Rimbaud poète

Rimbaud poète

Le poète des Illuminations

La vie de Rimbaud est trop connue pour qu’il soit nécessaire de la retracer ici en détails. Nous nous bornerons donc à en indiquer les points essentiels.

Rimbaud est né en 1854. Il est issu d’une famille bourgeoise de Charleville. Son père, comme celui de Verlaine, est officier.

Écolier très brillant, Rimbaud se signale bientôt par ses fugues. Il vagabonde seul, à Paris ou en Belgique.

Tous les poèmes de «fugue» sont déjà très beaux (Ma Bohème entre autres. Ils ont été écrits en octobre 1870; Le Dormeur du val a été composé peu après, le même mois.

A dix-sept ans, Rimbaud envoie quelques poèmes à Verlaine, poète connu et reconnu. Verlaine, enthousiasmé par Rimbaud, fuit avec lui en Belgique et en Angleterre. Drame passionnel : Verlaine tire sur Rimbaud et le blesse. C’est la séparation définitive. Rimbaud, dont l’œuvre poétique est terminée à l’âge de dix-neuf ans, part pour l’aventure.

Il exerce des métiers plus ou moins douteux: mercenaire, trafiquant, etc. pendant sept ans. Il parcourt le monde: les îles de la Sonde, l’Egypte, etc. et, enfin, l’Abyssinie.

Il meurt à Marseille en 1891, des suites d’une amputation et en plein délire hallucinatoire, en pleine «illumination». Il a trente-sept ans.

L’œuvre de Rimbaud

Rimbaud, jeune poète génial et «scandaleux» se définit, avant tout, comme un «voyant» :

(…) Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le poète se fait voyant par un long, immense et déraisonné dérèglement de tous les sens (…)
15 mai 1871. (Œuvres complètes, Lettre XII, p.269, Coll. «La Pléiade», éd. Gallimard).

L’hallucination, Rimbaud la revendique, l’a toujours revendiquée.

(…) j’expliquai mes sophismes magiques avec l’hallucination des mots. Je finis par trouver sacré le désordre de mon esprit… Je devins un opéra fabuleux.
(Œuvres Complètes, «Une saison en enfer» Alchimie du Verbe, Coll.: «La Pléiade», éd. Gallimard p.234, 237).

Les premiers vers de Rimbaud sont démarqués de Baudelaire. Certains voient dans Le Dormeur du val une transposition de La Fontaine aux lianes de Leconte de Lisle.

Cette vision de la guerre de 1870, qui est un cri d’horreur d’une intériorité poignante et magnifique, paraît pourtant plutôt purement rimbaldienne.

L’oeuvre de Rimbaud se réduit à trois titres immenses:

Une saison en enfer (1873 et deuxième impression en 1892);
Illuminations (1886, recueil publié par Verlaine);
Poésies complètes (1895);
— puis, Œuvres (1897) et Lettres (1899).

La beauté étrange du Bateau ivre, tiré des Poésies, comme Le Dormeur du val, a suscité bon nombre de vocations poétiques.

Si Rimbaud y bouscule quelques règles de versification, il engendre des images superbes venues d’un «ailleurs» que lui seul, voyant, percevait:

(…)
Mais, vrai, j’ai trop pleuré! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeur enivrantes.
Ô que ma quille éclate! Ô que j’aille à la mer!

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

(Poésies, Mercure de France, 1939).

Texte

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Arthur Rimbaud

Arthur Rimbaud

Arthur Rimbaud – né: Charleville, 20 octobre 1854 – mort: Marseille, 10 novembre 1891 (Dictionnaire Bordas de littérature française, 1994

Arthur Rimbaud – Les Corbeaux

Arthur Rimbaud

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Les Corbeaux – Commentaire

Arthur Rimbaud (1854-1891)

Rimbaud – On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans

Arthur Rimbaud - Roman

Arthur Rimbaud

Arthur Rimbaud – Le Mal

LE MAL

Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu’une folie épouvantable, broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
— Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…

— Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

Arthur Rimbaud