Le Forgeron

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Le Forgeron

La forge flambait, avec des fusées d’étincelles. Goujet, debout, surveillant une barre de fer qui chauffait, attendait, les pinces à la main.

Quand la barre fut blanche, il la saisit avec les pinces et la coupa au marteau sur une enclume, par bouts réguliers, comme s’il avait abattu des bouts de verre, à légers coups. Puis il remit les morceaux au feu, où il les reprit un à un, pour les façonner. Il forgeait des rivets à six pans. Il posait les bouts dans une clouière, écrasait le fer qui formait la tête, aplatissait les six pans, jetait les rivets terminés, rouges encore, dont la tache vive s’éteignait sur le sol noir; et cela d’un martèlement continu, balançant dans sa main droite un marteau de cinq livres, achevant un détail à chaque coup, tournant et travaillant son fer avec une telle adresse qu’il pouvait causer et regarder le monde. L’enclume avait une sonnerie argentine. Lui, sans une goutte de sueur, très à l’aise, tapait d’un air bonhomme, sans paraître faire plus d’effort que les soirs où il découpait des images, chez lui.

Émile Zola, L’Assommoir

Source


L’Assommoir

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Une page d’amour

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Émile Zola

Germinal

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Germinal – Albert Capellani – 1914

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Zola – Germinal

Zola

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Émile Zola (1840-1902)

Zola était, comme Flaubert, les Goncourt et Daudet, un nerveux, un passionné, qui voulut être un impassible observateur. Il fut d’abord conteur très romantique, se convertit au réalisme vers 1866, y mêla des prétentions scientifiques, et avec Thérèse Raquin et Madeleine Férat (1867,1868) lança le roman naturaliste tel qu’il l’entendait alors: peinture d’idées et de sentiments totalement déterminés par des états physiologiques, souvent pathologiques. Puis il conçut le plan du grand cycle qui fit surtout sa gloire, Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille tous le second Empire (1871-1893), vingt volumes massifs, dont les plus remarquables sont L’Assommoir (1877), à partir duquel il fut célèbre, La Joie de vivre, Germinal, L’Œuvre, La Terre (1887), roman rustique qui fit scandale, La Débâcle; puis vinrent Lourdes, Rome, Paris (1894-1898).

Ce positiviste a une imagination romantique et souvent visionnaire, le goût de l’énorme plutôt que du fin ou du profond; il n’est pas artiste, mais il possède une rare puissance d’évocation et le don de faire vivre les masses. Sous l’influence de ses lectures physiologiques et médicales, il voulut créer le roman naturaliste ou expérimental, qui inventerait des faits pour en dégager des lois; idée fausse en son principe, qu’il n’a même pas pu appliquer avec rigueur. Sa documentation n’est pas toujours solide. Son réalisme plébéien est souvent ordurier, sans être immoral, car il hait vigoureusement les vices qu’il peint avec crudité. Il subordonne tout l’homme aux instincts et aux appétits; mais ses derniers ouvrages s’inspirent d’un généreux idéal, et son œuvre puissante contient bien des pages émues et même lyriques. Il fonda une véritable école, le groupe de Médan, du nom de sa maison des champs, fut ardemment combattu, et exerça en France et surtout à l’étranger une immense influence.

Émile Zola