Les Misérables

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Les Misérables, commencés avant 1850, publiés seulement en 1862, sont une œuvre touffue, composite, une réunion de romans plutôt qu’un roman (histoire du forçat Valjean et de l’évêque Myriel, histoire de Fantine, histoire de Cosette, etc.); et d’autre part, c’est une thèse. Sous l’influence des doctrines humanitaires et socialistes de Proudhon, Hugo plaide la cause de tous ceux que la société méprise, et dont on pourrait lui imputer à elle tous les crimes. Les pages magnifiques abondent dans ce singulier ouvrage, mais il y a beaucoup moins d’originalité que dans Notre-Dame de Paris: c’est, au fond, du Balzac mêlé de George Sand, et souvent ce n’est plus que de l’Eugène Sue.


Molière – Le Misanthrope

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Le Misanthrope (1666) – La scène se passe à Paris, dans le salon de Célimène. Aucune sorte d’intrigue; à peine quelques faits: l’action n’est que le développement d’un caractère auquel tous les incidents, toutes les situations se rapportent.

Alceste n’a d’autre défaut que l’exagération de ses qualités; trop honnête homme, il traite avec une sévérité impitoyable les faussetés et les bassesses de convention, inhérentes aux usages du monde. Incapable de transiger avec sa manière de voir, il se jette dans des situations finement comiques. La douceur accommodante de Philinte, son ami, fait ressortir dès le début l’esprit ombrageux du Misanthrope.

Philinte
Qu’est-ce donc? Qu’avez-vous?
Alceste, assis.
Laissez-moi, je vous prie.
Philinte
Mais encor, dites-moi, quelle bizarrerie …
Alceste
Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher.
Philinte
Mais on entend les gens au moins sans se fâcher.
Alceste
Moi, je me veux fâcher et ne veux point entendre. (I,I)

Alceste a un procès; on l’engage à se pourvoir, à visiter ses juges; il n’en fera rien, et, fort de son honneur:

… Je verrai (dit-il), dans cette plaiderie,
Si les hommes auront assez d’effronterie,
Seront assez méchants, scélérats et pervers,
Pour me faire injustice aux yeux de l’univers. (I,I)

Oronte, homme de qualité, vient le consulter sur un sonnet de sa composition, pièce d’un assez mauvais goût. Alceste ne se contente pas de lui exprimer sans ménagement le mépris qu’il en fait; il le critique malignement, oppose au sonnet une chanson du vieux temps qu’il répète avec complaisance, et s’attire enfin avec Oronte une fâcheuse affaire. – Le salon de Célimène, femme d’esprit, vaine et coquette, se remplit de visiteurs élégants; on cause: la médisance va son train, déguisée comme toujours sous de spécieuses formes de politesse. Alceste éclate:

Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour;
Vous n’en épargnez point, et chacun à son tour. (II, V)

Après avoir essuyé les mésaventures et les déceptions les plus sensibles, le Misanthrope conclut par un trait digne de lui:

Trahi de toutes parts, accablé d’injustices,
Je vais sortir d’un gouffre où triomphent les vices,
Et chercher sur la terre un endroit écarté,
Où d’être homme d’honneur on ait la liberté (V,VIII)

Le développement des caractères, de profondes analyses du cœur humain, le fini du style, le naturel du dialogue, font du Misanthrope le chef-d’œuvre de Molière et la perfection du haut comique. J.-J. Rousseau et quelques critiques ont reproché à l’auteur d’avoir ridiculisé la vertu dans la personne d’Alceste: non, Alceste demeure estimable malgré ses travers.


Molière – Les Femmes savantes

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Les Femmes savantes (1672) sont comme le complément des Précieuses ridicules. Après avoir critiqué le jargon des romans, Molière attaque l’affectation du savoir ou jargon scientifique. En ce siècle illustré par les savants travaux de Descartes et Pascal, beaucoup de femmes, entraînées par le mouvement général, se mêlaient de discussions métaphysiques.

