: amour heureux avec Simone.

1913 parution du Grand Meaulnes, d’abord dans une revue dont s’occupaient Gide et Jacques Rivière, la N.R.F. puis en librairie.

Août 1914: il a 28 ans. La guerre. Alain-Fournier est au front. Il part un jour en mission de reconnaissance et n’en revient pas. On n’a jamais retrouvé son corps.

Intérêt littéraire et psychologique.

Le thème d’ensemble du roman est schématiquement celui de l’adolescent encore tourné vers l’enfance mais aspirant à franchir le pas qui le sépare de l’âge adulte.

A ce thème est lié celui de la quête du bonheur : recherche enthousiaste, ou, en tout cas désirée, mais mêlée d’inquiétude et où le mystère semble être un besoin. Seurel, Frantz, Meaulnes représentent trois façons d’être adolescent. Ils expriment, en trois personnages, des tendances qui peuvent se retrouver dans un même individu.

On peut se demander si le roman donne une impression d’échec ou de réussite, et analyser cette impression. Le pays sans nom (le domaine mystérieux) appelle aussi des questions et des rapprochements littéraires. La notion même de « pays perdu » et sa — ou ses — représentation (s) donnent matière à réflexion. Dans Le Grand Meaulnes, qu’est-ce que le domaine «mystérieux », puis «perdu»? Est-ce un paradis de l’enfance : Meaulnes y voit la fête «étrange» des enfants qui semblent être — un peu — les rois du domaine. Est-ce un royaume dangereux où l’on côtoie la mort: Frantz ? Ou bien le lieu des amours idéales : Yvonne de Galais ? Ou bien un vrai rêve du sommeil de Meaulnes? 0u bien autre chose?

Il pose en tout cas la question du besoin de rêve, de rêverie, d’émerveillement qu’il y a en chacun de nous. Alain-Fournier exprime la nostalgie de ce «pays des chimères» si précieux à J.-J. Rousseau. Mais le merveilleux et l’aventure ne sont-ils pas dans la vie quotidienne? Éluard dit (Les sentiers et les routes de la poésie) : « si l’on voulait il n’y aurait que des merveilles» ou bien «la poésie est contagieuse. La poésie est dans la vie ».

Pour les rapprochements proprement littéraires, on peut penser par exemple à

Nerval : Les Filles du feu, ou le poème « Fantaisie ».

Chateaubriand : l’enfance à Combourg (Mémoires d’outre-tombe). La Sylphide, fantôme d’amour : 1re partie, livre III, chap. 11.

Cervantes : Don Quichotte.

— Les romans d’aventure anglais (Stevenson, Defoe dont Alain-Fournier admirait beaucoup Robinson Crusoé), etc.

— On peut également voir une parenté entre le style d’Alain-Fournier et la musique de son époque, par exemple Debussy (Jeux d’eau) — Alain-Fournier disait qu’il voulait être « le Debussy de la littérature » — ou Ravel (Daphnis et Chloé, l’Enfant et les sortilèges).

— On peut aussi, à propos du Grand Meaulnes, songer à la peinture impressionniste, notamment aux paysages.

Texte

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