Antoine de Saint-Exupéry

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Froissart

Froissart, né à Valenciennes vers 1335 et mort aux environs de l’année 1410, n’est plus, comme ses deux célèbres devanciers Villehardouin et Joinville, un chevalier qui raconte les exploits de ses compagnons d’armes et les siens. Poète et courtisan, toujours en quête de plaisirs nouveaux, de festins, de chasses et de tournois, il composa en lettré ses Chroniques de France, d’Angleterre, d’Écosse, d’Espagne, de Bretagne, de Gascogne, Flandre et lieux d’alentour.

Il avait beaucoup vu, au cours de ses nombreux voyages; il s’était fait conter par les combattants eux-mêmes les terribles batailles de Crécy et de Poitiers, le siège de Calais, les exploits de Duguesclin; et il a pu faire ainsi l’histoire de ce XIVe siècle où de si grands événements se sont accomplis. Mais comme il songeait surtout à charmer les rois et les princes qui lui donnaient tour à tour l’hospitalité, Froissart ne s’est jamais astreint à composer méthodiquement ses récits. La suite chronologique des faits n’avait pas d’importance à ses yeux; il ne se croyait pas obligé de tout dire, et il célébrait avec une égale indifférence les exploits de ses compatriotes et ceux des ennemis.

Mais le talent du narrateur est si grand que l’on oublie l’homme et ses défauts; rien n’égale en vivacité des récits comme la prise de Calais, le dévouement d’Eustache de Saint-Pierre et cent autres du même genre; les Chroniques de Froissart sont le chef-d’œuvre de la prose française du XIVe siècle.

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Villehardouin

Palma le Jeune – La Prise de Constantinople de 1204 | Image

Geoffroy, seigneur de Villehardouin, naquit en Champagne un peu après 1150, et mourut en 1213. Guerrier valeureux et négociateur habile, lettré délicat et instruit qui avait lu les Chansons de geste et aurait été capable d’en composer lui-même, Villehardouin voulut perpétuer le souvenir des événements extraordinaires auxquels il avait été mêlé durant la quatrième croisade; aussi composa-t-il, mais sans pouvoir l’achever, une histoire exacte et sincère de la Conquête de Constantinople, œuvre fort curieuse à tous égards.

Assurément il ne faut pas demander au chroniqueur les qualités qui font les grands historiens, l’art de composer et la pénétration qui sait discerner les véritables causes des événements. Comment Villehardouin pourrait-il rivaliser avec Thucydide, Tite-Live et Tacite, lui qui ne soupçonnait même pas leur existence? Il n’en a que plus de mérite quand il domine véritablement son sujet, quand il parvient à ordonner un récit, quand enfin, malgré son enthousiasme naïf, il se montre capable de juger les hommes qu’il a vus à l’œuvre. Si la Chanson de Roland rappelle l’Iliade d’Homère, la chronique de Villehardouin fait songer, toutes proportions gardées, à l’Anabase de Xénophon et aux Commentaires de César; son plus grand défaut est d’être d’une lecture difficile pour quiconque ne sait pas bien l’ancien français.

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Anatole France

Anatole France – 1906 par Anders Zorn (1860-1920) – Image


Jacques Amyot

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