Chrysale, modeste bourgeois, a épousé Philaminte, femme bel esprit; Armande, l’aînée de leurs filles, est, comme sa mère, entichée de vaine science; Henriette, la plus jeune, possède de sérieuses qualités et se tient sagement dans la vie réelle. Bélise, sœur de Chrysale, semble renchérir encore sur la manie de Philaminte et d’Armande. Grâce à toutes leurs chimères, le désordre et le trouble règnent à la maison: le bonhomme Chrysale, trop faible pour y remédier, ne peut que lancer de temps à autre quelques boutades pleines de bon sens contre les trois précieuses et leur absurde philosophie. Il lui faut, malgré tout, céder aux caprices de chacune: afin de ménager leurs oreilles délicates, il a congédié sa servante Martine, dont tout le crime est de parler bel et bien le patois de son village.

Nos savantes goûtent fort la société des gens de lettres. Trissotin, qui passe à leurs yeux pour un poète incomparable, vient leur débiter un sonnet de sa façon, comble de sottise et de mauvais goût: elles le savourent à l’envi dans les termes les plus outrés, puis dissertent elles-mêmes sur les théories scientifiques qu’elles prétendent bientôt publier. Survient un certain Vadius, grand savant, «qui sait du grec autant qu’homme de France.»

Du grec, ô ciel! du grec! Il sait du grec, ma sœur!

s’écrie Philaminte au comble de l’admiration. Le dialogue s’anime: Trissotin, après avoir décerné à Vadius les plus emphatiques louanges, lui demande son avis sur «un certain sonnet» dont celui-ci ignore l’auteur. Vadius déclare la pièce misérable en tous points. Trissotin défend ses vers, attaque à son tour les compositions de son adversaire, et pour dernier mot, lui lance cette plaisante provocation:

Eh bien! nous nous verrons seul à seul chez Barbin!

Les caractères achèvent de se dessiner jusqu’au dénouement. Trissotin, que Philaminte destine à sa fille Henriette, est convaincu du plus lâche égoïsme; Clitandre, l’époux choisi par Chrysale, esprit juste, âme généreuse, l’emporte sur le faux savant.

Cette pièce est rangée, après le Misanthrope et le Tartuffe, parmi les chefs-d’œuvre de Molière: elle est d’un excellent comique, les caractères y sont variés, la versification parfaite.

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Molière – L’Avare

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L’Avare (1668) est imité de l’Aululaire de Plaute, simple comédie de situation que Molière a transformée en une comédie de caractère. – Harpagon n’est pas un misérable enrichi, comme l’Euclion du poète latin: c’est un homme riche, obligé à un certain luxe, ayant un nombreux domestique, et néanmoins tourmenté sans relâche de la manie d’épargner, d’accroître sa fortune; songeant jour et nuit à sa chère cassette, où sont cachés dix mille écus. Cette passion lui fait oublier tous ses devoirs; père sans dignité, il se voit, par une juste revanche, méprisé de ses enfants.

L’Harpagon de Molière demeure la personnification achevée de l’avarice.


La Princesse de Clèves

Madame de La Fayette avait quarante-quatre ans lorsque parut La Princesse de Clèves (1678). Éloignée de son mari et souvent malade, elle venait à Paris,fréquentant peu la Cour, entourée d’un petit cercle d’amis parmi lesquels La Rochefoucauld et Madame de Sévigné étaient les plus assidus. Elle avait déjà écrit une courte nouvelle: Mademoiselle de Montpensier (1662) et un petit roman, Zaïde (1670), mais la première avait paru sans nom d’auteur et le second était signé de Segrais, un écrivain qu’elle hébergeait. La Princesse de Clèves parut anonyme.

L’action se passe à la Cour de France, pendant les dernières années du règne de Henri II, vers 1558. La Cour, où le parti des Guise et celui des Montmorency intriguent et se disputent la faveur du roi, est particulièrement brillante; les beaux arts et les exercices du corps y sont également en honneur. Des courtisans magnifiques et des beautés remarquables en sont l’éclatante parure. Parmi les courtisans les plus en vue figurent un des fils du duc de Nevers, le prince de Clèves, «parfaitement bien fait, brave et magnifique», et surtout le duc de Nemours, «chef-d’œuvre de la nature», que Henri II pousse à épouser la reine Élisabeth d’Angleterre, qui a manifesté pour lui son admiration. Alors paraît à la Cour une des plus grandes héritières de France, Mlle de Chartres, que sa mère, veuve de bonne heure, a élevée loin de la Cour, selon les principes d’honnêteté et de prudence.

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